A la mémoire du père
des droits de l'homme
Fray Bartolomé de Las Casas
Bouclier des Indiens"Entre, mon Père, aujourd'hui avec moi en cette maison
Je te montrerai les écrits, le supplice
de mon peuple, de l'homme persécuté
Je te montrerai les antiques douleurs."
PABLO NERUDA, Chant général IV, II
à Fray Bartolomé de Las Casas.
Introduction :I. L'EUROPE À L'ASSAUT DU NOUVEAU MONDE.Qui étaient les Barbares ?1/. Les Amérindiens précolombiens :II. L '"APOCALYPSE".a) Culture.2/. Christophe Colomb et sa prouesse :
b) Urbanisme.
c) Artisanat et voies de communication.
d) Agriculture et justice sociale.
e) Médecine.
f) Apports à l'Europe, origine et religion.a) La non-Découverte de l'Amérique.3/. L'accueil fait à l'homme blanc par les "Indiens".
b) Faire fortune à tout prix.
c) Les crimes et le châtiment.
d) Un imposteur donne son nom au continent.a) Les conquistadores pris pour des dieux.4/. Qui étaient les conquistadores.a) Origine et moeurs.5/. L'Église, Bouclier des Indiens.
b) Combats fratricides.a) Attitude initiale des Dominicains et des Franciscains.
b) Attitude de la Couronne d'Espagne.
c) L'esprit de nation religieuse hérité de l'Islam.
d) Canoniser Las Casas ?
e) Las Casas dénonce le génocide amérindien.
f) Las Casas d'abord conquistador.
g) Las Casas à la tête de la défense des Indiens.
h) Les Franciscains deviennent à leur tour défenseurs des Indiens.
i) Les Jésuites suivent l'exemple au Brésil.
j) Le génocide des îles Canaries préambule à celui des Amérindiens.1/. Le Dragon Wisigoth en Amérique Latine.a) Les bases "légales" du génocide.2/. Le Dragon Angle en Amérique du Nord.
b) Sadisme, traîtrise et avidité.
c) Les atrocités.
d) Les Dix Plaies d'Égypte.a) Dès la naissance de la Nation Américaine...
b) Les Droits de l'Homme... blanc.
c) L'extermination progressive.
d) Paroles bafouées et massacres.
e) Le bilan.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
INTRODUCTION
QUI ÉTAIENT LES BARBARES ? Depuis Christophe Colomb, jusqu'au dernier chroniqueur de la Conquista, tous, unanimes, nous rapportent que les premiers Européens débarqués aux Antilles ou sur le Continent furent pris pour des dieux. On leur offrait des sacrifices, leur faisait des offrandes - comme ils avaient l'habitude de le faire envers leurs dieux locaux, on leur brûlait de l'encens.
Hélas! Cette euphorie ne dura que le temps qu'il leur fallût pour s'apercevoir qu'ils s'étaient trompés sur la qualité de leurs "hôtes". Revenus de leur méprise, les Indiens remplacèrent l'encens et les offrandes par des flèches et des massues pour répondre à la pacification qui consistait à les terroriser en leur coupant les mains(1) et en renvoyant les suppliciés chez eux munis du conseil de "porter cette lettre aux autres". N'ayant pas trouvé cela encore suffisant pour leur insuffler la terreur et afin de les soumettre, les conquistadores prirent des élites du peuple des Aztèques qu'ils jetèrent vivants en pâture à des lévriers sauvages dressés pour être friands de chair d'Indiens(2). Ce fut alors que jaillit des entrailles du peuple de Guahutémoc à leur adresse le cri de BARBARES.
Cette conduite des conquistadores espagnols avait alors provoqué l'indignation des nations situées au Nord des Pyrénées. Indignation très justifiée, mais à sens unique puisque ces mêmes nations firent "mieux" avec la Traite des Noirs, en donnant délibérément en pâture à des requins des esclaves Africains, dans le but de toucher des primes d'assurances ou pour délester, en cas de tempête, leurs navires surchargés, leurs Géhennes Flottantes comme les appela Aimé Césaire(3). Ce ne fut pas uniquement la Traite qui coûta la vie à 200.000.000 d'Africains - d'après le très modéré et ami de l'Europe Léopold Sédar Senghor, Président du Sénégal. Le colonialisme eut aussi son rôle : le roi Léopold II de Belgique est mort au début du 20e siècle avec 15.000.000 de Congolais sur sa conscience(4). Léopold avait été précédé par d'autres héros de la "mission civilisatrice", tels que Sir Cecil Rhodes(parrain de la Rhodésie), le général Von Totra, le général Gallieni.
Revenons à l'Amérique : des planteurs français, anglais et hollandais des "Indes Occidentales" dressaient des chiens à dévorer des Noirs fugitifs, en commençant par les entrailles(5). Ainsi pas de haro sur le baudet espagnol.
Cela avait commencé à l'ère nouvelle, née de la découverte du Nouveau Monde. Des pillages, massacres, exploitation ou possession de l'homme par l'homme (comme Victor Schoelcher appelait l'esclavage) il y en a toujours eu, tout le long de l'histoire de l'humanité, mais cela s'était fait à échelle artisanale. Quarante ans seulement après l'arrivée des conquistadores à Guanahaní, plus de 12.000.000 d'Indiens avaient été exterminés(6). Si on additionnait toutes les victimes de tous les Mongols et on les multipliait par deux, cela dépasse tout juste la moitié de ce chiffre. C'était la suite de l'ère nouvelle, quand les caravelles de Colomb avaient commencé à remorquer dans leur sillage vers l'Amérique, non seulement la Mort mais aussi la Famine, inconnue jusqu'alors en ces lieux mais endémique en Europe. Avec le concours des pirates négriers de François 1er et d'Elisabeth d'Angleterre, des Stathouders des Pays-Bas et des rois du Portugal, plus de Famine en Europe, mais une richesse pétrie au sang d'Indiens et de Noirs.
Ce fut sous le prétexte de "libérer les terres de leurs sauvages" qu'on extermina les Apaches au 19e siècle, comme d'autres ethnies indiennes, en les chassant comme du gibier ("Indian Hunt' comme on lira au chapitre du "Dragon Anglo). Il n'y a pas si longtemps, nous lisions encore dans nos dictionnaires encyclopédiques (Espasa-Calpe par exemple) : "Apaches, Indiens sauvages et sanguinaires". C'est cela notre Éthique, et pas seulement celle d'Aristote ou de Spinoza.
Cette sauvagerie de l'homme civilisé envers les Indiens commença au XVIme siècle. Le père franciscain Motolinia, en apostolat au Mexique, qu'on appelait alors "Nouvelle Espagne", contemporain de la Conquista et des malheurs qu'elle a portés aux Indiens, l'appela APOCALYPSE. De sa part, ami de Cortés et des conquistadores en général, ce qualificatif prenait toute sa valeur sémantique.
Pour les Indiens, ce fut une Apocalypse sans aucun doute. Je voudrais en parler aujourd'hui, mais rappeler aussi parallèlement qu'à l'occasion de cette Apocalypse naquit une éthique d'amour de l'homme, qui mérite d'être mieux connue. Des moines défendirent les Indiens souvent au péril de leur vie, comme ils firent avec les Guaraní par exemple, qu'ils armèrent, encadrèrent et se battirent à leur tète pour les protéger contre les Européens chasseur d'Indiens. Ils ne luttaient pas seulement pour des réformes, mais c'est le colonialisme en tant que tel qu'ils mettaient en cause. Ils déniaient aux "rois de Castille" tout droit à "subjuguer les Indiens". Las Casas s'adressant à Charles Quint sur un ton de prophète Jérémie, lui disait :"Sa Majesté est obligée, de commandement divin, de faire mettre en liberté tous les Indiens que les Espagnols maintiennent en esclavage"Ce fut au cri de "Je suis une voix qui clame au sein de la sauvagerie" que le père dominicain Anton de Montesinos fustigeait du haut de la Chaire de la Cathédrale de Saint-Domingue, au soir de l'Avent de 1511. Il s'adressait aux esclavagistes réunis autour du fils de Colomb Don Diego Colón, ahuris de l'entendre, car ils savaient que par "sauvages" il n'entendait pas les Indiens. Ce fut ce sermon qui parla à la conscience du conquistador Bartolomé de Las Casas, pour en faire, d'un conquistador de père en fils, le Bouclier des Indiens. Il leur consacra toute sa vie, développant le sermon de Montesinos en une Éthique au service des opprimés.
Le père de cette Éthique fut donc Fray Don Bartolomé de Las Casas, évêque au Mexique. Sa foi pour défendre les Indiens ne s'arrêta ni à son diocèse ni même au Mexique. Elle embrasa alors les deux continents américains, du Rio Grande à la Terre de Feu, où une armée de moines haïs et souvent persécutés par les conquistadores firent de 1'évangile une arme contre l'oppression des Indiens. Malheureusement, ce feu ne dura que le temps du XVIme siècle, son extinction s'étant faite en même temps que la décadence de 1'Espagne.
Las Casas fut le véritable fondateur des droits de l'homme, pour avoir lutté toute sa vie pour les droits d'êtres humains auxquels on avait tout dénié, y compris le droit de vivre. Aucune idéologie, aucune philosophie ne guidait les actions de Las Casas et de ses disciples d'alors. Ils n'étaient guidés que par leur Éthique de l'amour de l'Homme. Pour eux, tous les hommes étaient des fils de Dieu, quelle que fusse la couleur de leur peau.
Las Casas n'est pas reconnu partout mais, comme écrit l'historien mexicain Justo Sierra, il a un autel dans le coeur de chaque Indien. Près de la Cathédrale de Mexico les Indiens ont érigé un monument à la mémoire du père des droits de l'homme, et à une place proéminente du Ministère de l'Éducation Nationale du Mexique le nom de Las Casas figure entre celui de Platon et du Bouddha.1/. Alfonso Toro, HISTORIA DE MÉXICO, Mexico 1956, tome II, page 103. Retour ^
2/. M. León Portilla, VISION DE LOS VENCIDOS, éd. UNAM, Mexico 1959, page 188. Retour ^
3/. F. George Kay, THE SHAMEFUL TRADE, A.S. Barnes and Company, New Jersey 1968, pages 86-87 et 157. Retour ^
4/. Mark Twain, KING LEOPOLD's SOLILOQUY, page 52. Retour ^
5/. Victor Schoelcher, ESCLAVAGE ET COLONISATION, éd. P.U.F. 1948, page 33. Retour ^
6/. Las Casas, BREVICIMA RELACIÓN, Buenos Aire 1953, page 25. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. L'EUROPE À L'ASSAUT DU NOUVEAU MONDE.
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS : a)Culture.
"... les Indiens et leur civilisation furent tellement détruits et maltraités par les Espagnols, qu'il n'en est rien resté de ce qu'ils étaient auparavant. Ainsi on les tient pour des barbares et pour des gens du plus bas degré. Mais en vérité, en matière de civilisation, ils pourraient en montrer à beaucoup de nations qui ont la présomption d'être civilisées."(1)L'auteur de ces lignes quitta sa chaire de professeur à l'Université de Salamanque pour aller, en tant que moine franciscain, en "Nouvelle Espagne" (comme on appelait alors Le Mexique). Il s'y consacra à la protection des Indiens et au sauvetage de ce qui pouvait encore l'être, malgré que le pays fut encore aux mains de nos barbares Européens qui avaient suivi Christophe Colomb. L'oeuvre de Fray Bernardino de Sahagún fut "monumentale", au dire de Americo Castro.
Au même siècle, une grande voix s'élevait aussi en France contre la présomptueuse tradition européenne consistant à traiter de "barbare" toute civilisation qui ne serait pas le reflet de la sienne. Au sujet des Indiens du Brésil, qui vivaient pourtant encore à l'âge de pierre, Montaigne écrit :"J'ai vu autrefois parmi nous des hommes amenés par mer de lointains pays, desquels parce que nous n'entendions pas le langage, et que leur façon, au demeurant, et leur contenance, et leurs vêtements étaient de tout éloignés des nôtres, qui de nous ne les estimait et sauvages et brutes? Qui n'attribuait à stupidité et bêtise de les voir muets, ignorant la langue française, ignorant nos baisemains et nos inclinations serpentées, notre port et notre maintien, sur lesquels, sans faillir, doit prendre son patron la nature humaine."(2)L'opinion de Sahagún sur les civilisations indiennes détruites fut confirmée brièvement par un autre témoin oculaire, le père jésuite José de Acosta, dans son HISTORIA NATURAL Y MORAL DE LAS INDIAS :"... de plus, écrivit-il, sans savoir rien de cela (qu'ils "rendent des points à beaucoup de nos républiques"), nous pénétrons chez eux épée en main, sans les écouter ni les entendre, et nous ne voulons croire que les choses des Indiens méritent autre considération que celle de la chasse à l'homme pour les mettre à discrétion à notre Service."(3)Le niveau culturel des Incas et des Mayas était alors bien supérieur à celui des conquistadores, dont la plupart étaient des illettrés, et les Aztèques aussi auraient pu leur rendre des points dans ce domaine.
