La partie de l'ouvrage déjà disponible est réunie sur cette page, après le sommaire.
Elle peut ainsi être enregistrée en un seul fichier ou être imprimée avec le moins de perte de papier possible.
Le droit d'auteur exige de ne pas modifier le texte et de conserver le nom Basile Y.
Les liens hypertextes fonctionnent en interne et rendent le fichier autonome.___________
SOMMAIRE
Introducton :Les deux civilations.1/. Naissance de l'Islam :a) Jusqu'aux premiers Khalifes.2/. Les Croisades.
b) Et l'Islam devint pluri-culturel.a) Sauvagerie et hypocrisie.3/. La paille et la poutre.
b) Pierre L'Hermite.
c) La Croisade des Enfants.
d) Les grands chefs de la première croisade.
e) Les "Miracles".
f) La Croisade contre d'autres Chrétiens.
g) Les Mongols.
h) LE Coupable.
i) La fin des Croisades.a) Le "fanatisme" musulman.
b) Propagation et colonialisme.
4/. L'Islam et l'Hellénisme.Médecine arabe et médecine européenne :5/. L'apport de la "Mission civilisatrice".
Les Arabes ont découvert la vaccination ?6/. Conclusion.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
INTRODUCTION :
Les deux civilisations.
Comme la nôtre, creuset dans lequel vinrent se fondre de multiples nations, l'Islam est une civilisation au développement de laquelle ont contribué de nombreux peuples. Ni la nôtre saurait être appelée "hellénique" parce qu'elle a vu le jour avec les longues épées des Achéens, ni celle de l'Islam peut être appelée "arabe" parce qu'elle est née avec les Yatagans des Quraychites.
Comme chez la nôtre, où Saint Paul commença sa carrière en persécuteur pour finir en forgeron du christianisme, le Khalife Omar I, principal fondateur de l'Islam, après Muhammad ibn Abdallah (Mahomet), commença la sienne en courant, épée à la main, à la recherche de ce dernier, pour lui trancher la tête comme profanateur des dieux quraychites de sa Tribu. L'élan du païen Omar se transforma en une conversion des plus éclatante à la religion du Prophète d'Allah, de la même façon que Saint Paul finit par se donner au Christ sur le Chemin de Damas.
Comme la nôtre, la civilisation islamique commença par des effusions de sang. Aux Arabes, fondateurs de l'Islam dans la première moitié du VIIe siècle de notre ère, il fallut trois siècles pour s'assagir. Ils furent alors fatigués de se battre, et devinrent progressivement les sujets des peuples qu'ils avaient d'abord islamisés.
Les Turcs prirent la relève, les Mongols les suivirent. Les uns comme les autres firent au nom de l'Islam des conquêtes et des hécatombes dignes du plus féroce des animaux qu'est l'homme sur cette Terre. Au bout de quelques siècles leur agressivité s'estompa - y a-t-il aujourd'hui sur notre planète un peuple plus pacifique que les Mongols ?
D'autres peuples d'Asie, comme les Indonésiens, furent ensuite convertis à l'Islam par des Bengalis, mais non par une invasion armée comme ils le subirent plus tard de la part des Portugais et des Hollandais. Les Bengalis le firent par de vrais missionnaires, le Coran dans une main, la balance de marchand dans l'autre. Dès le XIVe siècle, les Indonésiens convertissaient à l'Islam par la même méthode les peuples des Philippines. Il en fut de même en Afrique, où de grands empires islamiques virent le jour de cette façon. Un dynamisme vécut partout, même s'il ne prit pas ses racines par les armes.
Jusqu'à l'époque moderne, notre civilisation fut souvent violente. Quand les hordes d'Hellènes, nos ancêtres, déferlèrent à travers les plaines de Thessalie, leur arrivée :"se termina par des destructions et des incendies qui marquent le passage de l'envahisseur. Les chefs d'une minorité guerrière s'établissent au milieu des pré-hellènes, et ce fut, sur le moment, pour l'Hellade, une rupture complète avec le passé."(1)Le "passé" de la brillante civilisation égéenne qu'ils détruisirent (2). Ce fut cela l'extrait de naissance de notre civilisation, et non le Miracle Grec qui suivit. Ce furent les incendies des Palais égéens qui allumèrent le flambeau de notre civilisation et non Platon ou Aristote. Depuis lors et jusqu'à l'aboutissement à Auschwitz de notre prétendue "mission civilisatrice", nous ne nous étions pas assagis, comme les autres peuples conquérants après leur "crise de croissance", disons leur maladie infantile. Des hommes prétendus "spirituels" parmi nos anthropologues d'antan clamèrent jadis sentencieusement que "Les Nègres sont des enfants qui ne grandiront jamais". C'est cependant nous qui avons mis longtemps à guérir de notre "maladie infantile".
Un autre point (entre autres) qui distingue notre civilisation de celle de l'Islam est le fait, par exemple, qu'en Tunisie et Algérie, leurs habitants - chrétiens pour la plupart avant l'arrivée des Arabes - se convertirent à l'Islam non seulement parce qu'ils étaient ainsi exemptés de la Djizya (impôt de capitation comme chez les Romains), mais surtout parce que l'Islam fut pour eux une délivrance de l'oppression que leur faisaient subir leurs coreligionnaires de Byzance. Ils avaient été chrétiens "hérétiques" Donatistes ; cette "hérésie" avait été le recours le plus commode qu'ils aient trouvé pour se défendre contre le joug Byzantin. Cette situation se reproduisit au XVe siècle dans les Balkans chez les chrétiens Bogomiles (cousins théologiques des Albigeois), et au Proche Orient avec les Monophysites, les Nestoriens et autres chrétiens que l'Islam libéra du joug de l'Empire Romain de l'Est. Ces peuples ex-chrétiens, islamisés, au retour de la domination chrétienne sur leurs terres, préférèrent rester musulmans. Non que la religion de Mahomet soit meilleure que celle du Christ, mais parce que les Européens, dans l'ensemble, n'ont la plupart du temps pas servi le Christ, mais au contraire, s'en sont servis ! Beaucoup de chrétiens le reconnaissent aujourd'hui.
Pour conforter ce que nous venons de dire, il faut remarquer que les victoires éclair des Arabes contre l'Empire Byzantin ne se produisirent que sur des territoires "hérétiques" à l'"Orthodoxie" byzantine, et que lorsqu'ils s'attaquèrent par contre à la capitale, ils furent obligés de faire demi-tour. A sa naissance l'Islam battait les Byzantins partout lorsqu'il s'attaquait à des territoires dont les peuples attendaient des libérateurs. Les armées du Khalife Omar I y furent partout reçues en libératrices. Il n'était pas rares de voir des cas comme celui du 20 août 636 en Syrie opprimée, où durant une bataille entre une grande armée byzantine organisée à la romaine et une bien moins grande arabe composée plutôt de bandes guerrières, les Byzantins furent littéralement écrasées. "Miracle" ? Non ! Douze mille Arabes chrétiens de l'armée byzantine d'Héraclius I, persécuteur de Juifs et d'hérétiques, passèrent avec armes et bagages à l'ennemi. De la même façon, le Patriarche Copte d'Alexandrie livra sa ville aux Arabes sans résistance, ses habitants chrétiens se montrant indifférents à son sort. Comme écrit avec beaucoup de bon sens Ernest Renan :"C'est dans un sens général et comme vérité historique qu'il est permis de dire que l'intolérance de l'orthodoxie constantinopolitaine, chassant de l'Eglise les sectes syriennes, posa la condition fondamentale de l'Islam, ces sectes chassées dans les contrées limitrophes de l'Arabie ayant fourni au nouveau mouvement religieux des éléments essentiels et de nombreux adhérents."(3)Après le Proche Orient, ce fut le tour de l'Afrique du Nord, le pays où Saint Augustin, deux siècles avant Mahomet, fit appel au bras séculier du Tribun Marcellinus, pour sévir contre les "hérétiques" Donatistes. Ceux-ci l'en remercièrent en se convertissant dès l'arrivée de l'Islam. Passée l'ère des conquêtes, les porteurs de yatagans devinrent des porteurs de Culture chez les peuples qui en manquaient - comme en Europe Occidentale. Depuis Haroun Al-Rachid et Al-Mamoun, ils sauvèrent l'hellénisme condamné à mort par l'Eglise de Byzance et son Maître ISAPOSTOLOS (4). Ils ne se contentèrent d'ailleurs pas de le sauver, mais avec la collaboration des Juifs de toutes les terres islamiques et des peuples du Proche Orient, de l'Asie et du Maghreb, ils l'enrichirent et l'élevèrent à un niveau supérieur. C'est cette Culture enrichie qu'ils transmirent à l'Occident via Tolède et al-Andalous.
L'Islam porteur de Culture, ce "Kulturträger" comme disent les Allemands, n'était plus arabe dans le sens ethnologique du terme, tant l'universalisme avait posé sur lui son empreinte (5). C'est cet universalisme qui, de l'Océan Atlantique aux îles Philippines en passant par Damas et Samarkande éclipsa le rôle des Arabes proprement dits.
Soulignons encore que, d'avoir sauvé l'hellénisme des mains de ses naufrageurs byzantins et de l'avoir transmis à l'Europe pour sortir celle-ci de son long sommeil, cela ne veut pas dire que la Culture islamique soit simplement un hellénisme arabisé. La contribution des autres peuples islamisés n'a pas non plus effacé la tradition des civilisations arabes préislamiques. Les peuples des Reines de Saba et de Palmyre n'étaient pas que des vulgaires "pilleurs de caravanes" avant Mahomet - comme prétendent certains. Un autre Mythe qu'on répand au sujet de l'hellénisme transmis à l'Europe Occidentale est celui"des savants Byzantins fuyant leur pays au moment de la prise de Constantinople par les Turcs, amenant dans leurs bagages les Lumières de Byzance et de l'Hellénisme".Ces "grands savants" se perdaient plutôt en discussions sur le sexe des Anges…
Les Arabes pré-mahometants n'étaient en aucune façon de simples pilleurs de caravanes, comme à la même époque leurs homologues brigands de grands chemins l'étaient en l'Europe. La plus noble de leurs professions était le commerce de marchandises, qui, en tous temps et tous lieux dans l'Histoire de l'Humanité, fut le frère jumeau du commerce des idées.
Les Arabes sont les premiers responsables de cette mauvaise réputation que fit de leurs ancêtres l'Europe, depuis les Croisades principalement. Dans leur enthousiasme pour la religion que leur donna leur Prophète, ils appelèrent Jahiliya (Ignorance), tout ce qui existait parmi eux avant Muhammad. Ils n'étaient pas de "primitifs Nomades" mais les hommes du Pays que les Hellènes - avec lesquels les Arabes échangeaient des marchandises et des idées - appelèrent "Eudaimon Arabia" (heureuse Arabie), Eudaimon, qui donna son nom au port yéménite ADEN. Les Romains qui tentèrent en vain de subjuguer leur pays en envoyant Aelius Gallus en 25-24 avant Jésus Christ, l'appelèrent aussi heureuse Arabie (Felix Arabia). Il s'agissait du Sud de l'Arabie, du prestigieux royaume de la Reine de Saba qui avait comblé le Sage Roi Salomon lorsqu'elle arriva à Jérusalem pour éprouver sa sagesse,"Avec une suite fort nombreuse, et avec des chameaux portants des aromates, de l'or en très grande quantité (6) et des pierres précieuses."(1Rois, X-2)Mais déjà bien avant la Reine de Saba et le Roi Salomon, les Arabes Minéens faisaient du commerce de marchandises et d'idées avec la Chine et les Indes, pour les transmettre à l'Égypte des Pharaons et à la Mésopotamie. Dans le Coran (Sure XXXIV, Versets 14-18) Mahomet mythologise le cataclysme qui détruisit la capitale des Minéens Marib, et par là la civilisation arabe qui avait précédé la Reine de Saba, dont la Dynastie succéda au Cataclysme.
Les expéditions scientifiques ont démythologisé l'Arabie du Sud en découvrant de grandioses vestiges de son passé. Dans les années 1950, des expéditions (américaine sous W. Phillips et belge sous G. et J. Ryckmans) découvrirent des ruines impressionnantes datant du deuxième millénaire avant Jésus Christ : de grands Temples, des Aqueducs, des Digues, tous témoins de la civilisation qui y avait existée avant la Reine de Saba.
C'était là les Arabes du Sud. Cinq siècles avant Jésus Christ, les Arabes du Nord, les Nabatéens qu'on appela plus tard Sarrasins, avaient fondé une brillante civilisation avec pour capitale PETRA (ville morte aujourd'hui), partenaire commerciale des Gréco-Romains. Les Nabatéens ayant eu le malheur de sympathiser avec leurs frères Juifs contre les Européens Romains destructeurs du Temple de Jérusalem en 70 et responsables du suicide des Zélotes en 73 à Massada(7) furent punis par ses derniers par la perte de leur Indépendance en 106, consommée par les Légions de Trajan. Le tout fut couronné pour les Arabes par la destruction du dernier de leurs royaumes, celui de Palmyre, par Aurélien, en 273, avec la fin tragique de leur Reine Zénobie.