Ceci explique l'étonnement de Fray Toribio de Benavente (Motolinia) de voir les Indiens du Mexique (où il exerçait son apostolat), une fois convertis au christianisme, apprendre si vite le latin qu'au bout de cinq ans d'enseignement ils confondaient déjà les clercs espagnols(4). Il en fut tellement impressionné qu'il consacra le chapitre LIX de son ouvrage MEMORIALES sur "L'INGÉNIOSITÉ ET HABILITÉ DES INDIENS EN SCIENCES DE LIRE, ÉCRIRE, COMPTER, ET JOUER DE LA MUSIQUE"(5). Il précise qu'en musique "Les Indiens apprennent en deux mois ce qu'en Espagne les Espagnols n'apprennent pas en deux ans"(6). Notons qu'il s'agit là du Mexique, dont le niveau de civilisation des Aztèques était, pour moi, légèrement mois développé que celui des Incas ou des Mayas. Malgré tout, leur"calendrier qui est réglé sur la révolution annuelle du soleil, non seulement par l'addition de cinq jours tous les ans, mais encore par la correction du bissextile, doit sans doute être regardée comme une opération déduite d'une étude réfléchie et d'une grande combinaison. Il faut donc supposer chez ces peuples une suite d'observations astronomiques, une idée distincte de la sphère, de la déclinaison de l'écliptique et l'usage d'un calcul concernant les jours et les heures des apparitions solaires."(7)C'était là le calendrier des Aztèques. Quant à celui des Mayas,"Leurs prêtres calculaient l'année astronomique avec 365,2420 jours, s'approchant ainsi davantage de nos calculs d'aujourd'hui qui sont de 365,2425 jours."(8)Ils faisaient donc usage d'un calendrier plus exact que celui de Grégoire XIII(9). On ne peut naturellement juger du niveau d'une civilisation par la seule supériorité de son calendrier. Dans le domaine religieux, nous avons également des informations, car parallèlement au rite chrétien, les Mayas continuèrent leurs pratiques ésotériques précolombiennes. Parmi les rares hommes qui ont eu le privilège de gagner leur confiance et assister à leurs Mystères, l'indianiste Rafael Girard, fort impressionné de leur mysticisme, écrit :"d'avoir joui du rare privilège d'être admis à assister à ces étranges cérémonies de profond mysticisme, j'ai vu se poser un autre problème, celui du langage métaphorique qui n'est pas à la portée de notre entendement."(10)Ce mysticisme des Mayas doit être d'un niveau civilisateur supérieur puisqu'il a formé des hommes à propos desquels :"Les anthropologues qui se penchèrent de près sur les Indiens Maya ou Quiché distinguent leurs traditionnelles qualités comme suit : coexistence harmonieuse, domination de soi, pacifisme, altruisme, amour de la Justice, de la Vérité..."(11)Rafael Girard écrit encore ailleurs, d'après ses propres observations :"Durant les travaux agricoles qui constituent l'activité de base des Indiens, et qui s'exécutent par le système d'aide mutuelle, l'application du principe social collectif est notoire."(12)Ainsi, plus de quatre siècles d'oppression n'altérèrent pas leurs moeurs de solidarité, et l'INDIVIDUALISME égoïste qui caractérise notre civilisation n'a pas réussi à les corrompre.
Nos anciens historiens, même les mieux intentionnés, ne se privent pas de traiter les Indiens de "sauvages". Du point de vue même de notre conception de ce mot, sont tels des hommes qui vivent sans villes, sans routes reliant les villes entre-elles, sans lois, sans bâtiments publics, sans médecine. Pour nous faire une idée donc de ce qu'étaient les villes des Indiens, les mieux placés pour nous les décrire sont ceux qui les détruisirent. Voici l'opinion d'un des principaux destructeurs de joyaux d'architecture Indienne, Hernán Cortés"Tlaxcala est si grande et tant digne d'admiration que le peu que j'en dirais est incroyable, parce qu'elle est beaucoup plus grande que Grenade, avec d'aussi bons édifices, et beaucoup plus peuplée que cette dernière l'était du temps où elle fut conquise. Mieux ravitaillée des choses du pays, avec un grand marché où trente mille âmes achètent et vendent, sans compter les petits marchands à travers la ville. Il y a des joailleries d'or, d'argent et des pierres précieuses, aussi bien conçues que sur les places et marchés du monde entier."(13)Cortés de poursuivre plus loin : "Il y a entre eux toute sorte d'ordre et de la police, justice et harmonie, autant que le mieux en Afrique ne les égale". Il s'agit là de l'Afrique du Maghreb, d'un niveau de civilisation supérieur alors à celui de l'Europe elle-même. Quant à "l'ordre et police" qui régnaient chez ces "sauvages", Cortés poursuit :"Un des indigènes de cette province vola de l'or à un Espagnol. Je l'ai dit à ce magiscatzin qui est le plus grand seigneur de tous. Ils firent une enquête, découvrirent le coupable et me l'amenèrent afin que je le punisse."(14)Pas question naturellement de punir l'Espagnol qui avait volé cet or aux Indiens...
Cette relation de Cortés sur l'ordre qui régnait chez les Aztèques à son arrivée(1519) mérite d'être comparée avec l'ordre qui régnait en Europe au XVIIme siècle. En France, par exemple, sous Louis XIII(1610-1643), Voltaire écrit que "Les villes étaient sans police, les chemins impraticables et infestés de brigands."(15)
Pour Cortés, brigand lui-même, l'ordre qui régnait alors chez les "sauvages" Indiens dût lui paraître digne d'être mis en relief!
1/. Fray Bernardino de Sahagún, HISTORIA GENERAL DE LAS COSAS DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1946, tome I, page 12. Retour ^
2/. Michel de Montaigne, LES ESSAIS, Livre Second, Chapitre XII. Retour ^
3/. Cité par Garcilaso de La Vega dans COMENTARIOS REALES, Livre II, Chapitre 27. Retour ^
4/. Motolinia, MEMORIALES, éditions UNAM, Mexico 1971, page 239. Retour ^
5/. Idem, page 255. Retour ^
6/. Idem, page 238. Retour ^
7/. Carli, LETTRES D'AMERIQUE, tome I, lettre 23. Cité par W.H.Prescott dans THE COMPLETE WORKS, London 1896, volume III, page 105. Retour ^
8/. Richard Konetzke, FISCHER WELTGESCHICHTE, Band 22, page 16. Retour ^
9/. Ce calendrier fut appelé grégorien parce qu'il vit le jour sous le Papa Grégoire XIII et sous son impulsion. Cependant, l'auteur n'en était pas le pape, mais Lelio, un médecin italien originaire de Rome. La même injustice se produisit avec le calendrier "julien" attribué à Jules César, tandis que son véritable auteur était Sosigènes... Retour ^
10/. Rafael Girard, Introduction à LOS MAYAS ETERNOS, éditions Libremex, Mexico 1962, page VII. Retour ^
11/. Rafael Girard, ouvrage cité, page 474. Retour ^
12/. Idem, page 349. Retour ^
13/. Hernán Cortés, CARTAS Y RELACIONES, éd.Emecé, Buenos Aires 1945, page 1333. Retour ^
14/. Idem, p. 136. Retour ^
15/. Voltaire, Essai sur les moeurs, CLXXV. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS : b)Urbanisme.
Là où l'admiration de Cortés atteignit l'enthousiasme en voyant les magnificences de la capitale des Aztèques, ce fut lorsqu'il vit quelque chose de réellement inconnu alors en Europe : UN JARDIN BOTANIQUE! Le premier jardin botanique ne fut inauguré en effet en Europe qu'en 1545 à Padoue, soit un quart de siècle après.
Le plus célèbre chroniqueur de la Conquista fut le conquistador Bernal Díaz del Castillo, un subordonné de Cortés. Il fixa ses impressions et celles de ses frères d'armes avec autant de lyrisme que de pittoresque. Il relate leur passage par Iztapalapa, en route vers la grande Tenotchtitlán, le Mexico d'aujourd'hui. En voyant les merveilles qui se déroulaient de chaque côté de cette fameuse chaussée qui s'appelle encore aujourd'hui Iztapalapa, "si droite et de niveau", Bernal Díaz laisse libre cours à. son talentueux lyrisme et (trente ans après la Conquista) écrit :"... nous restâmes émerveillés et nous disions que tout cela semblait comme un enchantement, comme les contes du livre d'Amadis, de voir ces tours, ces sommets de pyramides, ces édifices surgissant de l'eau et le tout en maçonnerie. Il y avait des soldats qui se demandaient si tout cela n'était pas un rêve."(1)Nostalgique, il se lamente que "Maintenant tout cela gît sur le sol, perdu, et rien ne reste sur pied. Passons plus loin..."(2). Oui, passons plus loin, sans y ajouter que "rien ne reste sur pied" depuis l'arrivée de nos BARBARES Européens. Il continue sa relation des merveilles de la grande Tenotchtitlán par :"En arrivant sur la grande place qu'ils appelaient Tlatelulco, comme nous n'avions jamais vu telle chose, nous restâmes en admiration sur la multitude de gens et de marchandises qu'il y avait, ainsi que sur l'ordre qui y régnait. Chaque sorte de marchandise avait sa place désignée et signalée de partout. Nous commençâmes par visiter les marchands d'or, d'argent, de pierres précieuses, d'orfèvreries, de plumes et de vêtements. Toutes sortes de vaisselle façonnée de mille manières..."(3)Il continue pour exprimer l'admiration de ses frères d'armes, en écrivant :"Il y avait parmi nous des soldats qui avaient été en plusieurs parties du Monde, à Constantinople, en Italie, à Rome, et ils disaient qu'une place faite aussi symétriquement et avec tant de monde, et où il y régnait tant d'ordre, ils ne l'avaient jamais vu nulle part."(4)L'historien espagnol Oviedo, contemporain de le Conquista et témoin oculaire, confirme les conquistadores en écrivant :"J'ai vu des pierres précieuses ouvragées en têtes d'oiseaux, d'animaux et autres figures, que je doute il puisse exister quelqu'un en Espagne ou en Italie capable de les faire avec tant de précision."(5)C'est là l'opinion d'un historien qui ne se distingue pas dans son oeuvre par sa sympathie envers les Indiens, au contraire!
De même, l'évêque de Yucatan Don Diego de Landa ne se distingua pas par sa sympathie envers les Indiens. On lira plus bas sur les oeuvres d'art qu'il détruisit comme "oeuvres de Satan", et le grand nombre d'Indiens qu'ils fit périr sur des fagots ardents. Cependant, sur ses vieux jours (avait-il commencé à croire en Dieu?), il prit sa plume pour nous laisser une oeuvre magistrale sur les Indiens de son diocèse. Les quelques lignes ci-dessous, venant de sa part, sont un témoignage péremptoire contre les calomniateurs des "sauvages Indiens" :"Il y a au Yucatan, écrit-il, beaucoup d'édifices de grande beauté, et c'est la chose la plus remarquable qu'on ait découvert ici. Tous ces édifices sont en pierre de taille... "(6)Une justice qui cessa naturellement de régner dès l'arrivée des Diego de Landa."En la ville, ils ont une bâtisse pour leur conseil municipal et une justice sérieuse règne parmi eux."(7)
Laissons encore parler un ami des conquistadores, le moine franciscain Toribio de Benavente, dit Motolinia, sur ce qu'étaient les villes des Indiens avant leur destruction par nos barbares Européens. Il écrit au sujet de la capitale des Aztèques :"Je crois qu'en toute l'Europe il y a peu de villes avec tant de maisons et de population, et tant de villages autour d'elles."(8)Cela en des temps quand peu nombreuses étaient les rues propres et pavées dans les capitales de l'Europe. Même un siècle après l'invasion de l'Amérique par nos barbares Européens, en France, sous le règne du roi Louis XIlI, "les rues de Paris, étroites et mal pavées, et couvertes d'immondices dégoûtantes, étaient remplies de voleurs" comme écrivait Voltaire dans son SIECLE DE LOUIS XIV.(Ch.II)"Des rues si bien balayées, et le sol plat et lisse, que même si la plante des pieds était aussi délicate que la paume de la main, on n'aurait souffert en aucune façon d'aller nu-pieds."(9)
Assez parlé des Aztèques, des Mayas et des Tlaxcaltèques. Voyons aussi chez un des plus sérieux chroniqueurs du Pérou, le conquistador Pedro Cieza de León, combien magnifiques étaient les cités des Incas avant leur destruction. Au sujet de leur capitale Cuzco, Pedro Cieza écrit :"Il y avait des grandes rues... , les maisons étaient faites de pure pierre; avec de si jolies jointures qu'elles démontrent combien ces constructions étaient anciennes."(10)Dans les palais de Cuzco venaient "de toutes les provinces""les fils des seigneurs provinciaux pour un séjour à la Cour, suivis de leurs serviteurs et de leur suite. Il y avait grand nombre d'argentiers, de doreurs qui savaient oeuvrer tout ce que les Incas leur commandaient."(11)Les fils des seigneurs des provinces n'allaient pas à la Cour pour y festoyer. Ils y allaient pour s'instruire auprès des amautas, l'élite intellectuelle de l'empire inca. La vie culturelle ne se limitait pas à la capitale. Dans sa description du fameux Palais de Toupaïnga Youpangue, en province, Pedro Cioza admira"la grande place où il y avait des bancs à dossier comme au théâtre, pour s'asseoir et assister aux danses et fêtes. Le Temple du Soleil avait deux grands portails pour y accéder, avec deux escaliers de pierre de trente marches chacun."(12)
1/. Bernal Díaz del Castillo, HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1955, page183. Retour ^
2/. Idem, page184. Retour ^
3/. Idem, pages197-198. Retour ^
4/. Idem, page 199. Retour ^
5/. Gonzalo Fernandez de Oviedo, cité par W.H.Prescott, dans THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume III, page 461. Retour ^
6/. Fray Diego de Landa, RELACIÓN DE LAS COSAS DE YUCATÁN, Editions Porua, Mexico 1959, page 11. Retour ^
7/. Idem, page 232. Retour ^
8/. Motolinia, HISTORIA DE LOS INDIOS, éd. Gili, Barcelone 1914, page 184. Retour ^
9/. Motolinia, MEMORIALES, éd. Unam, Mexico 1971, page 207. Retour ^
10/. Pedro Cieza de León, LA CRONICA DEL PEROU, Buenos Aires 1945, p.279, Ch. CXIV. Retour ^
11/. Idem, page 243, chapitre XCII. Retour ^
12/. Idem, page 237. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS :
c)Artisanat et voies de communication.
En matière de sculpture
"des idoles de pierre, des silhouettes et figures humaines très joliment réalisées, et si grandes qu'on admire les forces humaines qui ont pu les transporter et poser là où elles se trouvent."(1)Nos archéologues se perdent encore aujourd'hui en conjectures sur ces statues géantes chez un peuple qui ne connaissait pas la roue comme moyen de transport. Platon avait-il raison avec sa fiction sur l' Atlantide?... Et quel admirable artisanat!!"Pour faire des vêtements, ils possédaient des couleurs si parfaites : cramoisi, bleu, jaune, noir et autres, que vraiment ils rendaient des points à l'Espagne."(2)Dans ce domaine, au Mexique aussi"Ils portaient différentes sortes de vêtements de coton, si fins et bien tissés qu'ils fallait les toucher pour les distinguer de la soie."(3)Cela sur les villes et les habits des "sauvages". Un autre fait caractérise une civilisation : se sont les routes reliant les villes entre elles. Le pays des Incas était un immense empire qui s'étendait du Rio Maule(Chili) au Rio Ancasmayou(Colombie). Cependant, les liaisons entre la capitale Cuzco et les villes de province étaient faites par des routes qui n'ont pas seulement provoqué l'admiration pour leurs qualités, mais surtout pour les difficultés que les ingénieurs Incas ont dû surmonter pour "élever des vallées, tailler dans la roche et humilier l'altesse des Monts", sans parler des ponts au dessus d'impétueux torrents. Al.Humbold s'extasia devant"cette chaussée, bordée de grandes pierres de taille qui peut être comparée aux plus belles routes des Romains an Italie, en France et en Espagne. Le grand chemin de l'Inca est un des ouvrages des plus utiles et des plus gigantesques que les hommes aient exécutés."(4)
W.H.Prescott consacre lui aussi plusieurs pages élogieuses sur le réseau routier des Incas dont les lignes ci-dessous caractérisent la compétence des "barbares Indiens", comme il les appelle :"Ces routes étaient pavées de lourdes dalles extraites de pierres de taille et, par endroits au moins, pavées d'un ciment bitumeux que le temps rendait plus dur que de la pierre."(5)Pedro Cieza compare la route mentionnée par Humbold avec celle"que fit Hannibal dans les Alpes quand il descendit en Italie. Celle-ci peut être estimée supérieure en tenant compte des grands bâtiments pour voyageurs et des dépôts qu'il y avait. Cela force 1'admiration."(6)Fernando Pizarro de s'exclamer émerveillé :"Rien dans la chrétienté égale la magnificence de cette route!"(7)De belles villes, de belles routes, de beaux Jardins Botaniques, de beaux Temples, de belles Pyramides, un artisanat très supérieur à celui de l'Europe d'alors.1/. Pedro Cieza de León, LA CRONICA DEL PEROU, Buenos Aires 1945, p.264. Retour ^
BASILE Y.
2/. Idem, page 279. Retour ^
3/. Ant. de Solís, HISTORIA. DE LA CONQUISTA DE MEJICO, Madrid 1970, page 20. Retour ^
4/. Cité par W.H.Prescott, dans THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume V, page 65. Retour ^
5/. Idem, page 60. Retour ^
6/. Pedro Ciaza de León, LA CRONICA DEL PEROU, Buenos Aires 1945, page 121. Retour ^
7/. W.H.Prescott, THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume V, page 396. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS :
d)Agriculture et justice sociale.
Il y avait quelques chose d'endémique dans l'Europe de Colomb que les "sauvages Indiens" ne connaissaient pas : la Famine! Ce fut là un des principaux apports dont nous les avons accablés, fléau familier en Europe alors, mais inconnu là-bas. Cependant il faudrait bien souligner ici que ces "sauvages" mangeaient pour vivre et ne vivaient pour manger comme nous faisons parfois. Comme écrivait Las Casas :"Un Espagnol mange en un jour plus qu'un Indien pendant un mois", et qu'il "semblait aux indiens que ces gens-là (les conquistadores) sont venus au monde rien que pour manger."(1)Les Indiens "primitifs" étaient heureux et satisfaits de ce dont la Nature les avait comblés, sans autre mal que celui de cueillir, pêcher ou chasser. Quant aux Indiens organisés en grands empires comme les Incas :"Les greniers publics regorgeaient de vivres et les fonctionnaires étaient chargés de pourvoir à la subsistance de leurs administrés."(2)Qui aurait en ces temps, en Europe, rêvé d'une pension de retraite pour tous? Chez les "sauvages" du Pérou,"Une responsabilité très lourde stimulait le zèle des fonctionnaires : si un Indien avait volé par malice ou paresse, il était puni; s'il avait agi sous l'empire de la nécessité, c'est son chef hiérarchique qui était châtié."(3)
"Quand un homme était réduit à la mendicité par pauvreté ou par malchance, le bras de la loi s'étendait sur lui pour lui porter assistance. Pas l'assistance qui se borne à la charité privée, ni celle répartie goûte à goûte, comme c'était le cas en Europe, par les réservoirs glaciaux de la paroisse, mais généreusement, sans être accompagnée d'humiliation, et plaçant le bénéficiaire sur un niveau égal à celui de ses compatriotes."(4)
"au dessus de 60 ans, le vieillard était susceptible de donner des conseils seulement."(5)De même chez les Mayas, l'entraide sociale régnait partout avant l'arrivée de Diego de Landa, qui avoue que"C'était la coutume de chercher dans les villes les infirmes et les aveugles pour leur donner le nécessaire."(6)A la même époque, pendant laquelle la présomptueuse Europe se mit à exporter sa civilisation, on vivait chez-elle devant ce lamentable spectacle de"certains animaux farouches, des mâles et des femelles, répandus par la campagne, noirs, livides et tout brûlés de soleil, attachés à la terre qu'ils fouillent et qu'ils remuent avec une opiniâtreté invincible; ils ont comme une voix articulée, et, quand ils se lèvent sur leurs pieds, ils montrent une face humaine, et en effet ils sont des hommes; ils se retirent la nuit dans des tanières où ils vivent de pain noir, d'eau et de racines; ils épargnent aux autres hommes la peine de semer, de labourer et de recueillir pour vivre, et méritent ainsi de ne pas manquer du pain qu'ils ont semé."(7)Et ils en manquaient! La bruyère écrivait cela vers la fin du 17ème siècle. Au siècle suivant, en janvier 1772, dans une lettre à Joshua Babcock, Benjamin Franklin le confirmait en décrivant comme suit la vie des paysans d'Irlande et d'Ecosse :"Dans ces contrées il y a un petit nombre d'hommes qui sont propriétaires, nobles, gentlemen; leur opulence est extrême; ils vivent dans l'abondance et la magnificence. La masse du peuple est composée de tenanciers, extrêmement pauvres, qui vivent dans une misère sordide, couchent dans des tanières de boue et de paille, et ne sont vêtus que de haillons ..."les greniers publics regorgeaient de vivres" écrivait Louis Boudin tout en traitant les Indiens de "sauvages". Ces vivres n'étaient cependant pas de la manne tombée du ciel. Ils étaient le résultat d'une organisation réfléchie de l'économie agricole au service de tous, une économie DETRU1TE délibérément par nos barbares Européens dès leur arrivée :
Je vous assure que, pour la jouissance et le bien être de la vie, tout Indien comparé à ces pauvres gens est un gentleman.""La FAIM fut une des plus grandes calamités qui flagellèrent les Indiens(8) au commencement de la conquista. Elle fut causée par la méthode des conquistadores qui consistait à raser leurs fermes et leurs terres ensemencées pour les obliger à se soumettre."(9)Contemporain de la Conquista et de la famine qu'elle importa d'Europe, le père franciscain Motolinia, dans son catalogue des "Dix Plaies" (comme celles d'Egypte) que "Dieu" aurait envoyé aux Indiens pour les punir d'avoir adoré des "faux dieux", range la Faim en troisième place :"La troisième plaie fut une grande faim qui suivit la conquête du Mexique"(10).Ce n'est cependant pas Dieu qui leur envoya la famine. Un père n'affame pas ses enfants! Ils n'avaient pas faim avant l'arrivée de Colomb, car ils vivaient au sein de civilisations qui savaient obtenir deux récoltes par an, dans un pays où la pluie était un phénomène rarissime."J'ai déjà dit", écrit Pedro Cieza, "qu'il ne pleut pas chez eux, et que leur eau provient d'irrigations. En ces vallées les Indiens sèment du maïs et obtiennent deux récoltes par an et en abondance."(11)Les canaux d'irrigation mentionnés ci haut furent admirés par tous les chroniqueurs de l'époque, et récemment Victor Von Haagen, archéologue nord-américain les résume tous en quelques mots :"Cette vallée de Toumbez se trouvait être très peuplée et labourée, pleine de frais et jolis canaux avec lesquels ils irriguaient tout ce qu'ils voulaient, et obtenaient beaucoup de maïs et autres choses nécessaires à la subsistance des hommes, ainsi que de beaux et très savoureux fruits."(12)
"Par un judicieux système de canaux et aqueducs souterrains," écrit Prescott, "les désertiques espaces de la côte étaient rafraîchis par de copieux courants qui les paraient de fertilité."(13)
"Sous la zone torride il fallait de l'irrigation. Ils l'obtenaient avec grands soins, et ne semaient pas du maïs sans irrigation. Ils ouvraient aussi des canaux pour arroser des pâturages quand l'automne retenait ses eaux. Car ils voulaient aussi bien prendre soins de leurs pâturages que de leurs semailles parce qu'ils avaient beaucoup de bétail."(14)
"Les ingénieurs des Incas domptaient les impétueux cours d'eau jaillis des glaciers, et les canalisaient très attentivement dans leur descente vers les vallées, pour arroser des champs, quoique séparés de leur point de départ par de longues distances. Cette technique aidait les Incas à contrôler la densité de la population et donner au corps social un équilibre méticuleux entre population et productivité."(15)C'est pour cela que les Indiens ne souffraient jamais de faim."La famine, un fléau si connu alors dans chaque pays de l'Europe civilisée, était un mal inconnu dans les dominions des Incas"(16),écrit Prescott.Cette absence de famine avait certainement contribué pour sa part au règne de la Moralité chez les Incas.D'après Carli : "Sans doute l'homme du Pérou estoit infiniment plus perfectionné que l'Européen"(17).