La comparaison entre la civilisation occidentale et l'Islam ne doit pas se faire entre la valeur théologique du Coran d'une part et des Évangiles de l'autre, mais entre les différentes façons dont ces deux Livres furent respectivement interprétés. Deux siècles s'étaient à peine écoulés depuis les Visions de Mahomet que les "Nomades du désert" fondaient à Bagdad la "Maison de la Sagesse" (Bait-al-Hikma). Ce fut un centre de Renaissance de l'hellénisme qui joua pour l'Islam le rôle qui quelques siècles plus tard échoua à Tolède pour transmettre la même Sagesse à l'Occident. C'est au début du IXe siècle à Bagdad qu'eut lieu la véritable Renaissance, qui permit sept siècles plus tard à François 1er de marcher sur les pas d'al-Mamoun en inaugurant le Collège Royal (aujourd'hui Collège de France). Auparavant, par contre, mille ans après la Vision de Saint Paul, le Vicaire du Christ à Rome, Sylvestre II, se plaignait qu'"à Rome personne ne possède une instruction suffisante pour faire un huissier."Comme une exception à la règle de l'Europe d'alors, ce Pape était un homme de haute culture. Ce qui lui avait valu de passer pour un "sorcier", un "suppôt du Satan". Ses fils en Jésus Christ le jugeaient pour tel parce que,"...son étonnant Savoir était suspect au point qu'on le prenait pour un maître Sorcier qui avait vendu son âme au Diable..., un modèle historique pour Doktor Faust"(8)écrit l'historien allemand Johannes HALLER. Les quelques rares lettrés que possédait alors l'Europe, elle les devait aux traductions du Savoir arabe qui lui venait d'au-delà des Pyrénées. Les traductions qui se faisaient à Tolède systématiquement par des Juifs arabo-latinisants appelés en sa capitale par Alfonso le Sage (9) ainsi que les traductions des Juifs de Narbonne et de Provence, furent l'école maternelle de l'Europe.
Du temps où l'on accusait le Pape Sylvestre II d'avoir vendu son âme au diable parce qu'il était un homme cultivé, on interprétait l'Évangile du Doux Jésus de Nazareth, à Rome, en coupant la langue et en arrachant les yeux du Pape Jean XVI, pour finir par le promener après ce supplice, mutilé, dans les rues de Rome assis à l'envers sur un âne (10). Il fut ainsi puni de n'avoir pas compris le rôle d'obéissance de Dieu à César auquel l'Homme Européen avait assigné l'Église du Christ. Car jamais I'Enseignement de Jésus de Nazareth de "donner à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César" fut pris par les Européens autrement que comme une figure de rhétorique.
Ce qui se passait alors dans la ville de Saint Pierre - et ce n'était pas un cas isolé - , ce qui se passait dans la Capitale spirituelle de l'Europe, était comme un écho à ce qui se passait couramment à Byzance. Dans la "Rome de l'Est", huit siècles après le supplice que les Romains infligèrent au Christ, une "mère", l'Impératrice Irène, faisait arracher les yeux de son fils Constantin VI, "dans la Porphyra même où il avait vu le jour"(11) vingt sept ans auparavant. En fait d'yeux, elle voulait surtout lui arracher le Pouvoir et prétexta défendre l'adoration des IMAGES du Christ et de ses Saints.
Qu'on nous épargne donc du Mythe du "christianisme adoucissant les moeurs des barbares", quand c'est le contraire qui se produisit par la germano-romanisation du christianisme. Par contre, prenons comme exemple ce peuple dont on nous a toujours enseigné qu'il fut des plus cruels, LES MONGOLS : les mêmes Mongols que des Papes et des Potentats du monde chrétien - comme Saint Louis - voulurent utiliser pour qu'ils exercent leurs cruautés sur les Musulmans. Les peuples des Gengis Khan et Tamerlan dont les cruautés furent épargnées à l'Europe grâce à l'Islam (Sultan Bayajid Yildirim le paya de sa vie) qui fut un Rempart pour les maintenir en Asie, finirent par se convertir à la religion musulmane à laquelle ils avaient fait tant de mal. Mais ces peuples terribles, une fois convertis à la religion de Muhammad ne "mongolisèrent" pas l'Islam. Ils se civilisèrent à un tel point que, le descendant du même féroce Tamerlan, BABAR, fonda une Dynastie aux Indes, qu'aucune autre de l'Histoire de l'Humanité ne pourrait s'enorgueillir d'égaler en matière de Monarques cultivés. Si nous faisons exception du fanatique Aurangzebs, alors on peut affirmer que du fondateur de la Dynastie, Babar, en passant par le grand Akbar, et jusqu'au dernier de la lignée Bahadur Shah Il - qui était plus poète et artiste que Monarque -, l'Empire des Grands Moghols vécut sous la conduite de Shahs plus amants des Muses que de Mars. Ce ne fut qu'à l'arrivée des Vandales, les marchands d'épices du Portugal suivis des Quincailliers de Birmingham, que les Muses furent remplacées par la soldatesque.
Mongols et Hindous, après les premiers chocs, coexistèrent et s'apprécièrent mutuellement par le respect des uns pour la civilisation des autres. Très nombreux furent les Grands Moghols dont les mères ou grands-mères avaient été esclaves du harem ou princesses radjpoutanes, filles de Rajahs vaincus ou voisins. Mais cela ne dura que jusqu'à l'arrivée des vrais barbares, les Européens. Ces barbares surent si bien se camoufler, que tout le monde se trompa en les prenant pour des hommes d'une "civilisation supérieure" à celle qu'ils trouvèrent en arrivant aux Indes. Notre civilisation était-elle vraiment "supérieure" alors qu'elle a amené le béribéri et la tuberculose dans les emballages de ses machines à glacer le riz - aliment de base des peuples asiatiques, lequel, glacé, devenait de l'amidon sans valeur nutritive. Nos "civilisés" détruisirent le mode de vie naturel des peuples des Indes, au bénéfice de l'industrialisation de l'Europe, et uniquement dans ce but !
Si les Afro-Asiatiques n'avaient pas donné de leçons à Pythagore - et à Platon, et avant Platon à l'Ionie toute entière - , s'ils ne nous avaient pas transmis leurs CHIFFRES - leur Zéro surtout - par l'intermédiaire des Arabes (qui nous les servirent à un niveau supérieur), nous n'aurions pu ni commettre Hiroshima, ni Nagasaki, ni suspendre sur le Globe Terrestre une épée de Damoclès en technique de destruction.
On dit qu'un esprit sain a besoin d'un corps sain pour s'y loger. Serait-ce que nous avons le corps bien malade pour avoir créé nos "Armes Totales" ? Je crois que l'Europe et l'Amérique du Nord sont peuplées par un peuple resté par certains égards primitifs malgré ses ordinateurs et ses présomptions, un peuple qui a besoin de l'aide des industriellement sous-développés pour sortir de l'état dangereux auquel son individualisme l'a amenés.
L'aspect primitif des Européens que je soulève se trouve dans une particularité dont nous sommes fiers : celui des "Libertés individuelles". Nous sommes individualistes, mais d'où provient cet individualisme ?
Nous nous plaisions à traiter de "primitifs" tous les peuples dont le mode de vie est différent de celui du "monde civilisé ". Que signifie l'expression peuples primitifs quand elle ne doit pas être mise entre guillemets ? Les peuples, je crois, qui ne se sont pas encore débarrassés de leurs instincts primitifs dont le pire est l'individualisme, c'est à dire l'instinct de domination qui animait les hommes avant qu'ils ne se mettent à vivre en société.
Tous les peuples de la Terre évoluèrent depuis leur état initial et, se débarrassant plus ou moins de leur individualisme, se sont réunis pour vivre en société. L'Européen s'est pourtant groupé en une société si hautement développée qu'elle lui permet aujourd'hui de mettre les pieds sur la lune. Mais de notre individualisme primitif non seulement nous ne nous sommes pas correctement débarrassé, mais nous nous en faisons même une gloire.
Nous avons des exemples de l'individualisme européen. En faisant de l'Angleterre le berceau des Libertés Individuelles, il y fut en fait établi la liberté de mettre les autres en esclavage génocide comme l'Histoire de l'Humanité n'en avait jamais connu. Il y eut durant la Traite des Noirs quatre fois plus de Négriers anglais que parmi TOUTES les autres nations de l'Europe réunies (12). Les Anglo-Saxons se firent les meilleurs Tueurs d'Indiens, les plus cruels des Pirates contre leurs concurrents, et les champions de la Traite des Noirs qui coûta aux peuples d'Afrique 200.000.000 de leurs enfants."Du 'capitalisme' il y en a eu en Chine, aux Indes, à Babylone, dans l'Antiquité et au Moyen Âge, mais il lui manquait cet Ethos particulier..."(13)L' "Ethos particulier" du nôtre ! Notre commerce fut développé par une classe marchande née avec les Croisades. Cette classe n'a pas eu peur de répandre le sang pour faire de bonnes affaires. Le sang des Juifs et des Arabes pour commencer, celui des Amérindiens ensuite, puis celui des Africains, celui des Asiatiques, du sang de partout. Nectar pour son Dieu le Veau d'Or. Les Croisés n'étaient pas des marchants. Toutefois depuis les croisades les rois et princes féodaux régnaient, mais l'Argent gouvernait aussi.
Avec le début des croisades, ce fut la fin de l'ère où on échangeait un mouton contre une paire de chausses. Dorénavant on vendrait des moutons contre de l'argent, et achèterait avec cet argent tout ce qui est à vendre. Avec l'effondrement de l'Empire Romain s'était en même temps effondré une société marchande héritée de l'Antiquité, pour faire place au sommeil féodal de la circulation des marchandises. Réveillée vers les Xe-XIe siècles, la nouvelle société marchande n'était plus composée de Romains civilisés par les Hellènes (et ces derniers par l'Orient), mais des "selfmades" ouest-européens, des individualistes.
Il faut nous dépouiller de notre narcissisme, qui nous a fait croire longtemps que nous sommes la seule civilisation digne de ce nom, pour nous rendre compte, enfin que notre capitalisme - pas comme les autres - a été perverti par un primitif instinct de domination.
Y a-t-il espoir que l'Homme Européen arrive un jour à se débarrasser de l'instinct de domination qui prend source dans son individualisme ? Nos racistes "anthropologues", pour justifier le colonialisme des Cecil Rhodes - Jules Ferry - Léopold II, clamèrent que "Les Nègres sont des enfants qui ne deviendront jamais grands". Très spirituel ! Mais les "Nègres" se sont débarrassés de leurs instincts primitifs des milliers d'années avant qu'on fasse incursion chez eux comme des Vandales. Parviendra-t-il jamais l'Homme Européen à grandir un jour ?
Les Arabes, fondateurs de l'Islam, n'empruntèrent pas son Éthique à l'Hellénisme - ils avaient bien mieux dans ce domaine (14) - mais sa science. Ce ne fut pas Homère et sa glorification de la Ruse, de la Violence et de la Vengeance, mais Pythagore, Euclide, Aristote et SURTOUT Hippocrate qui ont intéressé le monde arabe.
1/. G. Glotz, LA CIVILISATION ÉGÉENNE, Albin Michel 1937, page 48. BASILE Y.
Retour ^
2/. Comme plus de trois mille ans plus tard leurs cousins Godos (les Wisigoths d'Espagne) détruisirent comme des Vandales la grande civilisation des Incas et l'Empire de Moctezuma.
Retour ^
3/. E. Renan, MÉLANGES RELIGIEUX ET HISTORIQUES, Calman-Levy 1928, p. 218.
Retour ^
4/. Titre donné à l'Empereur de Byzance. En grec "égal à Apôtre".
Retour ^
5/. Contrairement à la civilisation occidentale qui fut raciste et nationaliste, tout homme converti à l'Islam devient un frère, quelle que soit son origine raciale ou ethnique. C'est ainsi que tout Musulman était aisément confondu avec un Arabe et considéré comme tel, comme le furent le Persan Avicenne, le Scythe Rhases, le Kurde Saladin.
Retour ^
6/. L'or était très apprécié par le fervent religieux Salomon pour l'ornementation de son Temple. Les navires de son allié le roi de Tyr, Hiram, allaient le chercher à "Ophir". Cette façon de manifester sa ferveur religieuse se rencontre aussi au sein d'une civilisation comme celle des Incas où l'Or n'avait absolument aucune valeur marchande.
Retour ^
7/. Les Juifs se trompent concernant le "Complexe de Massada". Ce complexe ne devrait pas viser les Arabes. Depuis l'an de grâce 73 il y a eu de très nombreux Massada. Ils eurent lieu en Rhénanie, à Londres, à Paris, à Varsovie, à Moscou, à Kiev, etc. etc. la liste est trop longue. Il n'y a jamais eu de Massada chez les Arabes ! Ils n'ont jamais eu lieu que chez les Européens.
Retour ^
8/. Johannes Haller, "DAS PAPSTUM, IDEE UND WIRKLICHKEIT", éditions RoRoRo 1965, Band II, page 163.
Retour ^
9/. Roi Savant, auteur des tables d'astronomie, les "tables alfonsines". Élève des Arabes, comme Sylvestre II.
Retour ^
10/. Johannes Haller, "DAS PAPSTUM, IDEE UND WIRKLICHKEIT", éditions RoRoRo 1965, Band II, page 162.
Retour ^
11/. Louis Bréhier, VIE ET MORT DE BYZANCE, Albin Michel 1969, page 88.
Retour ^
12/. J.S. Redding, THEY CAME IN CHAINS, New York 1950, page 17.
Retour ^
13/. Max Weber, DIE PROTESTANTISCHE ETHIK, éditions Siebenstern Verlag, München-Hamburg, 1969, Band I, page 43.
Retour ^
14/. Par exemple la UMMA, communauté des croyants entre lesquels doit régner égalité, solidarité et fraternité en dehors de tout critère racial ou national. Cette communauté est élargie même au-delà des schismes religieux.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
1/. NAISSANCE DE L'ISLAM :
a) Jusqu'aux premiers Khalifes.
"Ne faites point de violence aux hommes à cause de leur foi. La voie du salut est assez distincte du chemin de l'erreur."
(Le Coran - II, 257) Traduction de Savary.
Trois mille ans avant que Vasco da Gama ne découvre une route des Indes contournant le Continent Africain, les Arabes du Sud de la Péninsule naviguaient déjà jusqu'en Inde et en Chine, jouant ainsi les intermédiaires commerciaux entre l'Asie et l'Égypte. C'était un temps où l'Europe vivait encore dans ses forêts. Ce très lucratif commerce des Arabes n'a pas manqué d'attirer plus tard l'attention de Ptolémée III (1). Pour le faire dévier au bénéfice de son royaume, il fit remettre en état le canal que les Pharaons avaient fait creuser 1.500 ans auparavant entre le Delta du Nil et la Mer Rouge. Le canal étant rénové, le commerce que faisaient jusqu'alors les Arabes passa dorénavant pour l'essentiel aux mains des Grecs d'Égypte d'abord et des Gréco-Romains ensuite. Ce fut alors la ruine du royaume de Saba, la décadence des Sabéens, et le commencement de ce que les Arabes musulmans appelèrent Jahiliya (ignorance), état dans lequel ils se trouvaient à la naissance de Mahomet. Du temps de la Jahiliya on vivait sous la Loi du Talion, en Tribus se faisant la guerre les unes aux autres et à l'intérieur des Tribus des Clans au sein desquels des familles se disputaient à coup de poignard la prédominance.
Cependant, l'occupation la plus noble des Arabes restait le commerce, quoique sur une échelle réduite. La Mecque était un grand centre de commerce réunissant le Sud au Nord de la Péninsule, exportant des dattes, des épices, des aromates (les parfums d'Arabie), de la soie et tous autres raffinements en provenance du lointain Orient. Ceci rendait naturellement les pistes des caravanes idéales pour que les pillards du désert en fassent leurs cibles. La Mecque, ville sainte de 1'Islam où Muhammad vit le jour, était déjà en ces temps un centre religieux polythéiste riche de plus de 300 idoles, de la Kaaba, et de Hobal, la plus célèbre de ces idoles.
Parmi les Clans de la tribu Quraych qui dominait alors La Mecque, il y avait celui de Hachem (2) arrière-grand-père de Muhammad et chef du Clan, et celui d'Umayya (3), auquel le Prophète s'allia en épousant les filles de ses alliés Omar et Abou Bakr.
Muhammad Ibn Abdallah, c'est à dire Muhammad fils d'Abdallah, n'avait pas connu son père (d'humble condition) mort avant la naissance du futur Prophète, dans les années 70 du VIe siècle. A la mort d'Abdallah, sa veuve Amina confia son fils en nourrice aux soins de la femme d'un berger, et Mahomet vécut ainsi dans le désert jusqu'à l'âge de six ans quand sa mère le reprit. Pauvre Amina ! Elle n'eut pas le bonheur d'élever son fils et jouir de sa Destinée, car tout de suite après l'avoir repris de sa nourrice elle mourut. Ainsi, à l'âge de six ans le fils d'Abdallah et d'Amina se trouva orphelin de père et de mère en bas âge. Le premier qui recueillit alors Muhammad fut son grand-père paternel Abd al-Muttalib. Mais son grand-père décéda à son tour à l'âge de 80 ans, deux ans après son adoption, et ce fut son oncle Abou Talib qui se chargea d'élever le futur fondateur de l'Islam.
Mahomet, tout jeune encore, travaillait au service de son oncle, notable commerçant de la tribu Quraych, dont les chameaux portaient vers la Syrie ses marchandises accompagnées par son neveu. Pour Mahomet, ces voyages furent son école spirituelle. Les Arabes "païens", comme tous les peuples idolâtres qui avaient atteint un niveau de pensée métaphysique, en dehors de leurs idoles, pensaient aussi à l'existence d'un "Dieu Inconnu" : le Dieu des religions monothéistes, le Dieu de Moïse. Même chez les polythéistes Gréco-Romains on adorait un "Dieu Inconnu" auquel on érigeait des statues.
Le mot ALLAH, existait déjà chez les Arabes avant la religion musulmane. Ce MOT Allah n'était pas nouveau chez les "païens" de sa Tribu et de Mahomet lui-même, avant sa Vision de l'Archange Gabriel. De tous temps, pour les Quraychites, le mot Allah avait désigné un Dieu "au-dessus de tous les autres Dieux". Ce Dieu tenait alors une place très grande dans les pensées de Mahomet. Les innombrables idoles de La Mecque ne lui disaient rien de sérieux. Il était donc prêt et "réceptif" à l'influence qu'exerçaient sur lui les "Gens du Livre", c'est à dire les Juifs et les Chrétiens qu'il rencontrait sur son chemin de chamelier pour son oncle Abou Talib.
Parmi ces rencontres, un moine chrétien arabe nommé BAHIRA, eut un rôle important. D'après la tradition des croyants, il découvrit la "marque du Prophète" sur son épaule. Les connaissances qu'il tira des conversations avec ce moine sur les Religions du Dieu Unique correspondaient à sa foi monothéiste. Il ne savait ni lire ni écrire (c'est pour cette raison qu'il sera trahi par son secrétaire Abdallah ibn Said) mais il savait retenir et faire son profit de ce qu'il entendait dire par les "Gens du Livre" (le Livre, Ancien et Nouveau Testament). Une grande intelligence et une forte mémoire étaient des attributs qui ne faisaient pas défaut à Mahomet. Ils se reflètent dans le Coran par ses critiques sur les Chrétiens et les Juifs auxquels il reprochait de ne pas se conformer aux Enseignements de leurs propres Écritures Saintes.
Les Juifs, après la Chute du Temple, se dispersèrent à travers tout l'Empire romain qui, avant de faire du christianisme la religion au service de son État, les favorisa contre les Chrétiens ses ennemis ce qui fit de l'élite juive des collaborateurs de Rome. Quant aux Chrétiens, Mahomet avait devant ses yeux le lamentable spectacle d'hommes opprimant et persécutant leurs propres coreligionnaires sous prétexte d'"hérésie". C'était là justement ce qu'il ne voulait pas, lui qui rêvait de sceller dans une communauté religieuse, basée sur la même croyance, les Tribus des Arabes qui s'épuisaient en de luttes intestines ; lui qui attendait d'Allah qu'il l'aide à unir son peuple en une nation respectée par les Deux Grands d'alors, Byzance et la Perse.
Les leçons que tira Mahomet à travers ses conversations avec le moine Bahira et d'autres "Gens du Livre" se reflètent dans le Coran même, par le grand respect et la vénération qu'il témoigne envers les Prophètes d'Israël, le Prophète Jésus (4), sa Mère Marie - de la Virginité de laquelle il chante la Gloire (Le Coran, XXI, 91) - ainsi que de l'Ange Gabriel l'Annonciateur de la Conception du Christ, et de Saint Jean Baptiste.
Il y a beaucoup de légendes tissées autour de Mahomet. Autant de légendes de glorification par les croyants que de calomnies par ses ennemis. Des chrétiens se sont parfois moqués de ses Visions (5). Pourquoi seraient-elles moins authentiques que celles de Saint Paul, de Jeanne d'Arc et de Sainte Thérèse d'Avila ? Qu'il y ait eu des imposteurs dans l'histoire de l'Islam qui eurent des "visions" sur mesure comme dans la chrétienté chez Constantin Le Grand et Pierre L'Hermite ce n'est pas impossible. Mais Muhammad n'était pas un imposteur.
Comme le Nouveau Testament et le Talmud, Le Coran, indépendamment de l'usage qu'on a fait de ces trois livres, est un message d'Amour de son prochain, de tolérance et de miséricorde. Mais comment inspirer de tels principes à son peuple qui en était tant éloigné et qui répondit à leur proclamation par des actes de violence et de vengeance. Dans sa biographie de Mahomet, Maxime Rodinson rappelle deux fois le cas de Hind, cette tigresse de femme d'un des persécuteurs de Muhammad, Abou Sofyan, devenu après la victoire du Prophète un allié et le chef suprême de ses armées victorieuses. Mahomet fut répudié et persécuté par presque toute sa Tribu qui le chassa de La Mecque et n'aspirait plus qu'à sa mort. Entre Mahomet émigré à Médine et sa tribu Quraysh ce fut la guerre sans merci. Pendant une de ces batailles où il fut vaincu par une armée Quraychite commandée par Abou Sofyan et grièvement blessé, Hind, dans sa rage contre le Prophète, avait ouvert la poitrine d'un oncle de Mahomet nommé Hamza (tombé en combattant pour la cause de son neveu) et en arracha le foie.
C'était ces moeurs que voulut réformer Muhammad, et il y réussit. Son oeuvre ne fut cependant pas une Réforme mais une véritable Révolution. De la persévérance, et de la foi en Allah, il n'en a pas manqué. Il finit par soumettre tous les potentats de sa Tribu Quraysh et en faire ses alliés, parce que ce n'était pas la vengeance qui l'inspirait. Sa réconciliation systématique servit d'exemple ensuite pour l'Islam envers les peuples qu'il soumit à sa Loi. Tant Hachémites qu'Umayyades de sa Tribu, il fit de tous ses amis et alliés. Mahomet n'aspirait qu'à prêcher pacifiquement la religion d'Allah. A ses prêches les Quraychites opposèrent la force armée et la violence auxquelles il répondit par la violence. Il n'avait pas affaire à un peuple comme celui de Mahatma Gandhi... Sorti à la fin victorieux de cette guerre fratricide à laquelle on l'avait acculé, il retourna à La Mecque, pour "abattre les idoles", comme dans les passages qu'on lui avait lus dans l'Ancien Testament (Deut. XII, 3) :"Il fit abattre les idoles amassées dans le Temple. Puis il se fit donner la clef de la Ka'ba et y entra. A l'intérieur, il y avait un trésor qu'il respecta, quoique composé de dons offerts par les païens à leurs dieux. Il y avait aussi des fresques qu'il fit effacer sauf, dit-on, les images d'Abraham, de Jésus et de la Vierge."(6)Ceci explique pourquoi ses successeurs, à l'occasion de toutes leurs victoires, respectèrent toujours les lieux des Cultes juif et chrétien. Quand Omar I entra victorieux à Jérusalem, il fut respectueux du St. Sépulcre dont cinq siècles après, les Croisés pillèrent le trésor et furent sur le point de se battre pour se partager le butin (voir plus loin, "Les Croisades").
Après la mort de Mahomet en 632, commença l'ère des successions. Son ami de toujours Abou Bakr fut le premier et un des plus compétents et plus honnêtes de ses successeurs. Parmi les faits et gestes qui honorent la mémoire de ce grand Musulman, on trouve le texte du manifeste qu'il adressa aux troupes de Yazid, le fils du fameux Abou Sofyan, partant à la conquête de la Syrie, dont voici quelques extraits :"Quand vous serez en présence de vos ennemis comportez-vous en vrais musulmans, et montrez-vous de dignes descendants d'Ismaël... ne tournez jamais le dos à l'ennemi, rappelez-vous que vous combattez pour la cause d'Allah... Si Allah vous donne la victoire n'en abusez pas. Ne teignez pas votre épée dans le sang des prisonniers, d'enfants, de femmes, de vieux et des infirmes... Ne troublez jamais le repos des moines et des solitaires, et ne détruisez pas leurs demeures..."(7)Le Prophète avait bien choisi son successeur. Dire que son appel ait été entendu de tous et en toute circonstance ce serait croire au Père Noël. Le fait est que ce sont des hommes comme Abou Bakr qui furent les fondateurs de l'Islam. À Abou Bakr succéda Omar Ibn al-Khattab, le grand Khalife (8) Omar I, celui qui prit Jérusalem en 636 en donnant une leçon de modestie aux vaniteux officiers supérieurs byzantins qui l'attendaient tout chamarrés des pieds à la tête pour lui remettre les clefs de la ville. Quelle surprise de voir arriver Omar sur une mule en burnous déchiqueté. C'est que le deuxième Khalife de l'Islam, qui se nourrissait en accompagnant en général son pain de dattes, voulait être un modèle de modestie et de tempérance pour ses coreligionnaires. On était encore loin des temps somptueux des Khalifes de Bagdad... Les premiers fondateurs de l'Islam étaient comme les premiers chrétiens, comme les premiers... républicains aussi, ils croyaient. Ils n'étaient pas de présomptueux conquérants ; une fois une terre conquise par le glaive, ils le mettaient dans son fourreau pour commencer les conversions. A l'exemple de son homonyme, Omar II, auprès duquel ses administrateurs des finances se plaignaient un jour que par l'affluence des convertis les caisses du Trésor ne se remplissaient pas (9), leur répondit rondement : "Allah m'a chargé de convertir les infidèles, pas de me transformer en collecteur d'impôts". Tels étaient les premiers Khalifes.