Il l'était aussi parce qu'il y régnait une Justice au sujet de laquelle Motolinia écrit pour le Mexique que"Si dans un procès un juge favorisait un personnage haut placé au préjudice d'un homme du peuple, le seigneur, en apprenant la vérité, faisait pendre le juge et rendre la sentence en faveur du plébéien."(18)C'est sans doute à force de vivre dans cette ambiance que, si la première surprise des Indiens à l'arrivée des Cortés et Pizarro fut celle d'avoir eu à subir leur cruauté, la deuxième fut celle de les voir se voler les uns les autres.
S'il y a donc aujourd'hui des Indiens qui volent, il faut croire qu'ils furent de bons élèves. A propos de "Morale", c'est le MEA CULPA de remords que fit un conquistador sur son lit de mort qui est impressionnant. Mancio Sierra Leguisano, dans une relation-testament envoyée à Philippe II, lui écrivait entre autres :"Il faut que Sa Majesté Catholique le sache, nous avons trouve ces contrées dans une situation telle, qu'il n'y avait ni un voleur, ni un homme vicieux; et je voudrais que Sa Majesté Catholique comprenne pourquoi je rédige cette relation. C'est pour décharger ma conscience et me connaître coupable, car nous avons transformé ces individus qui avaient tant de sagesse et commettaient si peu de délits et d'extravagances, que le possesseur de cent mille pesos d'or et d'argent laissait sa porte ouverte en fixant un balai ou un petit morceau de bois en travers de la porte pour indiquer qu'il etait absent : ce signe conforme à la coutume suffisait pour éviter que quelqu'un m'entrât et ne prit quelque chose. Ainsi nous méprisèrent-ils quand ils virent parmi nous des voleurs."(19)En effet, quelle ne fut la surprise des Indiens quand ils virent les conquistadores commencer à mettre des serrures à leurs portes. C'était là un gadget inconnu chez les sauvages avant l'arrivée de nos barbares Européens. Malgré cela, d'après nos pundits anciens, l'Europe fut porteuse de civilisation au Nouveau Monde, quand en réalité elle n'y porta que des vices, des maladies, la Faim, et... des serrures!1/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, page 398. Retour ^
BASILE Y.
2/. Louis Baudin, LES INCAS DU PEROU, éd. Médicis, Paris 1947, page 111. Retour ^
3/. Idem, page 128. Retour ^
4/. W.H.Prescott, THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, Vol V, page 57. Retour ^
5/. Louis Baudin, LA VIE QUOTIDIENNE AUX TEMPS DES DERNIERS INCAS, Hachette 1955, p. 12. Retour ^
6/. Fray Diego de Landa, RELACIÓN DE LAS COSAS DE YUCATÁN, Editions Porua, Mexico 1959, page 14. Retour ^
7/. La Bruyère, LES CARACTERES. Retour ^
8/. Il s'agit ici des Indiens du Chili, pas des Peaux-Rouges de Benjamin Franklin. Retour ^
9/. Fr. Valenzuele, HISTORIA DE CHILE, Santiago du Chili 1960, page 130. Retour ^
10/. Motolinia, MEMORIALES, éd. UNAM, Mexico 1971, page 25. Retour ^
11/. Pedro Cieza de León, LA CRONICA DEL PERÚ, Buenos Aires 1945, page 293. Retour ^
12/. Idem, page 179. Retour ^
13/. W.H.Prescott, THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume V, page 5. Retour ^
14/. Garcilaso de La Vega, COMENTARIOS REALES, page 325. Retour ^
15/. Victor von Haagen, THE REALM OF THE INCAS, éd. New American Library, New York 1961, page 66. Retour ^
16/. W.H.Prescott, THE COMPLETE WORKS, Londres 1896,volume V, page 159. Retour ^
17/. Idem, page 160. Retour ^
18/. Motolinia, MEMORIALES, éd. UNAM, Mexico 1971, page 354. Retour ^
19/. Louis Baudin, LA VIE QUOTIDIENNE AUX TEMPS DES DERNIERS INCAS, Hachette 1955, pages 132-134. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS : e)Médecine.
Après toutes ces vérités sur les "sauvages", cela vaut la peine de faire une comparaison entre leurs médecines et la nôtre. On ne saurait, certes, faire des comparaisons entre une médecine développée au point où en est aujourd'hui la nôtre et celle des Indiens d'il y a cinq siècles, "brisée par la Découverte"(de l'Amérique) comme écrit Paul Rivet. La comparaison devrait donc être faite entre médecines des Indiens au XVme siècle et la non-médecine de l'Europe d'alors.
Même au siècle suivant celui de François 1er, en 1611, le "médecin" d'Henri IV, Jacques Fontaine, cherchait dans ses "diagnostiques" la "Marque du Diable", et écrivait péremptoirement :"Ceux qui disent qu'il est difficile de distinguer les marques du Diable des défauts naturels, d'un furoncle ou d'un impétigo, montrent clairement qu'ils ne sont pas de bons médecins."(1)Au temps d'Henri IV et de son "médecin", cela faisait plus d'un siècle que l'on avait détruit les civilisations du Nouveau Monde. Avant cela, la médecine y était la Reine des Sciences tant chez les Incas que chez les Aztèques ou les Mayas. Au Pérou par exemple :"... médecine et pratiques chirurgicales chez les Incas semblent avoir été aussi avancées, et même en certains points peut-être encore plus avancées, que lorsque Ambroise Paré arrachât la médecine de son sommeil médiéval en Europe au XVI siècle."(2)Quant au Mexique,"En chirurgie ils avaient fait de grands progrès; ils soudaient des os brisés et pratiquaient des opérations aussi difficiles que la trépanation."(3)Complétons Alfonso Toro en ajoutant qu'on y pratiquait même la chirurgie esthétique pour réparer les visages des belliqueux Aztèques démolis aux combats. De même chez les Mayas, comme écrit Diego de Landa, quoique à sa manière bien particulière :"Il y avait aussi des chirurgiens, ou pour mieux dire, des sorciers qui guérissaient avec des herbes et beaucoup de superstitions."(4)Alors si leurs "superstitions" les guérissaient, pourquoi traiter leur méthode curative de sorcellerie? Tous les religieux espagnols n'étaient pas des Diego de Landa. Le moine augustin Antonio de la Calancha, dans sa CORONICA MORALIZADA DEL ORDEN DE SAN AGUSTIN EN EL PERÚ, fait l'éloge de la médecine paléo-péruvienne. Il la compare avec la "médecine" de son temps en Europe, dont il critique la "maldita ignorancia', la "maudite ignorance" de nos "médecins" d'alors, et écrit dans son livre publié en 1639 :"Parmi les indigènes du Pérou il y avait des médecins sublimes, et le Deuxième Concile de Lima avait dû constater qu'ils étaient extraordinairement capables, et devaient être autorisés à guérir avec des herbes, des eaux et des massages; et disposa en son chapitre 111 que personne n'avait le droit de les empêcher d'exercer."Plus récemment, deux chirurgiens péruviens, les docteurs Graña et Rocca, ont prouvé au monde médical moderne que du temps des Incas on maîtrisait au Pérou les trépanations de la boîte crânienne, et à l'occasion de fouilles archéologiques on y a découvert des instruments chirurgicaux :"Avec ces instruments, les docteurs Graña et Rocca opérèrent actuellement des trépanations du crâne sur un patient vivant, utilisant les techniques opératoires des Incas. Ils utilisèrent la forme inca du tourniquet appliqué tout autour de la tête, et prouvèrent ainsi l'efficacité des anciennes techniques opératoires."(5)Se représente-t-on nos médecins au temps d'Henri IV en train d'opérer une boîte crânienne, même en ayant recours à la "marque du Diable"??? Pedro Cieza aussi vante les connaissances médicales des paléo-péruviens, ainsi que leur maîtrise de la botanique. Comme écrivait Paul RIVET, que de services nous rendent encore aujourd'hui le Quinquina, l'Ipécacuana, le copahu du Pérou!
L'Inca Pachacutec avait décrété que"Le médecin ou herboriste qui ignore les vertus des herbes ou qui connaissant les vertus de quelques-unes seulement ne cherche pas à les connaître toutes, sait peu ou rien. Il lui faut donc travailler pour les connaître toutes et mériter ainsi le nom auquel il prétend."(6)Un vrai barbare ce Pachacutec qui prescrivait à ses médecins 1'étude de la botanique au lieu de chercher la "marque du Diable". Un médecin hollandais, le Dr P.Feritz, fit il y a quelques années un séjour de deux ans parmi les Curanderos (médecins traditionnels) du Pérou. Il étudia leurs procédés et les fit connaître dans un rapport publié en Allemagne aux éditions "Ringelheimer Biologische Umschau" à Saltzgitter-Ringelheim. D'après Dr Feritz les médecins traditionnels font des analyses d'urine à leur façon, comme les faisaient leurs ancêtres il y a plus de cinq siècles, et découvrent le diabète aussi aisément que cela se fait dans nos laboratoires. Ils le soignent et le guérissent avec, des herbes et une diète.
Au Mexique aussi, la botanique était maniée de main de maître. Avant Colomb les Indiens savaient tirer profit pour leur santé des herbes dont la Nature les avait dotés avec opulence :"Aucun pays a eu autant d'espèces de plantes médicinales comme le Mexique, et leurs vertus étaient parfaitement connues par les Aztèques, qui, on pourrait le dire, avaient scientifiquement étudié la botanique médicinal."(7)Grâce aux herbes médicinales et à leur médecine adaptée à leurs maladies, les Indiens vivaient très sainement. Cependant, comme écrit Louis Baudin"Ce sont surtout les maladies apportées de l'Ancien Monde, la petite vérole et la rougeole, qui ont causé des ravages."(8)Oui, des RAVAGES! qui les ont littéralement décimés par endroit. Motolinia avait constaté ceci sur place et en son temps. Au sujet de la variole, il écrit qu'à l'arrivée au Mexique de Pánfilo de Narvaez, un de ses hommes atteint de variole, en 1520 (six mois après l'invasion) :"cette maladie jamais connues en ces terres se propagea de telle façon, qu'elle créa chez eux une pestilence qui dams la plupart des provinces causa la mort de plus de la moitié des gens. Ils mouraient comme un monceau de punaises."Et le "monceau de punaises" s'entassait partout où nos barbares Européens mettaient leurs pieds. Au lieu d'avoir des remords de ces apports civilisateurs, on les insulte de surcroît, avec l'accusation sans preuve, que les marins de Christophe Colomb auraient amené du Nouveau Monde la syphilis, une maladie qu'on confondait alors avec la lèpre. Comment nos "Diafoirus" du XVme siècle auraient été capables de distinguer une manifestation de syphilis d'un cas de lèpre! Sahagún, qui n'a rien laissé des "choses" des Indiens précolombiens sans en référer dans ses travaux, écrit bien au sujet de la lèpre(10) et des soins qu'on lui portait, mais pas un mot sur l'existence de la syphilis.
"11 ans après, vint un Espagnol atteint de rougeole, qui se propagea chez les Indiens tant que de très nombreux en moururent."(9)
Leur médecine était supérieure à la nôtre d'alors parce qu'elle avait un puissant allié : l'Hygiène, contrairement à la nôtre qui souffrait de son l'absence. Sahagún écrit que les Indiens enseignaient à leurs enfants :"Avant le repas tu dois te laver les mains et la bouche. De même après avoir mangé te nettoyer les dents"(11).Motolinia de son côté constatait que chez les Indiens :"c'était une grande habitude en bonne santé ou malades de se baigner souvent"(12).Malgré cela l'Europe traita les Indiens de "sales", de "voleurs", de "barbares".1/. Cité par J.C.Lauret et R.Lasierra, dans LA TORTURE ET LES POUVOIRS, éditeurs Balkand, Paris 1975, page 130. Retour ^
BASILE Y.
2/. Victor von Haagen, THE REALM OF THE INCAS, éd. New American Library, New York 1961, page 106. Retour ^
3/. Alfonso Toro, HISTORIA DE MÉXICO, éditions Patria, Mexico 1956, tome I, page 386. Retour ^
4/. Fray Diego de Landa, RELACIÓN DE LAS COSAS DE YUCATÁN, Editions Porua, Mexico 1959, page 39. Retour ^
5/. Victor von Haagen, THE REALM OF THE INCAS, éd. New American Library, New York 1961, page 106. Retour ^
6/. Garcilaso de La Vega, COMENTARIOS REALES, Livre IV, chapitre 36, page 505. Retour ^
7/. W.H.Prescott, THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume III, pages 493-494. Retour ^
8/. Louis Baudin, LES INCAS DU PÉROU, éd. Médicis, Paris 1947, page 132. Retour ^
9/. Motolinia, HISTORIA LE LOS INDIOS, éd. Gili, Barcelone 1914, page 14. Retour ^
10/. Fray Bernardino de Sahagún, HISTORIA GENERAL DE LAS COSAS DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1946, tome II, page 270. Retour ^
11/. Idem, tome I, page 560. Retour ^
12/. Motolinia, MEMORIALES, éd. UNAM, Mexico 1971, page 21. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS :
f)Apports à l'Europe, origine et religion.
Dieu merci, nous avons eu aussi des hommes, qui à leur savoir surent ajouter leur coeur pour parler objectivement des Indiens en reconnaissant leurs qualités, ainsi que ce que nous leur devons pour notre bonne vie d'aujourd'hui.
L'anthropologue français Paul RIVET était un ami des Indiens, parce qu'il était un ami de tous les hommes en tant que fondateur du Musée de l'Homme. Dans une de ses oeuvres on peut lire que :"...l'Indien américain tout en recueillent l'héritage des peuples et des races qui ont contribué à sa formation a su développer une civilisation propre sur ce fond commun et enrichir celui-ci d'une série de créations et d'inventions, qui peuvent être mises en parallèle avec les créations et les inventions de l'Ancien Monde."Il les a bouleversées tout à notre avantage, tandis que l'Europe ne leur apporta que le malheur, sans compter la destruction de la Nature.
"De grandes civilisations se sont constituées dans les régions les plus favorables au développement humain..."
"Au Mexique et au Yucatán, ils découvrirent un système d'écriture hiéroglyphique comparable au système égyptien, mais aussi indépendant de lui que la pyramide américaine l'est de la pharaonique."
"Leurs manuscrits qui sont souvent des calendriers, comme le sont les quipu des péruviens, révèlent des connaissances astronomiques extraordinaires et l'existence du système décimal chez les Incas."
"La liste des plantes cultivées par les aborigènes d'Amérique est impressionnante : le maïs, le manioc, la patate douce, l'igname, la pomme de terre, le cacao, le chénopode, la tomate, l'ananas, le potiron, le calebassier, le maté, le poivre de Cayenne. Ils possédaient un coton différent du coton de l'Ancien Monde, utilisaient les fibres textiles des agaves, fumaient ou prisaient du tabac, connaissaient les propriétés stimulantes ou thérapeutiques de la coca, du quinquina, de l'ipécacuana, du copéhu, enfin, pour teindre leurs tissus, ils exploitaient la matière colorante de la cochenille..."
"Il est bon, il est nécessaire que notre vieille Europe, comme la jeune Amérique, prennent conscience de ce qu'elles doivent à la civilisation indienne..."
"L'apport du Nouveau Monde a bouleversé les conditions de vie de la vieille Europe..."(1)
Un autre Européen, contemporain de la Conquista, Albrecht Dürer, le célèbre peintre, graveur et architecte allemand, en voyant à Bruxelles les magnifiques oeuvres d'Art aztèque envoyées à Charles Quint par Cortés, manifesta son admiration en ces termes :"J'ai vu en la maison du conseiller deux cadeaux apportés du Mexique pour le roi, à savoir : un soleil en or et une lune en argent d'une telle magnificence que difficilement on en rencontrerait qui les égalent. Je n'ai pas vu dans ma vie chose de meilleur goût. A admirer des choses si fines en or, je me suis émerveillé sur l'habilité et le travail subtil d'hommes de pays si lointains."C'était cela "les Indiens et leurs choses", comme écrivait le père Sahagún. D'où venaient ces Indiens? Nos américanistes se sont penchés depuis longtemps sur le problème de leur origine anthropologique. Leurs ancêtres furent-ils des autochtones ou des immigrés d'Europe, d'Asie ou d'ailleurs? Leurs travaux ont déjà donné certains résultats. S'ajoutant à l'origine préhistorique, on a découvert des témoignages archéologiques et linguistiques d'immigrations datant de mille ans avant notre ère : Pharaoniques, Phéniciens, Asie Centrale, Hébreux, Grecs, Ibériques, Irlandais, Vikings, Mélanésiens et autres, qui ont laissé des traces de leurs "visites". On a découvert, par exemple, des épées achéennes. Parmi les "sauvages" du Brésil exterminés par les "civilisés" il y a eu des blonds aux yeux bleus. Le séjour des moines irlandais de saint Brandan sur les côtes orientales d'Amérique du Nord mille ans avant Colomb et leur retour en Irlande est attestée historiquement. Que signifierait la Croix rencontrée par l'expédition de Juan de Grijalva en 1518 dans l'île de Yucatán, comme ils appelaient alors cette presqu'île avant de l'explorer totalement? Ils avaient trouvé que les Mayas y :"adorent une Croix en marbre, blanche et grande, surmontée d'une couronne en or, et disent que sur elle mourut un qui était plus lumineux et resplendissant que le soleil."(2)Mr. Barry Fell, professeur de biologie maritime et de zoologie à l'Université de Harvard, s'appuyant sur des découvertes numismatiques et des inscriptions tombales rencontrées en Amérique du Nord, soutient que 800 ans avant J.C. une colonie basque s'était établie à la vallée de Susquehenna, à 150 Km. de Philadelphie. Une collection de plus de 400 pierres portent des inscriptions, découvertes à environ 120 km de l'embouchure de la rivière Susquehanna, est attribuée par Fell à l'écriture de l'âge de bronze rencontrée en l'ancienne province de Trasos-Montes, située au Nord du Portugal. D'après des pièces de monnaie chinoises découvertes au Mexique, des Chinois conduits par un moine bouddhiste seraient arrivés en ce pays au Vme siècle de notre ère. On a également découvert des inscriptions tombales au Tennessee et en Géorgie, aux États Unis, datant de 1000 ans avant J.C. De même, des spécialistes du folklore indien présument que des coutumes et la langue des Indiens "Yuchi" impliquent un héritage hébreu.
Ajoutons à tout cela qu'on rencontre aussi quelques mots turcs dans la langue des Mayas ainsi que dans celle des Aztèques. On rencontre aussi des mots indo-germaniques dans le quechua, la langue des Incas; et les traits des Mapuches ne diffèrent pas tant des nôtres. Les Indiens d'Amérique Centrale ont des traits physiques se rapprochant de ceux des Mongoles.
A propos des Mongols, les travaux de Sahagún sur les "Choses" des Indiens pourraient nous mettre sur la piste d'une origine partiellement centre asiatique des Aztèques. Fray Bernardino était frappé par les similitudes de certains rites avec ceux de la religion chrétienne, surtout pour ce qui concerne l'Eucharistie. Ce Sacrement chrétien(St.Mathieu XXVI, 26-28) où Jésus donne à ses apôtres son corps à manger et son sang à boire symboliquement par le pain et le vin, les Aztèques le faisaient avec la chair et le sang d'un jeune homme divinisé durant un an et ensuite abattu rituellement par cinq prêtres.(3)
Il n'y eut pas que l'Eucharistie. Beaucoup d'autres manifestations religieuses aztèques se rapprochaient des rites chrétiens, ce qui avait désagréablement surpris les religieux espagnols. Ils furent épouvantés en les voyant s'approcher de leurs prêtres pour communier en absorbant un morceau de chair du sacrifié, car ils le faisaient avec le même recueillement que le font les chrétiens avec l'Hostie. Un Carême précédait aussi leur communion. Quand les religieux espagnols virent des baptêmes chez les Indiens précédés d'une invocation solennelle, où on oignait les lèvres et la tête du bébé, ils crièrent au scandale : "c'est le Malin qui les a inspiré pour profaner notre sainte Foi", disaient-ils. Sahagún, non sujet à ce genre de réactions, réussit à reconstituer, après de patients travaux, cette prière des prêtres Aztèques : "Que par ce baptême soit détruit le mal qui te fut donné avant le commencement du Monde".(4) Ne s'agissait-il pas là du péché originel?
Les nombreuses croix que les Espagnols rencontrèrent dans les Temples indiens furent également pris pour "Oeuvre de Satan". Les travaux de Fray Bernardino, concernant les points communs entre la religion des Aztèques et le christianisme, encouragent à émettre une hypothèse sur le "Satan" qui indignait les religieux espagnols. Ce "Malin" pourrait être l'ex-Patriarche de Constantinople Nestorius, anathématisé par le Concile d'Éphèse en 431.
Les Nestoriens étaient des chrétiens principalement Syriens(5), qui cherchèrent refuge en Perse, puis certains jusqu'en Asie Centrale. Ils missionnèrent même la Chine à partir de 635 (Steven Runcinian, A HISTORY OF THE CRUSADES). Leur première province ecclésiastique y fut fondée par le Patriarche Salibasacha au VIIme siècle. En 1625, des missionnaires Jésuites découvrirent en Chine des inscriptions chrétiennes datant de 781. Au Musée de SIAN, on peut admirer aujourd'hui des tables sculptées en pierre massive, rappelant le culte nestorien florissant en Chine depuis 635.
Les Nestoriens étaient de grands missionnaires. Ils n'étaient pas grecs, mais leur langue religieuse l'était. Les peuples qu'ils convertissaient gardaient leur langue nationale mais se servaient du grec pour leur Liturgie, comme firent les Européens occidentaux avec le latin. En Asie Centrale il y eut des rois, des reines et des princes mongols qui embrassèrent le christianisme grâce aux Nestoriens. Les sympathies de Gengis Khan pour le christianisme sont notoires, et son fils Tului était marié à une sincère nestorienne de la tribu turque des Keraits. De nombreux Turkmènes (Keraits et Cuighours) ont été christianisés par les Nestoriens.
N'est-il pas permis de spéculer sur des Turkmènes émigrés d'Asie Centrale vers l'Amérique par le Détroit de Béring, porteurs de vagues notions de christianisme, transmises par tradition orale. Progressivement, le Rite chrétien de l'Eucharistie (tu mangera ma chair et tu boira mon sang) a peut-être été interprété à la lettre, croyant mieux servir Dieu de cette façon que symboliquement?
L'histoire de l'Eglise d'Orient ne suffirait pas pour expliquer le "Satan" des Aztèques. La langue des Turkmènes étant le turc, est-ce une coïncidence que d'innombrables noms de lieu au Mexique soient encore aujourd'hui suffixés par "tepec" (mot qui en turc signifie colline) pour désigner des lieux qui sont des tertres ou même des collines? D'autres noms de lieu, aussi nombreux, sont préfixés par "teo", qui en grec(théo) signifie Dieu - les Aztèques étaient très croyants. De surcroît, TOUT le vocabulaire aztèque qui a un rapport avec des concepts divins est d'origine grecque. Leurs Temples s'appelaient TEOCALI. En grec TEO = Dieu, et KALI = hutte. TEOMANIA, qui en grec signifie transport divin, inspiration divine, signifiait en Mexica CONTEMPLER, MÉDITER, PRIER. En outre, le mot TEOTOCOS (en grec Mère de Dieu), voulait dire en leur langue : IDOLÂTRE. "Idolâtre", parce que suivant le dogme de Nestorius, la Vierge Marie, une femme mortelle, ne pouvait porter un Dieu dans ses entrailles. C'est après sa naissance que, d'après les Nestoriens, le Christ, s'unissant au Verbe, devint Dieu. Par conséquent, Sa Mère n'était pas Théotocos mais Christotocos. Les Nestoriens étaient subtils, pas Hellènes mais pleins d'hellénisme... Des mots préfixés uniquement par TEO remplissent trois pages du dictionnaire "Mexica-Castellano" de Molina, et ils ont TOUS un rapport avec des choses divines. Que l'on me permette donc de proposer cette hypothèse sur les Ancêtres des Aztèques, n'en serait-ce que d'une partie, puisque avant de conquérir Tenotchtitlán ils s'étaient déjà mélangés avec bien d'autres peuples (Toltèques, Tepanèques, Chichimèques, et autres).1/. Paul RIVET, LES ORIGINES DE L'HOMME AMERICAIN, Gallimard 1957, pages 171 à 176. Retour ^
BASILE Y.