BASILE Y.
1/. Milieu du IIIe siècle avant Jésus Christ.
Retour ^
2/. Ancêtre des Hachémites.
Retour ^
3/. Ancêtre de la célèbre Dynastie des Umayyades, dont la branche installée en Espagne par Abd al-Rahman I, a éclairé l'Europe durant la nuit du Moyen Âge.
Retour ^
4/. Pour Muhammad, le Christ était un Prophète et pas Dieu Incarné : il refusait le principe de la Trinité, contraire selon lui au Monothéisme.
Retour ^
5/. La Renaissance fit sauter l'Europe d'un extrême à l'autre. Des exorcismes et sorcelleries à la négation de tout ce qu'on ne peut voir ou toucher, même si l'invisible crève les yeux.
Retour ^
6/. Maxime Rodinson, MAHOMET, Le Seuil, 1961, page 296.
Retour ^
7/. Reproduit par Modesto Lafuente dans HISTORIA GENERAL DE ESPAÑA, Barcelone 1887, tome II, page 125.
Retour ^
8/. Khalife signifie quelque chose comme représentant, sous-entendu "représentant du Prophète".
Retour ^
9/. La conversion exemptait les "Mawali" (non-arabes convertis à l'Islam) de l'impôt de capitation (l'impôt de capitation a existé aussi en France et fut aboli à la Révolution de 1789).
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
1/. NAISSANCE DE L'ISLAM :
b) Et l'Islam devint pluri-culturel.
Il n'y eut pas qu'Abou Bakr et Omar I parmi la tribu de Mahomet à se rallier à sa bannière. Il y eut tous ceux qui l'ont d'abord combattu, avec toute la violence de leurs coutumes, comme un trouble-fête, un suppôt de mauvais génies. Un de ces Quraychites qu'il faut particulièrement citer est celui qu'on appela plus tard "le Glaive de l'Islam", Khalid Ibn al-Walhid. Ce fut le "général Bonaparte" de la "révolution" de Muhammad. - car ce fut une vraie révolution - avec la différence qu'il ne trahit pas cette révolution pour devenir un Napoléon. Au contraire, après avoir conquis des royaumes entiers pour l'Islam, il a fini ses jours dans la plus grande modestie, fidèle à sa religion. Il avait pourtant initialement combattu Mahomet à la tête de la cavalerie Quraychite pendant la bataille d'Ohod (où la femme d'Abou Sofyan arracha le foie de l'oncle du Prophète).
Ce qui contribua pour une large part aux premières victoires éclair de l'Islam fut, la Foi bien sûr, mais aussi d'un autre côté le mécontentement des combattants chrétiens envers leur Église, complice des oppresseurs byzantins. En ajoutant à cela l'épuisement des deux Supergrands d'alors, Byzance et la Perse, par leurs guerres sans fin, on comprend mieux pourquoi l'Islam en quelques années, parti du Hijaz d'Arabie, aboutit sur les côtes de l'Atlantique à l'ouest, et aux confins de la Chine, à l'est.
En 632 Mahomet mourait. En 635 Khalid Ibn al-Walhid s'empare de la "Reine des Villes", la millénaire Damas, orgueil de l'Empire byzantin. En 636 les Byzantins perdent toute la Syrie à la bataille de Yarmouk où Théodoros, frère de l'Empereur Héraclius, est tué sur le champ de bataille. Ce fut là un grand tournant dans l'histoire militaire de l'Islam, dont les groupes de Nomades mal armés infligèrent une écrasante défaite à la plus grande puissance militaire d'alors, défaite de laquelle elle ne se relèvera plus. En 637, le dernier roi d'un autre grand Empire, Yesdedjird III de Perse, est mis en fuite et erre dans les montagnes pleurant son royaume dont il ne reste même plus un quart. En 641, Amr Ibn al-As, homme de confiance du Khalife Omar I, à la tête de 10.000 hommes, chasse définitivement les Byzantins d'Égypte. Il y est aidé par les habitants chrétiens qui y voient une belle occasion pour se libérer du joug de l'arrogant orthodoxe Cyrus (celui-ci les persécutait jusqu'à fouetter leurs prêtres parce qu'ils étaient chrétiens coptes et pas orthodoxes comme l'Empereur de Byzance). En 674 ils s'attaquent même à Constantinople qui les repousse grâce à une nouvelle invention byzantine à base de phosphore devenue alors célèbre sous le nom de "Feu grec". En 683, Okbah Ibn Nafi, neveu du conquérant de l'Égypte Amr Ibn al-As, occupe au Maroc les rives de l'Atlantique jusqu'à Agadir. En 705, Qutaybah Ibn Muslim, gouverneur de Khorasan en Perse franchit l'Oxus (Amou Daria aujourd'hui) et occupe la fameuse Boukhara. En 712 enfin, 80 ans seulement après la mort de Mahomet, Muhammad Ibn al-Qasim se rendait maître du Sind (Indus) avec ce qui est aujourd'hui Karachi, et l'année suivante il occupe au Nord le Nirun, la Haidarabad d'aujourd'hui. Ce fut ainsi l'implantation définitive de l'Islam en Asie, qui s'étendit plus tard jusqu'aux Philippines, mais dorénavant, à partir des Indes les conquêtes se firent sans armes. Sur les côtes de l'Atlantique un autre évènement historique eut lieu avec pour héros un Berbère devenu arabe par sa conversion à l'Islam, Tarik Ibn Ziyad. Il traversa le premier, en 711, le détroit de Gibraltar et mit pied en Espagne où les rois wisigoths se succédaient en tuant ou empoisonnant leurs prédécesseurs (il n'y avait pas de monarchie héréditaire). En 713, à l'exception des Asturies et de Navarre, toute l'Espagne gisait aux pieds des musulmans, ses futurs civilisateurs.
Pour voir toutes ces conquêtes en rose, il faudrait naturellement chausser des lunettes de cette couleur. Mais en comparaison de celles de la "Mission Civilisatrice" des Européens, c'était là des roses dont les épines disparurent très vite.
Ainsi, 90 ans après la victoire de Muhammad sur les Caïds de sa Tribu, les vaincus et leurs descendants venaient de bâtir un Empire grand comme il n'y en avait jamais existé en ce monde. Ils le firent en commençant en bandes armées, armées n'importe comment, et de n'importe quoi, chacun devant se procurer un cheval et un yatagan, quelques fois même un semblant de yatagan. Il leur fallut vraiment la foi pour partir en guerre contre les deux Supergrands d'alors, la Perse et Byzance.
Exception faite de son ami de toujours Abou Bakr, tous les bâtisseurs de l'Islam furent des hommes qui avaient haï Mahomet à mort avant leur conversion. En considérant les moeurs de vengeance et de violence qui régnaient alors chez les Quraychites, on peut penser que le pieux moine chrétien Bahira ne perdit pas son temps en enseignant les principes de miséricorde à Muhammad. Les hommes de sa Tribu, à peine convertis, quand il rentra Victorieux à La Mecque, leur naturel revenant, criaient leur soif de vengeance. Ils réclamaient de leur Prophète les têtes de tels ou telles de leur Tribu qui l'avaient humilié, persécuté et combattu les armes à la main et n'étaient pas encore convertis. Même le bon, le généreux Omar, son "bras droit", avait voulu à tout prix la tête d'Abou Sofyan qui s'avéra par la suite un des meilleurs généraux d'Omar lui-même.
Muhammad ne voulait jamais de vengeance. Il voulait "CONVERTIR" ses ennemis, et pas les "détruire". C'est ainsi que de ses ennemis il fit les plus farouches de ses disciples. Qui oserait prétendre que l'oeuvre de ses successeurs se fit sans injustices, sans trahisons, sans meurtres fratricides, malgré l'esprit de Justice et de probité que les Abou Bakr et Omar avaient insufflés à l'Islam ? Il y eut même une certaine forme de "racisme". Pas un racisme assassin comme celui qui s'est produit en Occident, mais la notion d'un "peuple supérieur". Cependant, cette notion ne dura que jusqu'aux débuts du IXe siècle, où l'Islam commença à avoir à sa tête des hommes de toutes les nations, nations qu'il avait d'abord subjuguées. Des esclaves, quelles que soient leurs nationalités, parvinrent à des dignités suprêmes tels Khalifes ou Sultans. Ce ne fut donc pas le genre de racisme qu'il y eut en Europe et en Amérique du Nord. Ce "racisme" des débuts classait les sujets de l'Empire en trois catégories, et prit fin pendant la Dynastie des Abbassides (IXe siècle). Il plaçait tout au-dessus de la Pyramide les Arabes ; au milieu les "Mawali", c'est à dire les Musulmans non-arabes, et au bas de l'échelle les Chrétiens et les Juifs. Mais cette ségrégation n'a jamais été un racisme du "sang". L'origine en était l'idée fausse que seuls les Arabes pouvaient garantir la pérennité de l'Islam. La suite prouva le contraire et cette ségrégation ne fit donc pas long feu. Même pendant cette courte période d'inégalité, des Juifs, des Grecs, des Perses, remplirent de hautes fonctions administratives sous les Arabes, tout en conservant leur religion chrétienne, juive ou zoroastrienne. Déjà la Dynastie des Abbassides qui succéda en 750 aux Omeyyades fondateurs du Khalifat n'était plus purement arabe. Des 37 Khalifes qui assurèrent le règne de cette Dynastie, il n'y en eut que trois dont les mères étaient arabes. Trois eurent des mères persanes, comme Haroun Al-Rachid et son fils Al-Mamoun, et déjà à partir d'Al-Moutassim, successeur d'Al-Mamoun, les mères des Khalifes abbassides furent des turques, dont la plupart esclaves du harem, conformément au Coran :"Mariez les plus sages de vos serviteurs et de vos esclaves." (Sourate XXIV, verset 32)C'était à cela que le "racisme" et "esclavagisme" des Arabes se limitait, quoi qu'en dirent des plumitifs d'Occident en voulant excuser par-là les négriers et les tueurs d'Indiens. Même chez les Omeyyades qui survirent en Espagne, l'exemple des Abbassides fut suivi. La mère du grand Khalife de Cordoba Abd al-Rahman III fut une esclave chrétienne d'Europe. Et son Grand Vizir, l'homme le plus puissant de son Empire, fut le célèbre Juif Aben Hasdaï.
C'est à l'esprit pluri-culturel que Mahomet avait acquis au contact de la Bible du "père d'une multitude de nations" (Genèse XVII, 5) que l'Islam dut sa politique de métissage. L'appel de Muhammad à mélanger leur corps à celui de leurs esclaves fut entendu par les Musulmans : le père de Haroun Al-Rachid mélangea le sien à celui d'une Persane. La conséquence de ce mélange fut que son fils commença alors à mélanger systématiquement les ESPRITS d'une "multitude de Nations", pour initier à Bagdad l'ère d'un syncrétisme culturel qui fit de l'Islam un "Kulturträger", un porteur de Culture.
Après ce métissage de l'Islam il n'y eut plus d'Arabes "peuple supérieur", il n'y eut que des "Arabes" d'origine diverses comme le Persan Ibn Sinnah (Avicennes) qui enseigna la médecine à l'Europe, le Scythe blond aux yeux bleus Abou Bekr Mohammad. Ibn Zakhariya al-Rahzi, devenu l'Arabe al-Rhasès (1), ainsi que l'Arabe arabe de Cordoba Ibn Rush (Averroès) grands Maîtres du mauvais élève Diafoirus (2). Il leur restait un lien, instrument d'une parole porteuse de civilisation, l'arabe, dont ni le grec ni le latin avaient jamais atteint l'étendue de son universalité. A propos de cette "internationalisation" de l'Islam et dans un autre ordre d'idées - celui du domaine des conquêtes militaires - se profile la grande figure de Saladin. Salah al-Din Youssouf Ibn Ayyoub, le grand Sultan Saladin, était aussi un "arabe", mais dont les père et mère étaient kurdes. Il était né kurde, c'est à dire, "anthropologiquement" - comme diraient certains racistes - il appartenait à la même "race" que les Croisés qu'il avait chassés des terres de l'Islam. Un autre Grand de l'Islam, "arabe" comme Saladin, fut le Turkmène aux yeux bleus, originaire des bords de la Volga, al-Zahir Baybars Ruknuddin. Ancien esclave acheté sur un marché persan pour servir de garde du corps au Sultan Al-Salih, il fut ensuite proclamé Sultan en 1259, pour continuer l'oeuvre de Saladin (3). En septembre de l'année suivante il anéantit les hordes du petit-fils de Gengis Khan Hulagu à Ain Djalout, et débarrassa ainsi la Syrie et l'Irak du fléau des Mongols, alliés de facto des Croisés (4) contre lesquels il s'est par la suite tourné. Baybars a bien marché sur les pas de Saladin comme libérateur des terres de l'Islam de leurs envahisseurs, mais n'a pas suivi son exemple en matière de chevaleresque envers les vaincus. Il a ainsi violé les principes de Mahomet mis en pratique par le manifeste d'Abou Bakr. Il est certain que tous les héros de l'Islam n'ont pas été des Saladins, mais les Baybars luttaient après tout contre des agresseurs, et des agresseurs pas très humains, comme le furent les Mongols et les Croisés.
Un autre "Arabe" célèbre fut l'esclave berbère affranchi qui devint le gouverneur de Tanger, Tarik Ibn Ziyad. Encore un témoin de la forme d'esclavage tel que l'a enseigné Mahomet à l'Islam. Le nom de Tarik reste à jamais gravé sur les roches européennes du Détroit de Gibraltar auquel on donna son nom : de l'arabe Djebel = Mont, et Tarik devenu Djebeltarik, Gibraltar, le Gibraltar que les enfants d'Européens, Britanniques et Espagnols se disputent encore aujourd'hui (5). Tarik fut le premier chef "arabe" qui, en 711, fit prendre pieds à l'Islam sur le sol européen.
Disons pour finir que, même si l'Oeuvre de l'Arabe Muhammad n'avait pas donné naissance à cette civilisation d'"une multitude de nation", même si elle s'était limitée simplement à une religion prêchant pour son peuple la propreté comme un rite, l'abstinence de boissons alcoolisées, la tolérance religieuse, la condamnation des jeux de hasard, l'abolition de la loi du Talion, enfin la libération des esclaves par le simple fait de leur conversion à cette religion, Mahomet aurait déjà été une des plus grandes figures de l'Histoire.
Mais l'Oeuvre de Muhammad ne fut pas qu'une religion. Elle fut une grande "révolution" en même temps, à laquelle l'Europe répondit violemment avec les Croisades. C'est avec les Croisades que commencèrent les hécatombes qu'infligea l'Europe au genre humain à l'échelle planétaire. Des hécatombes qui rendent en comparaison "faibles" les massacres des Genghis Khan, Hulagu et Tamerlan. C'est à la suite des Croisades que les négriers d'Europe découvrirent, que les Noirs d'Afrique étaient des "cannibales" qu'il fallait "civiliser" avec la Traite génocide des Noirs. C'est en 1492, à la Chute de Grenade, lorsque "La Croix fut définitivement vainqueur du Croissant" que l'Europe commença à retrousser les manches de ses Tueurs d'Indiens, qui rapportèrent les richesses pour la développer. C'est pour cela qu'on peut dire que notre société riche et développée s'est construite avec du sang d'Arabes, de Noirs, d'Indiens, d'Asiatiques et d'autres Canaques. L'Europe est souvent perçue comme insolente à cause de l'inconscience de sa responsabilité passée, inconscience aussi bien parmi les plus grands que parmi les plus modestes !
Et tout cela commença avec les Croisades, parce que c'est alors que commença à voir le jour un Enfant qui n'avait rien de divin, LE COMMERCE OCCIDENTAL, un commerce pas comme les autres, parce qu'il ne s'embarrassa pas d'éthique…
BASILE Y.
1/. Autre Maître en Médecine du présomptueux Paracelse.
Retour ^
2/. C'était des médecins qui combinaient leur Art avec la philosophie pour le mettre au service des malades. Diafoirus est le médecin incompétent dans "Le Malade imaginaire" de Molière, représentatif des médecins français d'alors.
Retour ^
3/. Encore une manifestation de l'esclavagisme arabe, à comparer avec la Traite de nos pieux (!) négriers.
Retour ^
4/. De facto, parce qu'ils avaient repoussé leurs multiples offres d'alliance. Même les Mongols ne voulaient pas s'allier aux Croisés !
Retour ^
5/. Avant le Berbère Tarik Ibn Ziyad le Détroit de Gibraltar était appelé CALPE, du nom que lui avaient donné d'autres conquérants, les Romains. Avant les Romains on l'appelait chez les Hellènes, "Les Colonnes d'Hercule".
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
a) Sauvagerie et hypocrisie.
"Massacrèrent partout les Juifs sur leur passage, sous prétexte que leurs ancêtres avaient mis à mort Jésus Christ."(1)
"Le Conseil des chefs Croisés décida que,... on mettrait à mort tous les musulmans échappés au premier massacre."(2)
Les Croisades furent une gigantesque tenaille dans laquelle fut encerclé l'Islam entre les Croisés d'Occident, et cent ans plus tard, les Mongols venant de l'Est, au secours des premiers. Il n'y eut aucun traité conclu entre Urbain II et le grand-père de Genghis Khan, mais de fait les Mongols furent l'incarnation du mythologique "Prestre Jean" attendu en ces temps par la chrétienté pour "abattre le Dragon musulman". "Prestre Jean" s'incarna en la personne de Hulagu, le petit-fils de Genghis Khan, qui vint au secours des Croisés car il fut jaloux de leurs lauriers lorsqu'il les vit à l'oeuvre. Ces lauriers n'étaient pas très catholiques, ils se voulaient "chrétiens", mais c'était en fait le "christianisme" à la Godefroy de Bouillon et autres Richard Coeur de Lion. Après les massacres commis chemin faisant pour Jérusalem, dont 30.000 Juifs en Rhénanie, ils tuèrent lors de la prise de la Ville Sainte 70.000 Musulmans et Juifs - hommes, femmes, enfants, vieillards - pour ensuite les piller. Comme écrit le chroniqueur Franc de Gesta Francorum qui prit part à la curée, après ce massacre, les Croisés, tout dégoulinants de sang, "allèrent, pleurant de joie, honorer le Tombeau du Seigneur",
"Les défenseurs s'enfuirent à travers la ville (de Jérusalem). Les nôtres les poursuivirent jusqu'au Temple de Salomon où il y a eu un tel bain de sang qu'on y pataugeait jusqu'aux chevilles. Les Croisés traversèrent la ville en raflant or, argent, chevaux et mulets. Ils pillaient les maisons pleines de richesses. Après cela, heureux et pleurant de joie, allèrent, les nôtres, honorer le Tombeau du Seigneur."(3)C'est la description de la façon d'"honorer" le Tombeau du Seigneur, faite par un Croisé lui-même. Un historien allemand du XXe siècle écrit :
"L'assaut fut donné le 14 juillet 1099. Le jour suivant Jérusalem tombait aux mains des Chrétiens. La ville fut totalement pillée, et ce qui s'en suivit fut une vraie boucherie. Tous les infidèles furent tués. Des monceaux de cadavres entouraient la ville et empestaient encore longtemps l'atmosphère. Pas même le Trésor de l'Église du Saint Sépulcre fut épargné."(4)Il est des historiens qui disent, très graves : "Ne tombons pas dans l'anachronisme en jugeant les moeurs du XIe siècle avec ceux du XXe". Cela est vrai. Jugeons les moeurs des Croisés avec ceux de leur époque mais d'une autre civilisation. Quatre vingt huit ans après la prise de Jérusalem par les Croisés, consacrée par un carnage, l'Islam reprend sa ville. Et voilà comment l'historien anglais - plus sérieux - Steven Runciman fait la comparaison entre les deux civilisations :
"Les vainqueurs (musulmans) étaient corrects et humains. Là où les Francs 88 ans auparavant avaient pataugé dans le sang de leurs victimes, pas un seul bâtiment n'était maintenant pillé, pas une personne molestée. Sur ordre de Saladin des gardes patrouillaient dans les rues et les portes de la ville pour prévenir tout outrage contre les chrétiens. Pendant ce temps chaque chrétien s'efforçait de trouver l'argent nécessaire pour sa rançon, et Balian (5) vidait la trésorerie pour rassembler les trente mille dinars promis. C'était avec difficulté qu'on pouvait faire rendre gorge de leurs richesses aux Templiers et aux Hospitaliers (6). Et le Patriarche romain et son Chapitre ne s'occupaient que d'eux-mêmes. Les musulmans étaient choqués de voir le Patriarche Héraclius payer les dix dinars de sa rançon et quitter la ville courbé sous le poids de l'or qu'il transportait, suivi de charrettes chargées de tapis et de vaisselles. Grâce au reste de la donation de Henri II, sept mille pauvres furent libérés, mais on aurait pu épargner l'esclavage à plusieurs milliers d'autres si les Ordres et l'Église avaient été plus généreux. Bientôt deux courants de chrétiens s'écoulèrent à travers les portes de la ville. L'un, de ceux dont les rançons avaient été payées par eux-mêmes ou par les efforts de Balian (5). L'autre courant, celui de ceux qui n'avaient pas pu payer leur rançon et partaient en captivité. Ce spectacle était si pathétique, qu'Al-Adil (7) se tournant vers son frère, lui demanda mille captifs en récompense de ses services. Ils lui furent accordés et il les mit aussitôt en liberté. Le Patriarche Héraclius, enchanté de trouver un moyen si bon marché pour faire le bien, demanda aussi la faveur de pouvoir libérer quelques captifs. On lui en accorda sept cents (8), et cinq cents furent accordés à Balian. Alors Saladin annonça qu'il libèrerait lui-même tout homme âgé et toute femme. Les dames franques qui avaient payé leur rançon vinrent lui demander où elles devaient aller maintenant que leurs pères et maris étaient morts ou captifs. Il répondit en promettant qu'il libérerait tout mari captif, et donna des cadeaux aux veuves et aux orphelins de sa propre trésorerie, à chacun selon son rang social. Sa miséricorde et sa bienveillance étaient en étrange contraste avec les actes des conquérants chrétiens de la première croisade."(9)C'est après avoir lu cela que l'on devient sceptique concernant ce qui a été écrit sur le "fanatisme des chiens d'Aghar". Ce que Runciman appelle un "contraste" est le fait que les Croisés trahirent l'Enseignement du Christ, tandis que Saladin respecta celui de Mahomet :
"Quoi qu'on en ait dit (de Mahomet), l'homme fut bon et généreux. A la prise de La Mecque sa clémence fut plus qu'un acte politique."(10)Les principes enseignés dans les Évangiles sont aussi des appels à la bonté, à la générosité et à la clémence, mais les Croisés ne firent pas des Évangiles ce que Saladin fit du Coran...
L'initiative de la Première Croisade revient au Pape Urbain II, Saint Père de l'Église Catholique Apostolique et Romaine. Il eut pour principal associé le grand patron des Patriarches des Églises d'Orient, l'empereur byzantin Alexis Comnenos. Deux grands politiques, dont la "Raison d'État" en cette circonstance n'eut rien à voir avec le Tombeau du Christ.
Comnenos, aux abois pour son empire en plein effondrement (11), avait besoin des valeureux guerriers Francs pour chasser les Turcs d'Asie Mineure. Les Grecs étaient fatigués de faire la guerre depuis deux mille ans. C'est pour cela qu'ils ne la faisaient plus que par le truchement de mercenaires. Jérusalem était pour Comnenos le moindre de ses soucis. Il était au mieux avec le Khalife du Caire, seigneur de la ville au Tombeau du Seigneur. Il avait envoyé une ambassade à Urbain II pour lui faire miroiter une réunification des Églises "schismatisées" par le "Filioque" (12) si les Occidentaux, en route vers le Tombeau du Seigneur, chassaient les Turcs lors de leur passage à Byzance. La promesse de réunification des deux Églises séparées en 1054 ne pouvait laisser indifférent un Pape de la taille d'Urbain II. Quoiqu'il ne se fiât pas trop aux "levantinades" des Byzantins, il faisait semblant d'y croire, ayant lui-même sa propre Raison d'État qui faisait de la Croisade la solution d'un problème bien terrestre, et fit donc de Comnenos son allié. On a souvent écrit au sujet des Croisés :"Des hommes aux grands élans idéalistes qui voulaient organiser un "pèlerinage grandiose du peuple chrétien… une offensive des forces de toute la chrétienté contre l'Islam", pour "délivrer les Églises d'Orient du joug des Turcs"... "une guerre sainte", etc., etc."(13)C'est un historien français très sérieux qui a écrit cela, mais dans un passage de son oeuvre où, pour faire les beaux yeux à Polymnie (14) il a fait des infidélités à Clio (15). La réalité est tout autre.