2/. Augustin Yañez, CRONICAS DE LA CONQUISTA, éditions de la Universidad Nacional Autonome de México,1950, page 24. Retour ^
3/. Fray Bernardino de Sahagún, HISTORIA GENERAL DE LAS COSAS DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1946, tome I, pages 148 à 158. Retour ^
4/. Idem, page 629. Retour ^
5/. Des "hérétiques" dont l'"hérésie" représentait leur réaction contre l'oppression nationale que leur faisaient subir les Empereurs byzantins au nom de l'"Orthodoxie" de leurs Patriarches. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 2/. CHRISTOPHE COLOMB ET SA PROUESSE :
a)La non-Découverte de l'Amérique.
"Chaque bataille était une boucherie, et on lâchait les chiens sauvages contre les fugitifs sans défense, destinés à disparaître de ces îles en un peu moins d'une génération. Colomb établit un impôt en or en poudre par tête, et de ceux qui ne pouvaient le payer, il en embarqua 500 pour les vendre en Espagne en esclavage. La plupart en moururent."(1)"Cela" aussi était l'Oeuvre de Christophe Colomb!Les malheurs des uns font le bonheur des autres, dit-on. Les malheurs que Colomb porta aux Indiens firent le bonheur de l'Europe. Cependant, l'Europe n'a pas eu la "reconnaissance du ventre". Aux terres explorées grâce à sa prouesse elle donna le nom d'un charlatan : Amerigo Vespucci, espion des Médicis en Espagne, espion des rois d'Espagne au Portugal, comme on lira au paragraphe "un imposteur donne son nom au continent". Quant aux citoyens des États Unis, ils monopolisèrent le nom d'Amerigo, pour être les SEULS à s'appeler "Américains"!
Colomb osa une grande prouesse. C'était une Prouesse, mais parler de "Découverte"... Colomb OSA ce que les navigateurs de son temps considéraient être un saut dans le Néant de la "Mer Ténébreuse" comme on appelait alors l'Océan Atlantique. C'était une grande prouesse, mais la découverte avait été faite bien avant lui. Elle était même un secret de polichinelle pour les "cartographes cosmographes" conseillers de Colomb comme le Florentin Paolo Toscanelli, des hommes d'Europe et d'autres continents étaient même venus en Amérique depuis des millénaires comme nous l'avons vu au paragraphe précédent.
Le 12 octobre 1965 des Italo-Américains provoquèrent un embouteillage monstre dans les artères principales de New York pour protester contre un article "sensationnel", une information publiée la veille par le NEW YORK TIMES pour annoncer une "nouvelle" qui dort pourtant depuis presque un millénaire dans les caves du Vatican. Près de cinq siècles avant Colomb, des Vikings avaient colonisé la partie de l'Amérique du Nord qui va du Labrador à la Floride. Ils appelèrent alors leurs colonies HELULANDIA (terre de roches), MARKLANDIA (terre de forêts), et celle qui englobait justement New York, ils l'appelèrent VINLANDIA (terre de vignes), parce qu'ils y avaient trouvé de la vigne sylvestre. New York a gardé sa "tradition" vigneronne : dans l'État du même nom on y produit aujourd'hui un honnête vin de table.
Cet article du New York Times qui avait indisposé les Italo-Américains de New York, était une confirmation moderne, consécutive aux récentes découvertes faites par des chercheurs de l'Université de Yale. On peut trouver pourtant dans les archives du Vatican tous les détails sur le fait que des Européens vécurent quatre siècles durant sur les côtes Est du pays que nous appelons aujourd'hui United States of America, du XIme au début du XVme siècle. Cette colonisation avait été faite par des Vikings chrétiens dépendants du diocèse archiépiscopal de Gander, au Groenland. Plus simplement encore que dans les caves du Vatican, on trouve à la Bibliothèque Nationale de France un"Compte rendu du Congrès Scientifique International des Catholiques (1891), Sciences Historiques, 5me section, pages 170-184, Paris 1892."ainsi qu'un :"Compte rendu du Troisième Congrès Scientifique International des Catholiques, l894, Bruxelles 1895, pages 391-395."Dans ces comptes rendus, on peut lire les rapports faits par le professeur Jelic, du séminaire de Zara, sur l'Évangélisation de l'Amérique avant Christophe Colomb. Il y est même spécifié dans les détails comment les colons et missionnaires Vikings de l'Amérique du Nord envoyaient par l'intermédiaire du diocèse archiépiscopal de Gander le denier de St. Pierre en nature (en peaux de bêtes inconnues au Groenland) et qui ne pouvaient provenir que des colonies des cotes américaines. Avec d'autres produits naturels, en provenance ceux-là de Groenland, le tout était acheminé par les soins de l'archevêque de Gander vers la Norvège, d'où, convertis en espèces, leur montant était envoyé à Rome. Les colons Vikings des côtes de l'Est de l'Amérique du Nord avaient même contribué aux frais de la Cinquième croisade.
C'était cela le secret de polichinelle qui avait contribué à l'assurance des cartographes cosmographes du XVme siècle à situer sur leurs Mappemondes des terres à "découvrir" au-delà de la "Mer Ténébreuse". Que l'Amérique fut découverte et colonisée par des Européens cinq siècles avant Colomb, est aujourd'hui un fait historique incontesté. On objectera que les Vikings n'avaient aucune idée de leur Découverte d'un immense continent. Colomb non plus en mettant le premier les pieds à PARIA. Il ne se doutait pas qu'il foulait un sol continental et non une île, comme il l'avait cru...
Cela dit, il se pose une première question qui est de savoir pourquoi cette colonisation n'a pas eu de suites sur la vie économique de notre continent, alors que l'oeuvre de Colomb bouleversa la vie de l'Europe. Une deuxième question est pourquoi l'exploration de Colomb coûta la vie à des dizaines de millions d'Amérindiens et à 200.000.000 d'Africains, tandis que la colonisation des terribles Vikings ne laissa pas de tels souvenirs?
Pour répondre à ces questions il faut comprendre ce qu'a été la Renaissance : conquête du Monde, ère nouvelle, temps nouveaux, Nouveau Monde ! Foin des "ténèbres du Moyen Age", rien que des Lumières ! Chasse à l'Homme en Afrique, chasse à l'Homme en Amérique. Tout cela parce que la société marchande Européenne dès sa naissance au Xe siècle prit un aspect inhumain comme jamais cela n'avait été le cas avec d'autres sociétés marchandes ailleurs ; elle ne refusait pas que soit versé le sang pour réaliser de bonnes affaires. On fit couler le sang des Juifs et des "Infidèles", puis la Renaissance ayant apporté les moyens techniques, ce fut le tour des Africains, des Amérindiens et de tous les peuples de la terre.
Le même "phénomène" se reproduit donc avec Vasco Da Gama. Parti à son heure pour faire le tour de l'Afrique, ses résultats furent différents de ceux de ses prédécesseurs phéniciens. Ceux-ci partirent pour le compte du Pharaon Necho(609-598) de la Mer Rouge pour arriver en Méditerranée, en passant par le Cap de Bonne Espérance et les "Colonnes d'Hercule"(Hérodote I.202) comme on appelait alors Gibraltar. La différence entre Vasco Da Gama et les Phéniciens consista en ce que les prouesses de ces derniers ne coûtèrent la vie à aucun Africain. L'expédition portugaise, par contre, ravagea les cotes d'Afrique de l'Est, commençant par faire un ORADOUR flottant d'un navire arabe comble de pèlerins de retour de la Mecque qu'ils donnèrent en proie aux flammes(2), comme avaient fait les nazis des habitants d'Oradour-sur-Glane dans leur église.
1/. F.A.Kirkpatrick, LOS CONQUISTADORES ESPAÑOLES, Madrid 1960, page 26. Retour ^
2/. Edgar Prestage, DIE PORTUGESISCHEN ENTDECKER, Goldmans Verlag, Munich, page 159. Traduit de l'anglais, titre original THE PORTUGUESE PIONEERS.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 2/. CHRISTOPHE COLOMB ET SA PROUESSE :
b)Faire fortune à tout prix.Après ce long intermède revenons à Colomb pour parler de ses commanditaires. On a souvent parlé à tors de la Reine Isabel la Catholique mettant ses bijoux au "clou" pour obtenir les fonds nécessaires au financement de l'expédition. Cette légende ne peut effacer cependant, l'histoire, les noms, et la nature de ceux qui financèrent le premier voyage de Colomb. C'était des personnes en chair et en os que ceux qui risquèrent leur argent, espérant en retours s'enrichir même au prix de massacres. C'est au bout de sept ans que la Reine Isabel fut convaincue par son entourage que l'entreprise proposée par Colornb n'était pas une Chimère. Isabel la Catholique proposa alors à son Fermier Général, le richissime Luis de Santangel, de mettre ses bijoux en gage pour financer l'aventure "vers les Indes", ce qui créa cette légende. Son Fermier Général lui répond cependant :
"Il n'est pas nécessaire, Sérénissime Altesse, que Vous donniez Vos bijoux en gage. Il sera très petit le service que je rendrais à Votre Altesse en lui prêtant de ma caisse personnelle 1.000.000."(1)La somme offerte par de Santangel ne comblant que les deux tiers des frais prévus pour l'expédition, le troisième tiers (500.000 maravedis) fut avancé par les armateurs "Los Pinzones", comme on appelait les frères Pinzon de Palos, qui prirent personnellement part à l'aventure également dans l'espoir de s'enrichir. Isabel était surtout intéressée à étendre "aux Indes" l'emprise du christianisme, alors que Colomb, de Santangel et "Los Pinzones" n'avaient que des objectifs d'enrichissement personnel. Dans une de ses lettres aux rois catholiques, émouvante de sincérité, Colomb explique son comportement criminel envers les Indiens - récompense de leur cordiale hospitalité pour laquelle il ne tarit pas d'éloges dans son livre de bord :"Je jure de nouveau", leur écrit-il, "que j'ai mis davantage de diligence à servir Vos Altesses qu'à mériter le Paradis."(2)Il était arrivé au Nouveau Monde le 12 octobre 1492 pour constater que les Indiens étaient des personnes "dociles et aimables, pacifiques et sans convoitise, aimant leur prochain comme eux-mêmes"(3). Cependant, le jour suivant son arrivée, dans une autre lettre aux rois catholiques, il montre sa "diligence à les servir" par la hantise de l'OR qui s'empare de lui. Il le cherche avec exaltation; il montre à tout indigène des échantillons d'or pour leur demander par des signes où on en trouve. Il n'avait pas pris le temps de méditer sur la grandiose prouesse qu'il avait accomplie, et le 15 du mois de son arrivée il écrivait déjà aux rois catholiques :"à l'aide de Notre Seigneur, je ne manquerai pas de découvrir le lieu où il se trouve(l'or).(4)L'essentiel était de savoir que l'or existait en ces lieux. Pour se le procurer, rien de plus facile en "christianiserait" les Indiens pour en faire de "dociles serviteurs", comme il les appela, pour leur faire arracher cet or aux entrailles de la terre ou recueillir dans les cours d'eau. Ce fut pour cela que, arrivé le 12 octobre au Nouveau Monde, dès le 13 on remarque déjà dans toutes ses lettres quotidiennes comment la fièvre de l'or s'empare de lui, sans jamais oublier, en pieux chrétien(!?), de faire de Dieu son complice dans sa besogne de chercheur d'or. Pour gagner cet or il fallait des esclaves, soit! on fera la chasse à l'homme. C'est pour cela, qu'à propos d'esclavage au bénéfice de l'industrialisation de l'Europe, on peut dire catégoriquement que Colomb fut le premier esclavagiste, le PIONNIER de la mise en esclavage des Indiens du Nouveau Monde. Deux jours après son arrivée chez les "dociles et pacifiques", comme il les appela, il écrit aux rois catholiques :"Quand Vos Altesses en donneront l'ordre on pourra les amener tous en Castille ou les garder ici à l'Ile (l'Ile de La Española) en esclavage. Car avec cinquante hommes on pourra les tenir subjugués tous et en faire ce que l'on voudra."(5)
1/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, page 170. Retour ^
2/. Idem, tome II, page 27. Retour ^
3/. Idem, tome I, page 204. Retour ^
4/. Cristobal Colón, LOS CUATRO VIAJES DEL ALMIRANTE Y SU TESTAMENTO, éd. Espasa-Calpe, Madrid 1971, page 36. Retour ^
5/. Idem, page 33.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 2/. CHRISTOPHE COLOMB ET SA PROUESSE :
c)Les crimes et le châtiment.Il avait donc raison, Las Casas, de les appeler "douces brebis" puisque avec "cinquante hommes" on garderait "subjugué" tout un peuple, évalué par Colomb lui-même à plus d'un million. En homme qui avait de la suite dans les idées,