Concernant les mobiles de l'Occident pour la Croisade, la vérité est sortie de la bouche même du Saint Père lors de son Sermon du 28 Novembre 1093 au Concile de Clermont. Le Souverain Pontife, Urbain II, appela ses guerriers et compatriotes Francs à aller "libérer le Tombeau du Seigneur" des mains de l'"Infidèle". Mais il ne cacha pas en cette circonstance le fond de sa pensée et leur demanda de cesser de s'entrégorger pour s'emparer du Fief du voisin "frère en Jésus Christ", rendant la "Trêve de Dieu" inopérante. Urbain II leur dit :"Vous pouvez dans ce pays (en France) à peine nourrir ses habitants. C'est pour cela que vous épuisez ses biens et provoquez des guerres sans fin entre vous."Cela voulait dire : "allez, avec ma bénédiction, Jean-Sans-Terre, vous emparer, épée en main naturellement, des terres d'autrui au lieu de vous battre entre vous."
Comme écrit un historien allemand de la Papauté :"Espoir en victoire et butin, et confiance en la félicité éternelle que le représentant de Saint Pierre leur avait promis."(16)Aussi, Sir Steven Runciman, un des plus sérieux historiens des Croisades, écrit justement :
"Quelles qu'aient pu être les raisons officielles de la Croisade, le véritable objectif des Francs était celui de se procurer pour eux-mêmes des Principautés en Orient."
BASILE Y.
1/. Henri Martin, HISTOIRE DE FRANCE, tome I, page 166.
Retour ^
2/. Henri Martin, HISTOIRE DE FRANCE, tome I, page 170.
Retour ^
3/. Gesta Francorum, ELEND DES CHRISTENTUMS, J.Kahl, RoRoRo 1968, page 31.
Retour ^
4/. J. Haller, PAPSTUM, IDEE UND WIRCKLICHKEIT, RoRoro 1962, tome II, p. 338.
Retour ^
5/. Commandant en chef de la défense de Jérusalem.
Retour ^
6/. Ordre "religio"-militaire.
Retour ^
7/. Frère de Saladin.
Retour ^
8/. Ainsi, alors qu'il venait de reprendre Jérusalem, le Sultan Saladin laissa s'en aller le chef spirituel de ses envahisseurs, "courbé sous le poids de son or", lui faisant même cadeau de 700 chrétiens destinés à la captivité, sans qu'il ait eu à payer leur rançon, bien que telles aient été les lois de la guerre d'alors.
Retour ^
9/. Steven Runcimen, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, volume II, page 466.
Retour ^
10/. Régis Blachère, LE PROBLEME DE MAHOMET, 1952, page 129.
Retour ^
11/. Les Turcs Seldjouks, 24 ans après le désastre qu'ils infligèrent aux Byzantins à Manzikert, atteignirent les rives du Bosphore.
Retour ^
12/. Les théologiens présentent cette dispute sur le Filioque entre Rome et Byzance comme une divergence "théologique" sur la procession du Saint Esprit. Les uns le voulaient procéder, du Père seulement, les autres du Père et du Fils. En réalité il s'agissait de rivalités entre deux Empires chrétiens. Le jeune et dynamique Occident voulait dévorer le vieux et décadent Orient au nom de la "théologie".
Retour ^
13/. L. Bréhier, VIE ET MORT DE BYZANCE, Albin Michel 1969, pages 253 à 255.
Retour ^
14/. Muse de la poésie lyrique.
Retour ^
15/. Muse de l'Histoire.
Retour ^
16/. Johannes Haller, PAPSTUM, IDEE UND WIRKLICHKEIT, 1962, tome II, page 327.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
b) Pierre L'Hermite.
Les grands prétendaient avoir des mobiles sacro-saints, des "élans idéalistes", comme rapporte l'historien Louis Bréhier. A côté de ces sentiments élevés des nobles Sirs il y avait ceux de la "canaille" : les pauvres hères que le Propagandiste des Croisades Pierre L'Hermite, dit Chtio Pietre, avait débauchés pour finalement ne les mener qu'à l'abattoir ou à la conversion forcée à l'Islam ! Pierre L'Hermite, qui se prenait pour le Christ parce qu'il voyageait sur un âne, ne méritait pas le nom qu'il s'était donné à cause du manteau d'ermite qu'il portait. L'habit n'a jamais fait le moine, et Pierre L'Hermite n'avait rien d'un ermite : il déserta ses compagnons - ses victimes plutôt - quand la faim régna sur les Croisés à Antioche. 30.000 malheureux qu'il avait débauchés à l'aide de ses complices, les nobles allemands Walter Habenichtse (Gautier-Sans-Avoir), Emich von Leisingen, Gottschalk, Volkmar, etc.
Ce sont ces chevaliers allemands qui déclenchèrent les massacres de Juifs en Rhénanie dans le but de les piller. Pierre l'Hermite et Gautier-Sans-Avoir ne participèrent pas à cette curée, ils étaient partis avec le premier contingent. Tous assurèrent leur subsistance tout au long de leur voyage en pillant. D'abord les chrétiens de Hongrie, pour les remercier de les avoir nourris pendant le temps qu'ils traversaient leur territoire, territoire qu'ils quittèrent en mettant à sac la dernière ville hongroise : SEMLIN. Ce fut ensuite au tour des chrétiens de Serbie, à Belgrade, de faire connaissance avec les "guerriers" de Pierre L'Hermite. Il n'y eut que ceux de Nish qui furent épargnés parce qu'ils réussirent à les repousser en guise "d'hospitalité", informés par la rumeur sur leur qualité de "pèlerins".
Arrivée à Constantinople, la malheureuse cohorte effraya l'Empereur par la qualité de ses "combattants" et leur penchant pour la maraude. Lui qui s'attendait à voir les fameux guerriers Francs, fut bien déçu. Alexis Comnenos s'empressa de leur faire traverser l'eau pour les installer à la forteresse de Civetot en attendant les vrais guerriers, les chefs qui devaient prendre la tête de l'Expédition. Il leur recommanda de s'abstenir de tout pillage ou agression contre les Turcs avant l'arrivée de leurs chefs, et leur fournit des vivres en abondance.
L'"Armée" de Pierre L'Hermite était composée de peu de Francs et de beaucoup de Allemands. Malgré la mise en garde des hommes de l'Empereur, les Francs partirent faire une razzia en territoire seldjouk, aux environ de Nicée, et rentrèrent avec un grand troupeau de bétail pris aux Turcs. Par émulation, les Allemands voulurent faire mieux. Ils partirent attaquer un château au-delà de Nicée, le prirent d'assaut et y trouvèrent un butin très riche. Mais les Seldjouks les assiégèrent à leur tour avant qu'ils pussent s'en aller, et après huit jour les Allemands se rendirent à leurs assaillants. Ceux qui voulurent embrasser l'Islam furent épargnés (ils allaient "libérer le Tombeau du Seigneur" et finissaient par se faire circoncire musulmans...) et le peu qui voulut rester fidèle à sa Foi passa au fil de l'Épée.
Après ce désastre des Allemands les Français partirent les venger, mais tombèrent dans une embuscade. Ils tentèrent de fuir pour retourner à Civetot, avec les Turcs à leurs talons, qui les rattrapèrent au galop avec leur fameuse cavalerie, et les massacrèrent par milliers. De tout le contingent de l'Armée de Pierre L'Hermite il ne resta, que trois mille éclopés qui furent transportés par la marine byzantine à Constantinople où, pendant tous ces malheurs, Pierre L'Hermite s'était prélassé sur la Corne d'Or.
Deux mots maintenant sur la qualité des Croisés que Pierre L'Hermite avait débauchés pour les mener pour partie à la boucherie, et pour partie à la conversion à l'Islam. Qui étaient ces pauvres hères ? Ces malheureux en guenilles. Ces hommes que les chantres des croisades dépeignent comme de fervents croyants, partis "libérer le Tombeau du Seigneur". C'était des pauvres affamés auxquels on avait prêché Jérusalem, "la Ville où coule le lait et le miel". Qui étaient-ils ? Des pauvres paysans faméliques qui erraient pour la plupart en Europe le ventre creux. Deux ans auparavant, deux ans avant le Sermon d'Urbain II à Clermont pour la "libération du Tombeau du Seigneur" il y avait eu la peste et des inondations. L'année suivante, c'est à dire un an avant l'appel du Souverain Pontife aux chrétiens pour partir en guerre contre l'Islam, il y eut la sécheresse et une grande famine. Ce fut le Général "Famine" qui remplit les fonctions de Chef d'État Major de l' "Armée" de Pierre L'Hermite. Dans cette atmosphère de famine, Urbain II éloignait avec son initiative les méfaits de ces calamités non en éliminant les causes, mais en en déplaçant les effets sous d'autres cieux.
BASILE Y.
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
c) La Croisade des Enfants.
Le christianisme germanisé (les Germains ne furent pas simplement christianisés, ils germanisèrent à cette occasion le christianisme)(1) prit souvent à la lettre les passages de l'Ancien Testament (écrits pour d'autres temps) pour justifier des massacres et des conquêtes d' "espace vital" - Hitler est l'inventeur du mot mais pas du fait. Urbain II "donna" aux Croisés les terres arabes en se référant à l'Ancien Testament :"Lorsque vous serez entrés dans le pays de Canaan, vous chasserez devant vous tous ses habitants… et vous vous y établirez ; car je vous ai donné le pays, pour qu'il soit votre propriété."(Nombres 33, 52-53)Un autre Pape, père de César Borgia, son complice dans tous ses crimes et Saint Père de l'Église Catholique Apostolique et Romaine, Alexandre VI, a aussi "donné" quatre siècles après Urbain II, les Continents africain et américain, en les partageant entre Espagnols et Portugais. Fort de ces précédents, un autre "Pape", Lord Balfour "donna" lui, le 2 novembre 1917, de nouveau la Palestine exclusivement aux Juifs, sans se préoccuper des autres Palestiniens.
C'est cette interprétation à la lettre de la Bible Hébraïque (que nous appelons Ancien Testament) qui fut aussi à l'origine de ce qu'on appela en 1212 "La Croisade des Enfants". C'est la traversée de la Mer Rouge par Moïse qu'on voulut faire répéter à des enfants au prix de grands malheurs. Cette malheureuse "croisade des enfants" frisa l'hystérie."En France et en Rhénanie de grandes quantités d'enfants s'assemblèrent autour d'enfants prédicateurs, qui déclaraient que de tels innocents devraient libérer Jérusalem par miracle. Arrivés à la côte, ils s'attendirent à ce que la mer s'ouvre devant eux, afin qu'ils puissent la traverser à sec comme firent jadis les Israélites. Quand ils virent que la mer ne s'ouvrait pas, la plupart d'entre eux retournèrent chez eux. Mais nombre d'entre eux étaient morts de ce qu'ils avaient enduré au cours du voyage. Et il y avait des rumeurs persistantes que d'autres s'étaient vus offrir des passages gratuits par des marchands criminels qui les vendirent par cargaison à des esclavagistes infidèles. Cette hystérie juvénile n'affecta pas la situation militaire outremer, mais elle continua à donner une mauvaise réputation à la Guerre Sainte parmi les indifférents !"(2)Sir Runciman consacre de son côté, dans le troisième volume de son Histoire des Croisades (3), cinq pages entières à cette lamentables histoire de dizaines de mille de pauvres enfants que l'on envoya à la mort, ou à l'esclavage chez l'Infidèle. Il y en eut en France qui étaient arrivés à Marseille sous la conduite d'un enfant ("hysterical boy") nommé Etienne, et deux cohues différentes attirés d'Allemagne par un enfant nommé Nicholas, qui s'étaient dirigées respectivement à Pise et à Gènes, pour subir le même sort que ceux de Marseille. Toutefois, l'Histoire ne dit pas qui avait soufflé aux "enfants prédicateurs" la légende de la traversée de la Mer Rouge et la manière de s'en servir, à une époque d'analphabétisme.
BASILE Y.
1/. J. Haller, PAPSTUM, IDEE UND WIRCKLICHKEIT, RoRoro 1962, tome II, pages 326 et suivantes.
Retour ^
2/. Alfred Dugan, THE STORY OF THE CRUSADE, London 1963, page 212.
Retour ^
3/. Steven Runcimen, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, volume III, pages 140 à 144.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
d) Les grands chefs de la première croisade.
Raymond de Toulouse et l'évêque du Puy Adhémar de Monteil ne personnifiaient que l'Esprit d'une infime minorité des Croisés, sincères dans leur Foi parmi la masse des nobles chevaliers de la Première Croisade. Adhémar était guidé par la doctrine augustinienne, Raymond se considérait le bras séculier de cette doctrine. Les autres, Geoffroy de Bouillon et son frère Baudouin-Sans-Terres, le Normand de Sicile Bohémond et son neveu Tancred, avaient tous fait le voeu d'aller jusqu'à Jérusalem "libérer le Tombeau du Seigneur", mais le Tombeau du Seigneur ne représentait pas plus d'intérêt pour eux que pour l'empereur de Byzance. C'est pour cela que pour Bohémond son "voeu" se détourna en cours de route sur Antioche(1), qu'il conquit chemin faisant vers les lieux Saints, se proclamant "Prince d'Antioche" et s'y installant définitivement.