"Colomb envoya souvent un grand nombre d'Indiens à vendre comme esclaves en Espagne. En février 1495, par exemple, quelques 500 esclaves d'un âge allant de 12 à 35 ans, et en juin de la même année 300 autres."(1)C'était sa façon de répondre à la cordiale hospitalité que des hommes "aimables et sans convoitises" avaient réservée à son arrivée (comme on lira au chapitre "L'accueil fait à l'homme blanc par les Indiens"). On cherche toujours à excuser si non à justifier l'oeuvre des tueurs d'Indiens, de Noirs et autres "sauvages" avec l'argument de l'anachronisme de la critique. Cependant, les Indiens et leurs amis peuvent-ils pardonner Colomb alors qu'il dépassa même les méthodes nazis? Rappelons nous des otages exécutés en représailles pour la mort d'un soldat allemand exécuté par la Résistance! Colomb mit en pratique cette méthode dès son deuxième voyage au Nouveau Monde. Il inaugura ainsi les cruautés des conquistadores, comme il avait inauguré la mise en esclavage des Indiens. En avril 1494, son lieutenant Alonso de Hojeda - devenu par la suite un de ses pires ennemis - lui avait envoyé, enchaînés, le cacique d'une tribu voisine, ainsi que son frère et son neveu. L'accusation était que ce cacique n'avait pas puni les Indiens qui auraient volé des vêtements à des Espagnols. Colomb, sans même s'assurer du bien fondé de l'accusation, les fit décapiter tous les trois. Il n'avait pas fait cela pour le même motif que les Nazis, non parce qu'on avait tué un soldat allemand, mais à cause d'un supposé "vol de vêtements". Las Casas, biographe de Colomb, fait passer son amour de la Justice avant son admiration pour son héros, en écrivant au sujet de ce triple assassinat d'innocents,"Ce fut la première injustice commise contre les Indiens, et le commencement d'une effusion de sang qui fut versée si copieusement par la suite."(2)Colomb, premier esclavagiste chez les Indiens, premier pour y commettre une injustice, premier pour l'effusion de sang d'innocents, écrit Las Casas. Ajoutons avec Juan Collier, premier aussi pour l'extorsion de tributs insupportables, pillage qu'il fut le premier à institutionnaliser :"Il imposa aux individus à partir de 14 ans, aux familles, aux communautés et aux districts des tributs qui auraient été terribles pour n'importe quel genre d'habitants. Pour ces indigènes des Indes Occidentales, non habitués à travailler plus que l'indispensable pour leur genre de vie 'gentille et allègre', la charge résulta intolérable."(3)Tout cela était dans l'ordre des choses, car ni Colomb ni les conquistadores n'allèrent au Nouveau Monde pour y porter le christianisme ou la civilisation. Leur seul aiguillon était le pillage. Cependant, la Justice fut immanente! Tous les beaux rêves de Colomb se terminèrent pour lui par sa fin lamentable, sur la paille, humilié et criblé de dettes. Dans quel état d'âme a-t-il dû se trouver lorsque le gouverneur de 1'île La Española, Nicolas de Ovando, lui refusa l'asile sur cette île, à lui et à ses hommes naufragés. Colomb, qui avait découvert cette île, s'en voyait refuser l'accès après une dizaine d'années par le fonctionnaire d'une Couronne qu'il avait comblée. Il aurait dû faire alors une comparaison entre la conduite inhumaine d'Ovando envers des naufragés de ses compatriotes et l'hospitalité cordiale dont il avait joui, lui et son équipage, de la part du roi indien Guacanagarí, en circonstance similaire(4). S'il avait eu l'idée de faire cette comparaison, il se serait peut-être fait Indien au lieu de retourner en cette Europe des Nicolas de Ovando. Il aurait ainsi fait comme Gonzalo Guerrero (voir au chapitre " L'accueil fait à l'homme blanc par les Indiens") pour l'absolution de ses péchés.
Il mourut le 20 mai 1506 "oublié" et abandonné de tous, trahi par le machiavélique roi d'Aragon Fernando, l'indigne époux d'Isabel La Catholique, grande reine protectrice des Indiens. Il mourut dans une chambre d'une sordide auberge de Valladolid, en contemplant, accroché à un pan de mûr, le dernier souvenir douloureux de sa Prouesse : les chaînes avec lesquelles des ingrats l'avaient lié pour le renvoyer en Espagne comme un vulgaire criminel - des ingrats auxquels il ouvrit pourtant la voie pour la conquête de grands Empires. Il avait sorti l'Europe de la Faim, mais il n'avait pas eu pour lui-même l'étoffe de ses ambitions. Il avait les dents longues mais ne savait mordre que les Indiens. On ne sait même pas aujourd'hui où, en vérité, fut enterré Christophe Colomb. Il n'est pas certain du tout que ses prétendus ossements gardés à Séville, après un périple séculaire à Saint-Domingue et La Havane, soient véritablement les siens. Ingrate Europe!! Son ennemi juré, l'évêque de Burgos Fonseca, président du Conseil des Indes, avait réussi à le faire "oublier" et faire passer les lauriers de la "Découverte" au complice de sa créature Alonso de Hojeda, Amerigo Vespucci.
Son dernier voyage aux terres qu'il avait explorées, le conduisit à la Martinique en mi-juin l502, et dura deux ans et demi d'explorations. Ce furent trente mois d'infortunés naufrages, rébellions de ses marins, famines et épidémies. Tout ceci durant des pérégrinations entre îles antillaises et continent Sud, à la recherche d'or et de perles, dans l'espoir de financer une petite folie : il voulait aller "libérer le Tombeau du Seigneur", c'est à dire remettre cela avec les croisades! Il faut croire que le Seigneur ne voulut pas que l'on recommence à massacrer des "Indiens" en Palestine en Son Nom(5). Le seul côté un peu sympathique de son personnage fut ce côté Don Quichotte!
1/. Richard Konetzke, ENTDECKER UND EROBERER AMERIKAS, Fischer Bücherei 1963, page 19. Retour ^
2/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, page 380. Retour ^
3/. Juan Collier, LOS INDIOS DE LAS AMERICAS, éd. FCE, Mexico 1960, page 99. Retour ^
4/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, pages 276 à 279. Retour ^
5/. Avant d'entreprendre ce dernier voyage, Colomb s'était adonné à un véritable mysticisme. Il composa même un livre, intitulé LE LIVRE DES PROPHÉTIES.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 2/. CHRISTOPHE COLOMB ET SA PROUESSE :
d)Un imposteur donne son nom au continent.Le mot AMERIQUE lui-même fut une escroquerie intellectuelle majeure du XVIme siècle, donnant le nom d'un imposteur et espion à deux continents. Sur le Continent au Nord de Panamá, le premier explorateur qui. marchant sur les pas de Colomb, y mit les pieds, fut l'Italien Giovani Cabotto, en 1497, pour le compte du roi d'Angleterre ("John Cabot" pour les écoliers anglais...). Sur le continent au Sud de Panamá le premier qui arriva aux côtes de PARIA fut Christophe Colomb, en 1498. Mais ni l'un ni l'autre de ces deux continents s'appelèrent du nom de leurs explorateurs. Cette escroquerie se produisit parce que Colomb après son troisième voyage outre-atlantique de 1498, habitué durant six ans d'explorations des Antilles à ne rencontrer que des îles, appela Isla de Gracia les cotes Nord du continent Sud des Amériques, que ses aborigènes appelaient PARIA et qui fait aujourd'hui partie du Venezuela. Ayant découvert ces nouvelles terres, continentales, Colomb les cartographia et envoya ces cartes le 10 août 1498 aux rois catholiques. Leurs Majestés les remirent au président du Conseil des Indes Fonseca (un ennemi de Colomb), qui s'empressa à son tour de les communiquer à son favori le conquistador Hojeda, alors en Espagne. Hojeda ne perdit aucun temps. Appuyé par Fonseca il trouva des commanditaires qui financèrent quatre caravelles qui larguèrent les voiles en mai 1499 (un an après que Colomb ait "pris possession" de Paria "au nom de Leurs Catholiques Majestés") en emportant à leur bord Ameriggo Vespucci. Après avoir reconnu les terres cartographiés par Colomb, ils poussèrent 200 lieux plus loin vers le Sud, et retournèrent triomphants en Espagne avec un butin de 220 esclaves pris à la chasse à l'homme, de l'or, des perles, ainsi qu'un manuscrit en latin d'Ameriggo Vespucci, intitulé NOVUS ORBIS : Nouveau Monde.(1)
Ayant été écrit en latin, "lingua franca", langue internationale d'alors en Europe, ce manuscrit se propagea sur tout le continent européen assoiffé de nouvelles des "Indes", comme appelaient alors les Espagnols ce que nous appelons aujourd'hui Amérique. Parmi les premiers lecteurs de Novus Orbis se trouva un allemand, un certain Waldseemüller (2) qui, se basant sur les manipulations de dates du faussaire Ameriggo prétendant que son voyage avait eu lieu en 1497 (un an avant celui de Colomb), proposa qu'on appelât désormais ces terres AMERICA, ce qui fut fait par les Européens au Nord des Pyrénées. Les Espagnols continuèrent à appeler leurs colonies LAS INDIAS.
Qui était l'imposteur Florentin Ameriggo Vespucci ? D'après l'historien anglais Edgar Prestage, se référant aux travaux du professeur italien Magnaghi, Ameriggo aurait été un espion des Médicis chez les Espagnols, tout en espionnant les Portugais pour le compte des rois d'Espagne. A cette époque les espions se cachaient dans la peau de marchands (Ameriggo était un marchand d'épices) comme ils se cachent parfois aujourd'hui dans celle de diplomates.
1/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome II, pages 36-39, 115-120, 134, 140-142, 213, 374. Retour ^
2/. Il avait latinisé son nom en Hylacomylus. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 3/. L'ACCUEIL FAIT À L'HOMME BLANC PAR LES "INDIENS" :
Les conquistadores pris pour des dieux.."Il (le roi d'une île que visita Colomb) me dit que s'il y avait ici quelque chose qui me plaisait, toute l'île était à ma disposition."(1)On lit cela dans le journal de bord de Colomb, du 18 décembre de l'année de son arrivée aux Antilles. Le 30 du même mois, invité par le roi d'une autre île, il fut reçu dans une telle ambiance de cordiale hospitalité que ce roi enleva de sa tête sa couronne pour la poser sur celle de son hôte(2). En pleine euphorie! C'est cela qui fit écrire au vainqueur de la "Mer Ténébreuse" aux rois catholiques :"Ce sont des gens très aimables et sans convoitises. Je certifie à Vos Altesses qu'il n'y a pas au Monde de meilleurs gens. Ils aiment leur prochain comme eux-mêmes et ont de très bonnes moeurs."(3)Ce qui n'empêcha nos barbares Européens de salir leur mémoire, après les avoir exterminés, les traitant de "sodomites" et de "voleurs". Dans une lettre adressée par Colomb à ses souverains on peut lire que :"Ces gens-là sont si dociles et pacifiques qu'il n'existe pas de meilleure nation au Monde. Ils aiment leur prochain, et leur langage est toujours doux et accompagné de sourire. Ils doivent être de bons serviteurs; intelligents, je crois, car ils répètent très vite tout ce que je leur dis."(4)Quand, ils virent arriver Colomb et ses compagnons à Guanahaní(5), ils les prirent pour des hommes descendus du ciel, dans le sens propre du mot. Ils se criaient de hutte en hutte : "Venez voir les hommes qui descendent du ciel. Apportez-leur à manger et à boire"(6), et"Beaucoup d'hommes et de femmes allèrent leur portant chacun ce qu'ils avaient, se jetant au sol et levant les mains au ciel. D'autres allaient vers les "maisons qui vont sur l'eau" porter des perroquets, des pelotes de coton filé et autres choses."(7)Ils ne connaissaient d'autres armes que des petites fléchettes armées d'arêtes de poissons, juste bonnes pour la chasse au petit gibier et la pêche. Les habitants de Guanahaní vivaient sans travailler plus que chasser, pêcher ou cueillir des fruits pour leur subsistance. En les mettant au travail forcé on les anéantit totalement. On les mit d'abord au travail pour déboiser, afin de faire des plantations de coton pour l'Europe. Résultat du déboisement? les vents desséchèrent le sol, et cette île est aujourd'hui un DÉSERT! Un phare très puissant - le progrès! - la domine maintenant, éclairant les marins à une distance de 34 km. Pauvre Guanahaní! Pauvres Lacayos! "douces brebis" comme les appelait Las Casas. Guanahaní, appelée San Salvador par Colomb, fut re-débaptisée par les Anglais (quand ils en chassèrent les Espagnols) en Watlings Island. À quand le pèlerinage à l'ex-Eden des Lacayos devenu le désert Watlings Island? Des pèlerinages avec de grandes banderoles portant l'inscription : "Le Ventre de l'homme blanc reconnaissant à Christophe Colomb". Mais qu'importe le désert puisque nous avons donné à cette île des noms civilisés? Comment peut-on s'appeler Ganahaní? "Comment peut-on être Persan?"
Partout les Indiens reçurent de la même façon les premières arrivées d'"hommes blancs barbus". Sur les côtes nord d'Amérique du Sud par exemple, quand en 1498 Colomb"se dirigeant vers l'Équateur pour découvrir des régions aurifères, il arriva au Golfe PARIA dont les habitants portèrent aux étrangers des aliments et des perles en abondance."(8)Plus au sud, quand les Portugais posèrent pied pour la première fois sur la terre qu'ils appelèrent Brasil - avec l'expédition Cabrai - "...que les marins portugais cherchent du bois ou qu'ils lavent leur linge, immédiatement le petit peuple basané offrait son aide"(9). Tout comme au Brésil, les Peaux-Rouges d'Amérique du Nord sauvèrent souvent du froid et de la faim les Anglo-Saxons nouvellement arrivés, en leur donnant des conseils pour la pêche et la chasse et en les réconfortant de ce dont ils avaient, ainsi qu'en les aidant à se construire des cabanes propres à hiverner : "Plus d'une fois une colonie anglaise fut sauvée de la mort parce qu'elle fut approvisionnée à temps par des tribus voisines d'Indiens"(10). On lira au chapitre du "Dragon Anglo" comment les descendants directs de ces Anglo-Saxons témoignèrent leur reconnaissance envers les descendants des bienfaiteurs de leurs ancêtres. Il en fut ainsi partout, tant en Amérique du Sud que du Nord. Cet accueil cordial ne fut pas le fait que de tribus et de roitelets. Que ce soit chez l'Inca Atahualpa au Pérou ou chez le Tlatoani(11) Moctezuma des Aztèques, partout l'homme blanc fut reçu chaleureusement.
Moctezuma, maître d'un grand Empire, avait comblé les conquistadores à leur arrivée sur ses terres. Chez les Mexicains précolombiens, il y avait une légende très populaire de "Dieux Barbus" qui auraient visité jadis leur pays venant "du côté où se lève le soleil" et seraient repartis en promettant de revenir un jour. S'agissait-il d'un des contacts évoqués au chapitre " Les Amérindiens précolombiens : Apports à l'Europe, origine et religion " ou au chapitre " Christophe Colomb et sa prouesse : La non-Découverte de l'Amérique "? Quand les Mexicains virent donc pour la première fois les conquistadores, ils s'écrièrent : "voici nos Teules revenus "(12)
Lorsque les hommes de Cortés se pavanèrent sur la plage, montés sur leurs chevaux, ils furent pris pour des "Teules" centauriens(13), des divinités formant homme et bête en un seul corps. Les ambassadeurs de Moctezuma qui vinrent leur souhaiter la bienvenue en les comblant d'offrandes en or, cotonnades, perles fines et divers objets d'art, se prosternèrent devant eux, leur brûlant de l'encens comme ils avaient coutume de le faire pour leurs dieux. Lorsque Cortés fit tirer quelques coups de bombardes pour les impressionner, ils se couchèrent au sol paniqués, croyant que les "dieux" qui venaient d'arriver faisaient du tonnerre. Sahagún su le mieux nous décrire l'état d'âme et l'émotion du Tlatoani des Aztèques, quand il se trouva face à Cortés, lui disant :"Oh, notre seigneur! Soyez le très bienvenu. Vous êtes arrivés sur vos terres, chez votre peuple, chez vous au Mexique(...). Je ne suis pas en train de rêver, je vois votre face et votre personne. Vous êtes sorti des nuées et du brouillard, lieux qui nous sont cachés à nous mortels(...). Soyez les bienvenus, reposez-vous maintenant en ces palais qui sont les vôtres."(14)Pour Moctezuma, Cortés était son dieu Quetzalcoatl, le Messie dont ils attendaient le retour. Lui-même ne se croyait que l'incarnation passagère de Quetzalcoatl, tandis que Cortés était à ses yeux son Dieu en chair et en os. D'après le recueil de manuscrits indigènes datant de la conquista et connus sous le nom de "Codice Ramirez", à l'arrivée de
Cortés à Mexico,"Les Indiens s'agenouillaient et les adoraient comme des fils du Soleil, leur dieu, et disaient que le temps prédit souvent par leur empereur Netzahualpitzintli était arrivé. C'est ainsi qu'ils (les conquistadores) entrèrent se reposer dans le palais impérial."(15)Dans un autre manuscrit indigène, connu sous le nom de "Anonimo de Tlatelolco", et dont l'original se trouve à. la Bibliothèque Nationale de France, revient plusieurs fois l'expression "écoute Dieu" à l'adresse de Cortés, de la part de caciques vassaux de Moctezuma(16).
On doit ici une explication au lecteur qui se posera avec raison la question de savoir comment Mexicains et Espagnols pouvaient se comprendre. Cela vaut donc la peine d'ouvrir une parenthèse sur la question des interprètes, qui est également caractéristique de l'accueil fait en général par les Indiens à l'homme blanc. Les communications inter langues se firent par le truchement de deux interprètes : un Espagnol, Jeronimo de Aguilar, parlant le maya et une Indienne nommée Malinche parlant sa langue maternelle le náhuatl, qui était celle des Mexicains, et également le maya. Ainsi Malinche traduisait à Aguilar du náhuatl au maya, et lui du maya à l'espagnol.
Ce qui est intéressant est comment Aguilar apprit le maya. Naufragé sur les côtes de Yucatan quelques années avant l'arrivée de Cortés Mexique, avec quelques autres Espagnols "captifs", ils furent répartis entre différentes tribus. Quand Cortés arriva le long des côtes de l'Empire de Moctezuma, son armada rencontra une embarcation montée par des indigènes. À la surprise générale, un "Indien" de l'embarcation, qui n'etait autre que Aguilar, parlait espagnol. Grandes embrassades, et Aguilar heureux de se retrouver avec des compatriotes. Il leur demanda d'aller voir un de ses compagnons, captif comme lui à quatre lieux de la côte, pour lui demander de les rejoindre également. Le "captif" en question(Gonzalo Guerrero), d'"esclave" devenu cacique de sa tribu, marié à une Indienne et père de trois enfants, refusa de suivre Aguilar, préférant rester au sein de sa famille indienne et à la tète de ceux qui le nommèrent cacique.(17)
Gonzalo Guerrero fut un parangon de l'Éthique Las Casas. Il s'était fait indien et avait mit au service des Indiens ses talents militaires, en se battant jusqu'à la mort à leur tète contre ses propres compatriotes. Ce que fit le Père Las Casas avec sa plume, Gonzalo Guerrero le fit avec son épée. Ce qui fait honneur à l'Espagne est qu'il ne fut pas le seul Espagnol à avoir embrassé la noble cause de la défense de l'agressé contre les agresseurs, de l'opprimé contre les oppresseurs. Contrairement à Guerrero, Aguilar se fit complice de Cortés, l'ingrat! Avec Aguilar et Malinche(18) Cortés, en mettant pour la première fois les pieds sur la côte du Mexique, n'était pas armé que de bombardes, d'espingoles et de lourdes épées. Il était également muni de l'aide précieuse de deux interprètes pour lui traduire le culte de sa déification.
Cette déification des conquistadores à leur arrivée au Mexique se reproduisit plus tard au Pérou. Selon la mythologie inca, un Inca rêva une nuit d'un homme qui"avait de la barbe au visage, à la différence des Indiens qui sont généralement imberbes, et était vêtu jusqu'aux pieds, au contraire des Indiens qui ne sont habillés que jusqu'aux genoux. C'est à cause de cela qu'ils appelèrent "Viracocha" les premiers Espagnols arrivés au Pérou."(19)Ayant vu arriver Pizarro et ses hommes, ils les prirent pour leur Dieu Viracocha et sa suite. C'est comme Dieux que les Indiens accueillirent partout nos barbares Européens qui se comportèrent, eux, en tout lieu, comme de vulgaires brigands de grands chemins. Comme s'ils n'étaient pas des êtres humains ceux qui habitaient ces terres, qui portaient des noms bien à elles, on appela les violations de domicile d'autrui Nouvelle Espagne, Nouvelle Angleterre, Nouvelle Ecosse, Nouvelle France, Nouvelle Amsterdam.
L'amabilité, le gentillesse, l'hospitalité et l'esprit de solidarité qu'avaient témoignés les habitants du Nouveau Monde aux "hôtes", du Sud comme du Nord de cet immense continent, sont un terrible acte d'accusation contre notre civilisation dans son ensemble, et non contre telle ou telle nation européenne en particulier. Nous sommes tous des Barbares, malgré notre "Présomption d'être civilisés" comme écrivait Bernardino de Sahagún, confirmé par le grand Montaigne.
1/. Christophe Colomb, LOS CUATRO VIAJES DEL ALMIRANTE Y SU TESTAMENTO, éd. Espasa-Calpe, Madrid 1971, page 95. Retour ^
2/. Idem, page 104. Retour ^
3/. Idem, page 109. Retour ^
4/. Cité par Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, page 204. Retour ^
5/. C'est là que Colomb mit pour la première fois pied à terre en arrivant au Nouveau Monde. Retour ^
6/. Christophe Colomb, LOS CUATRO VIAJES DEL ALMIRANTE Y SU TESTAMENTO, éd. Espasa-Calpe, Madrid 1971, page 33, journal de bord du 14/10/1492. Retour ^
7/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951, tome I, page 208. Retour ^
8/. Rafael M.Granados, HISTORIA DE COLOMBIA, Medellin 1953, page 73. Retour ^
9/. Edgar Prestage, DIE PORTUGESISCHEN ENTDECKER, Goldmans Verlag, Munich, page 153. Traduit de l'anglais, titre original THE PORTUGUESE PIONEERS. Retour ^
10/. Charles & Mary Beard, A BASIC HISTORY OF THE UNITED STATES, éditions The New Home Library, Philadelphie 1944, page 25. Retour ^
11/. TLATOANI, chef de la Confédération de tribus mexicaines sous l'hégémonie des Aztèques. Retour ^
12/. TEULES, prononcer téoulés, qui en leur langue signifiait "dieux". Retour ^
13/. On ne connaissait en Amérique ni chevaux, ni ânes, ni moutons, ni chèvres. ll y avait par contre d'autres animaux inconnus Europe, tels que le lama, le bison, la dinde, etc. Cependant, la faune dans son ensemble était plus pauvre que de ce côté de l'Atlantique. Retour ^
14/. Fray Bernardino de Sahagún, HISTORIA GENERAL DE LAS COSAS DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1946, tome III, pages 41 à 42 Retour ^
15/. RELACIONES INDIGENAS DE LA CONQUISTA, éd. UNAM, Mexico 1959, page 71. Retour ^
16/. Idem, page 163. Retour ^
17/. Bernal Díaz del Castillo, HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1955, page 59. Retour ^
18/. MALINCHE est aujourd'hui au Mexique un péjoratif désignant un Mexicain au service de l'étranger. En France nous dirions un "collabo". Retour ^
19/. Garcilaso de La Vega, COMENTARIOS REALES, Livre IV, page 378. Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
I. 4/. QUI ÉTAIENT LES CONQUISTADORES :
a)Origine et moeurs.