Son neveu Tancred continua la Croisade et devint "Prince de Galilée", en attendant de se charger plus tard de la Régence d'Antioche, en l'absence de son oncle Bohémond prisonnier des "Infidèles". De même Baudouin, frère de Godfroy de Bouillon, son "voeu" le sema aussi en cours de route, en Mésopotamie où il devint "Comte d'Edesse", en attendant de prendre en 1100 la place de son défunt frère Godfroy. Il le fit sous le titre de "Baudouin 1er, Roi de Jérusalem". "Merci mon Dieu" avait-il dû se dire, "Merci d'avoir permis à un Truand-Sans-Terres de devenir roi d'une ville si fameuse" !
Baudouin et Tancred étaient deux jeunes loups qui n'avaient absolument pas froid aux yeux, ni les moindres scrupules en quoi que ce soit. Leur voracité pour des Fiefs les amena même à faire se battre leurs armées, c'est à dire "Soldats du Christ" contre "Soldats du Christ", pour la possession de la riche ville de Tarse(2). Le plus "beau" fut lorsque trois cents Normands sont venus à cette occasion en renfort pour Tancred contre Baudouin. Ce dernier s'acoquina alors avec les "ennemis de Dieu" Turcs, pour leur faire massacrer ses ennemis personnels pendant leur sommeil, le plus "chrétiennement" du monde. Le résultat fut qu'ils durent s'en aller tous les deux bredouille de Cilicie.
Godfroy de Bouillon alla, lui, jusqu'au bout de son "voeu", parce qu'il fallait la part du lion au descendant de Charlemagne, il lui fallait Jérusalem même. Il en fut le premier roi croisé sous le titre d' "Avocat du Saint Sépulcre". Pour un Monsieur qui tenait son Duché de Loraine par la grâce de l'Empereur Romain Germanique Henri IV - qui pouvait le lui enlever à tout instant - cela avait valu la peine de "prendre la Croix", il n'avait pas perdu au change, les "élans idéalistes" étaient bien payants.
Raymond, comte de Toulouse et Saint-Gilles, marquis de Provence, dut se contenter du Comté de Tripoli après avoir été chassé de Latakia par l'insatiable Bohémond. Ce qui distinguait Raymond de Toulouse des autres Croisés était surtout sa culture provençale qui montrait un fort contraste avec celle des nobles venus du Nord. Ses qualités d'homme loyal et sincère faisaient l'admiration des potentats byzantins. La fille de l'Empereur de Byzance, Anna Comnena, qui le connut personnellement ne tarit pas d'éloges sur lui dans son Alexiade :"Alexis (l'empereur) avait une profonde affection pour lui, pour différentes raisons : l'intelligence supérieure du Comte, sa réputation sans tache, la pureté de sa vie. Il savait quel grand prix Raymond attachait à la vérité. En somme, de Saint-Gilles éclipsait tous les Latins, comme le Soleil est plus brillent que les étoiles."(3)De son côté l'évêque du Puy Adhémar de Monteil, Légat du pape pour cette première Croisade, était aussi un honnête homme, fervent chrétien. C'est grâce à sa sincère piété et sagesse que furent souvent évitées des confrontations sanglantes entre chrétiens d'Orient et d'Occident provoquées par l'arrogance des Croisés.
BASILE Y.
1/. C'est à Antioche que le mot "chrétien" fut prononce pour la première fois dans l'Histoire du Christianisme. C'est là que les deux fractions du Judaïsme se séparèrent en ennemis mortels. Celle des Juifs du Sanhédrin garda son nom de JUIVE, l'autre branche des Juifs qu'on appelait jusqu'alors la "Secte des Nazaréens" s'appela, après cette séparation, CHRÉTIENNE, sans abandonner immédiatement la Circoncision ; celle-ci devint d'abord facultative et l'est restée jusqu'à la fin du deuxième siècle.
Retour ^
2/. Patrie de St. Paul, mais ce n'est pas pour cela qu'ils se la disputaient. C'était parce qu'il y avait de grandes richesses à piller.
Retour ^
3/. THE ALEXIAD OF ANNA COMNENA, Penguin Classics, 1969, page 330.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
e) Les "Miracles".
On vivait alors en des temps d'analphabétisme qui rendaient les pseudo "miracles" très aisés. Il est remarquable que depuis la généralisation de notre alphabétisation les faiseurs de "miracles" à la pèle sont en grève... à moins qu'ils ne boudent notre "incroyance" ? Mais en ces temps-là on voyait constamment à la tête de nos armées des Saints montés sur de beaux chevaux blancs (dans le camp adverse c'était Muhammad en personne que l'on voyait également à cheval un peu trop souvent). On voyait également d'autres Saints qui donnaient des conseils lors de ces visions.
Il y eut en particulier un de ces visionnaires, un nommé Pierre Bartholomé qui, comme ça, par hasard "miraculeux", justement au moment où l'on en avait besoin, jouit des faveurs d'une "apparition" céleste. C'était au moment où l'ennemi était menaçant lors du siège d'Antioche et que les Croisés devenus amorphes avaient besoin qu'on leur remonte le moral. Saint André se serait présenté à lui (pourquoi à lui qui était plus truand que les autres), pour lui révéler l'emplacement de la Cathédrale de Saint Pierre où était enterrée la pointe métallique de la lance, avec laquelle un soldat romain, onze siècles auparavant, aurait percé le Corps du Christ crucifié. Ajoutons à cela que la même Lance était gardée au même moment comme Relique à Constantinople. Cela n'a cependant pas empêché nos Croisés de la "trouver" à l'endroit indiqué par "Saint André".
Adhémar, croyant sincère, s'était refusé de faire crédit aux dires de ce "visionnaire". Tout lui paraissait suspect dans cette "apparition" dont l'inspiration terrestre était flagrante de par les buts pratiques du moins qu'elle poursuivait. Tout y était minutieusement inspiré, jusqu'à l'ordre exprès de ne pas s'arrêter à piller le camp ennemi, contrairement aux Us et Coutumes. C'était là une précaution prudente qui avait des raisons stratégiques plutôt que célestes : il fallait pouvoir poursuivre les assiégeants, une fois vaincus ; le pillage aurait été une faute militaire qui aurait gêné les opérations d'anéantissement. Un stratège que ce "Saint André" ! Une autre inspiration télécommandée était l'ordre de faire pénitence pour l'expiation des péchés, avant la sortie contre les assiégeants. C'est qu'on manquait terriblement de vivres ! Kio-Kio Pietre, dit Pierre L'Hermite, avait eu aussi sa petite vision-maison :"Une nuit, il crut entendre en songe Jésus Christ lui dire : 'Debout Pierre, et hâte-toi ! je serai avec toi ; car il est temps de purger les Lieux Saints et de secourir mes serviteurs."(1)Ce ne fut pas un Saint quelconque qui rendit visite à Kio-Kio Pietre, ce fut le Christ en personne. Il faudrait beaucoup de place pour raconter tous ces "miracles". Des "miracles" comme celui où, durant une bataille en Cilicie, nombreux étaient les combattants qui avaient vu une armée de "Chevaliers célestes" conduits par St. André, St. Démètre et St. Georges combattant aux cotés des Croisés, étaient très fréquents. Les Musulmans n'étaient d'ailleurs pas en reste en matière d'aide céleste : ils ont souvent vu Muhammad combattre à la tête de leurs armées. Parmi ces miracles il y en a aussi de véritables : pour les chrétiens, Anatole France a montré par exemple, dans sa "Vie de Jeanne D'Arc", combien était sincère la Pucelle d'Orléans. Quant à accorder un crédit à un Kio-Kio Pietre ou à un Bartholomé...
Le "bon Dieu" n'envoya pas des renforts célestes aux croisés seulement contre les "Infidèles". Il fit des "miracles" pour les aider même contre d'autres chrétiens, les "schismatiques de Byzance". Quarante "témoins oculaires" auraient vu l'Ange qui planta la Bannière de Saint Marc des Vénitiens sur la Tour de Galata à Constantinople durant la quatrième croisade, dirigée cette fois-ci exclusivement contre d'autres chrétiens.
BASILE Y.
1/. Henri Martin, HISTOIRE DE FRANCE, tome I., page 163.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
f) La Croisade contre d'autres Chrétiens.
La Quatrième Croisade fut la Croisade des chrétiens contre d'autres chrétiens. Ce ne fut plus une "guerre sainte" de la Croix contre le Croissant mais d'une Croix contre une autre Croix. C'est le pape Innocent III, inspirateur de la Croisade contre les chrétiens "hérétiques" Albigeois qui prêcha la Quatrième Croisade "contre les Infidèles". En réalité cette croisade fut dirigée par une coalition des Occidentaux avec les Marchands de Venise contre les chrétiens de Byzance, leurs concurrents commerciaux. Elle eut comme prélude le massacre des habitants de la ville hongroise de Zara, dont le pillage eut pour résultat que les coalisés s'entrégorgèrent pour le partage du butin. Il n'y a pas de preuve plus "flagrante" des "grands élans idéalistes" des croisés que cette Quatrième Croisade.
Constantinople fut pour cette Croisade le théâtre de pillages, viols, massacres de chrétiens, incendies volontaires et profanation d'Autels d' Églises chrétiennes, sans précédant dans l'Histoire, comme écrit Sir Runciman. Voici en quels termes cet historien anglais exprime son indignation sur le comportement des croisés à la prise de la chrétienne Constantinople par d'autres chrétiens :"La mise à sac de Constantinople est sans précédant dans l'Histoire. Durant neuf siècles la grande cité avait été la capitale de la Civilisation Chrétienne. Elle était pleine d'oeuvres d'art qui avaient survécu depuis la Grèce Antique et des chefs-d'oeuvre de ses exquis artisans. Les Vénitiens savaient apprécier en effet la valeur de ces choses. N'importe où ils le pouvaient, ils mettaient la main sur les trésors et les amenaient pour orner les squares, Églises et palais de leur Ville. Les Français et les Flamands étaient par contre remplis du désir de destruction. Ils se jetaient dans les rues en foule hurlante. Dans les maisons ils s'emparaient de tout ce qui étincelait, détruisant tout ce qu'ils ne pouvaient pas amener ; ne faisant de pause que pour assassiner, enlever des femmes ou défoncer des portes de caves à vin pour se rafraîchir. Pas plus les Monastères que les Églises ou les bibliothèques ne furent épargnées. Dans Sainte Sophie même (la célèbre Basilique) des soldats ivres arrachaient des livres sacrés, des icônes et des ornements, pour les piétiner. Pendant qu'ils buvaient dans les récipients de l'Autel, une prostituée s'assit sur le trône du Patriarche pour chanter des chansons françaises ribaudes. Des Nones étaient enlevées de leurs couvents. On entrait et détruisait aussi bien les palais que les chaumières. Des femmes et des enfants blessés gisaient mourant dans les rues. Les pillages et les effusions de sang durèrent pendant trois jours, jusqu'à ce que la vaste et jolie ville devint un abattoir. Même les Sarrasins auraient été plus miséricordieux s'était écrié l'historien Niketas, avec raison."(1)Tout cela se passa le lendemain du jour où les croisés s'emparèrent de la ville et en devinrent les maîtres absolus ; Constantinople avait capitulé sans conditions. Malgré cela, le Doge Dandolo et les Francs, après s'être déjà partagé les dépouilles de l'empire byzantin sans se battre entre eux (2), donnèrent à leur soldatesque le feu vert pour la mise à sac. Ils avaient pourtant eu toute la nuit pour méditer sur la façon de se comporter envers leurs frères en Jésus Christ qui gisaient sans défense à leurs pieds :
"Il n'y eut jamais plus grand crime contre l'Humanité que la Quatrième Croisade. Elle détruisit et dispersa tous les trésors du passé que Byzance avait entassé avec dévotion, et blessa mortellement une civilisation qui était encore active et grande."(3)Ce fut cette IVème Croisade des "Chrétiens" qui anéantit l'Empire Byzantin et non Sultan Mehmet Fatih, qui, en 1453, ne donna que le coup de grâce. Jamais n'exista dans l'Histoire de l'Humanité une civilisation qui poussa sa soif de pillage au point de profaner ses propres Temples. L'Homme Blanc n'a-t-il pas mis à feu et à sang ce qui fut sa propre capitale spirituelle ? De même lorsqu'en 1527 la soldatesque du "Bouclier de la Santa Fé Catolica", Charles V, maltraita et mit en prison son Souverain Pontife Clément VII, viola les Nones et pilla les Églises de la Ville Eternelle ? Les hommes chargés par la Couronne d'Espagne de "christianiser" les Indiens n'ont-ils pas attaqué le 4 Mars 1530, à coup de lance, une procession de l'Église de Mexico défilant avec des Croix en Deuil et son évêque Fray D. Juan de Zumárraga à sa tête, pour protester contre les conquistadores de l'Antéchrist qui avaient prostitué en Amérique leur religion ? Et ces Croisés de la "Guerre Sainte" de l'Église-Maison de Sa Gracieuse Majesté Britannique, ces Drake, Hawkins et leurs bandes d'impitoyables pirates qui pillèrent et saccagèrent partout des Églises catholiques assassinant prêtres, femmes, enfants et vieillards pour mériter d'être anoblis par leur "Grande Reine Elizabeth" ?
Non, ils n'étaient ni Arabes, ni Mongols, ni Turcs, ni quelconques Asiates les créatures de l'Homme Blanc qui violèrent les fiancées du Christ dans leurs couvents à Constantinople. Un de ces Vandales, laissant son sabre (pour un instant), prit sa plume pour nous décrire lui-même, de sa main d'assassin, la mentalité et la "morale" de ses compères, ainsi que leur conception du christianisme occidentalisé (4). Geoffroi de Villehardouin, Maréchal de Champagne et Romania réunies, un des acteurs des massacres et mise à sac de Constantinople, à la fin du chapitre XII de sa Chronique (5), et après avoir énuméré les résidences que se choisirent les nobles chefs, écrit :"le reste de l'armée s'éparpilla à travers la ville et gagna beaucoup de butin ; de si grande quantité que personne aurait pu estimer le montant de sa valeur. Il comprenait de l'or, de l'argent, des services de table, des pierres précieuses, du satin, de la soie, des manteaux de fourrures d'écureuil, de petit gris et d'hermine, et tout objet de choix que l'on puisse trouver sur cette terre. Geoffroi de Villehardouin déclare ici que, à sa connaissance, tant de butin n'a jamais été gagné en aucune cité depuis la création du monde.
Chacun prit quartier où il lui avait plu, et il ne manquait pas des fines demeures en cette ville. Aussi les troupes des Croisés et des Vénitiens étaient installées comme il faut. Ils s'en réjouirent tous, et remercièrent Notre Seigneur pour l'honneur et la victoire que leur accorda ; de sorte que ceux qui avaient été pauvres vivaient maintenant dans la richesse et le luxe. Ils célébrèrent ainsi les Rameaux et Pâques suivantes avec des coeurs pleins de joie pour les faveurs dont Notre Seigneur et Sauveur les combla. Et ils peuvent Le louer, puisque toute leur armée, ne s'élevait pas à plus de vingt mille hommes, et avec Son aide ils conquirent quatre cents mille et plus ; et cela à la plus grande, la plus puissante, et la plus solidement fortifiée ville du. monde."(6)Et tout cela "avec l'aide de Notre Seigneur et Sauveur". A quoi bon sans cela devenir chrétien si le Christ ne vous aide pas à tuer pour pouvoir vivre "dans la richesse et le luxe". Des "Grands Élans Idéalistes" comme dirait Louis Bréhier.
Le Conquistador Bernal Diaz del Castillo, qui écrivit la Chronique de la prise de la Gran Tenotchtitlán, le fit avec plus de pudeur alors que les Aztèques n'étaient pas ses "frères en Jésus Christ". C'est pour cela que le chroniqueur byzantin Doucas (à l'occasion du siège de Constantinople en 1453 par le Sultan Mehmet Fatih) écrit :"Si en ce moment un Ange était vraiment descendu du Ciel pour annoncer : 'acceptez le réunification des Églises et je chasserai l'ennemi de la ville', ils n'auraient quand même pas accepté ; ils auraient préféré être livrés aux Turcs plutôt qu'à l'Église de Rome."(7)Ils ne pouvaient pas accepter de se soumettre à l'intolérance de Rome envers les "hérétiques" ou "schismatiques", sachant très bien qu'en Islam on gardait ses traditions et sa liberté de louer Dieu comme on l'entendait. Au sujet de la tolérance religieuse de l'Islam envers tous ses sujets, l'historien espagnol Americo CASTRO rappelle ce que fut l'occupation musulmane de l'Espagne durant huit siècles :
"Coexistence de chrétiens, maures et juifs ; modèle prestigieux de tolérance islamique."(8)Aujourd'hui un théologien anglais confirme le chroniqueur byzantin Doucas, cité ci-haut, en écrivant au sujet de la prise de Constantinople en 1455 par les Turcs :
"Ce n'était pas un changement facile, mais les Turcs le rendirent moins dur eux-mêmes, car ils traitèrent leurs sujets chrétiens avec une remarquable générosité. Les mahométans du 15e siècle étaient de loin plus tolérants envers les chrétiens, que les chrétiens occidentaux l'étaient entre eux."(9)On est en droit de se demander où certains historiens ont été cherché leurs informations sur les Églises chrétiennes persécutées par les Turcs, pour justifier les Croisades dites "libératrices".
En préférant "plutôt le Turc que le pape" (10) les Grecs de Byzance, pour une fois dans leur Histoire, ont su faire l'unanimité dans leurs rangs, et ils la firent avec clairvoyance. Les Turcs se comportèrent toujours sur le terrain religieux comme culturel le plus libéralement du monde envers toute sorte de chrétiens ou Juifs. Ce ne fut jamais le cas des Génois, Catalans, Vénitiens ou Francs. Les Turcs étaient particulièrement admirateurs de la culture hellénistique. Le mot turc effendi (11) est un titre de noblesse que l'on donnait à un lettré seulement, à quelque classe sociale qu'il appartienne. Ce mot est dérivé du grec "Aphthendis", seigneur...
Il n'est donc pas étonnant que les chrétiens d'Orient préférèrent vivre plutôt sous la domination turque que sous celle des "Frangui", comme Alexandre Nevski, le père de la patrie russe, avait préféré se soumettre au tribut des Tatars Mahométans plutôt que de se laisser envahir par les Chevaliers de l'Ordre Teutonique Allemand. Un détail additionnel au sujet de ces chevaliers autant affamés d'ESPACE VITAL (notion qui réapparut sous Hitler) que les croisés : ils y allaient avec la bénédiction d'Innocent IV. Car, quoique depuis Innocent III jusqu'à Innocent IV trois papes avaient occupé le Saint Siège, l'écrasement par les armes du christianisme "schismatique" russe restait le complément de la mise à sac précédée de carnage à Constantinople en 1204.
Mais il n'y a pas eu que les Grecs pour préférer les Turcs aux Occidentaux. Il n'y a pas eu qu'Alexandre Nevski pour préférer devenir tributaire des Tatares musulmans, plutôt que de laisser envahir son pays par les Chevaliers allemands envoyés par Innocent IV. Les Chrétiens coptes d'Ethiopie eurent aussi leur choix à faire entre les missionnaires portugais et leurs bonnes relations avec les Arabes. Ils n'hésitèrent pas, heureusement pour eux, à expulser plutôt cette avant garde catéchiste au service du roi marchand d'épices Manuel 1er du Portugal, appelé Le Fortuné pour avoir fait fortune avec les épices que lui amena la soldatesque de Vasco da Gama. L'idole de ces missionnaires et de TOUT l'Occident, Vasco da Gama, fut ce monstre qui, en 1502, fit un ORADOUR-SUR-GLANE flottant (Hitler n'a rien inventé) des occupants d'un navire plein de pèlerins musulmans de retour de La Mecque pour montrer aux "Infidèles" la miséricorde "chrétienne".(12)
Tant les Chrétiens de Russie que ceux de l'Orient, après l'expérience des Croisades, préférèrent toujours avoir affaire aux Musulmans qu'aux "Chrétiens de l'Occident". Runciman en cite des très nombreux exemples :"Le Patriarche de Jérusalem écrivait à son collègue de Constantinople : 'Ils (les Musulmans) sont justes, n'usent pas d'injustice et ne nous font pas violence.'."(13)
"En Juin 1104 les habitants Arméniens d'Artah livrèrent leur ville aux Musulmans, enchantés d'échapper à la Tyrannie d'Antioche (Principauté franque de Bohémond)."(14)Retombés de nouveau sous la Tyrannie des Occidentaux,
"Ils (les Chrétiens d'Antioche) se remémoraient avec nostalgie des temps où sous le juste gouvernement des Musulmans, ils pouvaient exercer leur Culte comme ils l'entendaient."(15)Et résultat du "christianisme" des Occidentaux, à la cinquième Croisade, deux cents ans après la première,
"Les nouvelles de Palestine n'étaient pas encourageantes. Jacques de Vitry, qui y avait été envoyé comme évêque d'Acre, fit une relation amère de ce qu'il y avait trouvé en arrivant. Les Chrétiens d'Orient haïssaient les Latins et auraient préféré la domination musulmane."(16)
BASILE Y.
1/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 123.
Retour ^
2/. Il était rare qu'ils ne se battent entre eux pour le partage du butin.
Retour ^
3/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 130.
Retour ^
4/. "Je me convertirai au christianisme - avait dit leur ancêtre Clovis - si le Dieu des chrétiens m'aide à vaincre mes ennemis"...
Retour ^
5/. Joinville & Villehardouin, CHRONICLES OF THE CRUSADES, Penguin Classics, London 1970, pages 92-93.
Retour ^
6/. Confirmation par témoin oculaire de la relation que fait Runciman sur la conduite des Croisés à Constantinople.
Retour ^
7/. Cité par R.F.Peters, GESCHICHTE DER TÜRKEN, Kohlhamer 1961, page 33.
Retour ^
8/. Americo Castro, LA REALIDAD HISTORICA DE ESPAÑA, Mexico 1966, page 198.
Retour ^
9/. Timote Ware THE ORTHODOXE CHURCH, Penguin Books 1969, page 96.
Retour ^
10/. "Plutôt le Turc que le Pape", c'était aussi le cri des Uilenspiegel aux Pays-Bas.
Retour ^
11/. Hérité de l'Arabe.
Retour ^
12/. Edgar Prestage, THE PORTUGUESE PIONEERS, page 159, dans la traduction allemande chez Goldmann Verlag, titre : DIE PORTUGESISCHEN ENTDECKER.
Retour ^
13/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome I, p.27.
Retour ^
14/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome II, p. 45.
Retour ^
15/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome II, page 465.
Retour ^
16/. Steven RUNCIMAN, A HISTORIY OF THE CRUSADES, 1968, tome III, page 146.
Retour ^
Web : basile-y.com
© 2000 Copie autorisée si sans modification et si auteur Basile Y. cité
2/. LES CROISADES :
g) Les Mongols.
La tolérance religieuse du monde musulman n'a pas empêché les calomnies de l'Europe sur le "fanatisme islamique" et sur les "sanguinaires asiatiques". "Asiates" ! Voilà un mot qui donne le frisson, surtout quand il s'agit de l'histoire des Mongols racontée aux enfants à l'école (comme on leur parlait jadis des "fourbes Indiens"). Les tentatives des plus hautes personnalités de la chrétienté n'ont cependant pas manqué pour faire appel aux Mongols comme renforts des Croisés contre l'Islam, dès la cinquième Croisade.
En 1220, les Occidentaux, installés depuis 120 ans en Orient, s'adaptaient au mode de vie de la région et commençaient à coexister, en faisant même de bonnes affaires avec leurs voisins. N'était-ce pas d'ailleurs cela la raison de la première croisade ? Le Tombeau du Seigneur fut surtout un prétexte. Sa "libération" ne fut-elle pas en réalité sa profanation par la gente que le Christ avait chassé du Temple avant d'être crucifié ? Mais quoique les Marchands n'en voulaient plus, après la mort du Pape Innocent III, son successeur Honorius III eut des démangeaisons pour une cinquième croisade, qui était vouée à l'échec parce qu'"On rapporta confidentiellement au nouveau Pape Honorius III que là-bas, en Outremer, personne ne voulait plus d'une nouvelle croisade. Saphadin (1) respectait bien la paix ; de sorte que les marchands aussi bien chrétiens qu'infidèles faisaient bien leurs affaires."(2)Et quand les marchands font bien leurs affaires, les Papes n'ont qu'à s'occuper des leurs, on n'a plus besoin de leurs services, qu'ils mettent la Tiare dans le fourreau. Soutiendra-t-on après cela que la "sainteté" des Croisades n'était pas une autre cause que celle des marchands. Cependant Honorius la voulait quand même sa petite cinquième croisade. Il comptait sur le concours de Friedrich II, le grand empereur Romain Germanique. Comme deux concours valent mieux qu'un pour le succès d'une sainte entreprise, la Providence d'Honorius allait la pourvoir en la personne des asiates Mongols.
"La fantaisie superstitieuse des contemporains (d'alors) croyait déjà avoir découvert le Prêtre-Roi des Indes David-Jean (3) qui, selon une prophétie largement rependue devrait un jour exterminer les infidèles. Qu'en réalité c'étaient les Mongols de Gengis Khan…"(4)Après Honorius III, son troisi&