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D'Hébreux, de Juifs et de la Palestine.
Introduction
Les seuls peuples sur notre planète qui persécutèrent
les juifs durant un millénaire (de 1096 à l'Holocauste) furent
ceux du "monde civilisé", les peuples d'Europe, de la seule Europe,
de l'Oural à Gibraltar.
Pour fuir les pays de la "seule civilisation digne
de ce nom" comme l'appelèrent nos Pandits, les enfants d'Israël
trouvaient refuge dans les pays islamiques arabes, ou
arabisés comme le Maghreb, ainsi que l'islamique empire ottoman,
au sein desquels régnait le pluralisme religieux.
A cette même époque, par contre, l'Europe
chrétienne ne connaissait que l'intolérance du principe "Un
Peuple, un Roi, une Foi". Les Bûchers de la miséricorde
chrétienne se dressaient un peu partout. Le grand roi de France
Philippe Auguste descendait (en 1182) dans la rue à Paris... épée
en main, pour abattre des Juifs après leur avoir extorqué
15.000 marcs. Luther lançait des appels au meurtre des Juifs et
à la destruction de leurs synagogues. Alors que dans la capitale
de l'empire ottoman, à Istanbul :
"Un des faits les plus caractéristiques de la vie des
Juifs (réfugiés d'Europe en terre islamique) était
la fondation de synagogues nommées d'après leurs pays ou
ville d'origine. En 1603, à Istanbul, cinq mille Juifs contribuables
étaient affiliés à quarante synagogues." écrit
l'historien israélien S.D. Goitein (1).
L'empire ottoman n'était pas une exception, mais une
fidèle continuation de la tradition proche-orientale de pluralisme
religieux. A l'opposé de cette tolérance, l'Europe commit
un génocide à l'égard de la communauté juive
de tout pays européen en traitant les enfants d'Israël de "race
maudite". On a parlé de "race juive", de "peuple juif", de "nation
juive" et ce fut en tant que tels que leurs frères pourtant de même
race biologique tentèrent de les extermer totalement. Mais la
communauté juive a-t-elle jamais constitué en Europe une race, une nation, un
peuple à part ? Ou une entité ethnique quelconque ? Tout
dépend à partir de quel point de vue on aborde cette question.
Du point de vue européen la race est déterminée par
l'homogénéité biologique, par le "sang", la couleur
de la peau, la forme du nez, etc., etc. La communauté juive ne constitue donc de ce point
de vue aucunement une race ni une nation particulière, sa seule
unité étant religieuse.
Ce fut différent au Proche Orient, (berceau du
judaïsme, du christianisme et de l'islam) où l'appartenance
au groupe est déterminée par "le sang de l'âme" comme
l'enseigne le Talmud. De ce fait, qu'on soit de race biologique noire ou
blanche, jaune, rouge ou autre, si on embrasse la religion des enfants
d'Israël on devient israélite, "Hébreu".
Voyons si dans l'Antiquité il y eut identité
des "races" religieuses et biologiques. On appela Diaspora (mot grec signifiant
dispersion) la dispersion des Juifs à travers l'Europe après
la destruction de leur royaume de Jérusalem sous le roi Judéen
Agrippa, en l'an 70 de notre ère, par Titus. Avant cette dispersion
et depuis Alexandre le Grand, les Judéens s'hellénisaient,
les Hellènes se convertissaient en échangeant leurs "faux
dieux" de l'Olympe contre le "vrai Dieu" d'Abraham. En ces temps de haute
civilisation, à l'époque du célèbre philosophe
Juif d'Alexandrie Philon (mort en l'an 54 de notre ère) les conversions
de "goyim" (païens) Grecs à la religion des enfants d'Israël
faisaient des ravages dans les rangs des "immortels Hellènes". Par
ces conversions ils changeaient d'ancêtres ! De "descendants de Périclès"
ils devenaient "descendants du roi David" comme les Juifs Européens
ou Japonais d'aujourd'hui, comme les Juifs du monde entier. Même
les Juifs Noirs de Chicago parlent de leurs ancêtres Israélites.
On racontait alors au Proche Orient que Philon d'Alexandrie
était la réincarnation de Platon, et Platon lui-même
une réincarnation de Moïse. Sans toutefois prétendre
comme Sigmund Freud, que Moïse était un pur Égyptien,
fils d'une princesse égyptienne et inspiré par le monothéisme
d'Akhenaton.
Cet effacement par l'appartenance religieuse des différences
ethniques ou raciales, à la base des nations ou peuples soudés
par la Foi s'est perpétué jusque chez les Turcs musulmans
de l'empire ottoman. Jusqu'à sa dissolution en 1918, les diverses
communautés religieuses qui le composaient vivaient en tant
que nations. Comme a écrit à ce sujet Jean-Paul Roux
(du CNRS) :
"Empire donc, mais empire nuancé par une telle absence
de racisme, qu'on serait presque tenté de le baptiser 'Confédération'."
(2)
Le conquérant ottoman de Constantinople (3), Sultan
Mehemet Fahtih, après sa victoire, convoqua le Patriarche des chrétiens
grecs orthodoxes, le Catolicos de 1'Église arménienne et
le Grand Rabbin des juifs pour leur annoncer qu'ils devaient désormais
prendre, sous sa protection, le gouvernement des affaires de leurs nations
respectives. Tout ce qui concernait l'état civil, mariages, divorces,
Justice à rendre au sein de la nation religieuse faisait
partie des attributions des Églises grecque et arménienne
ainsi que de la Synagogue.
Ce "racisme" à l'orientale faisait que lorsqu'un
chrétien Grec Orthodoxe devenait musulman, de "descendant de Périclès"
il devenait Turc. On ne disait pas alors "il est devenu musulman", on disait
"il est devenu Turc". Ce fut cette sorte de "racisme" qui, défiguré
en Europe, fit des juifs une "race" dans le sens biologique !
Avant d'entrer dans ce sujet traité au premier
chapitre, prenons l'exemple de deux européens de nos jours : l'un
Juif, l'autre Catholique. Fervents adorateurs tous les deux du même
Dieu, le Dieu d'Abraham, malgré leur appartenance à deux
"races" religieuses différentes. Mais aussi, en leur qualité
d'européens, ils appartiennent à la même race biologique.
Leurs noms peuvent très bien être purement juifs pour tous
les deux, par exemple Jacob, Marie, Daniel, Marthe, Joseph, Anne, Gabriel,
Michel, Madeleine, Raphaël, Ruben et autres noms de baptême
chrétiens. Aux États-Unis on rencontre même très
fréquemment des noms de baptême tels que David (roi de Juda),
Benjamin et Dan pères de deux tribus d'Israël. Nos deux européens
n'ont donc que la religion pour les séparer. Biologiquement, c'est
à dire par "le sang et le sol" ni l'un ni l'autre n'est "sémite".
Ils sont tous deux Ashkenazim (4) selon le premier livre du Pentateuque
de Moïse (Ch. X, 2 à 4).
Ashkenazim par le "sang et sol", mais surtout "Hébreux"
tous les deux par le "sang de l'âme" qui les unit à la tribu
de Juda à laquelle appartiennent leurs deux Églises. En nous
référant même à saint Augustin et au célèbre
bénédictin allemand Raban Maur, selon lesquels ce sont les
chrétiens qui sont les vrais juifs, seuls les chrétiens devraient
avoir le privilège de porter le nom de Juif. Évidemment,
on pourrait se demander comment se fait-il alors que depuis la première
croisade (1096) et jusqu'à Hitler nous avons fait du mot juif
un péjoratif ?
Il n'y a pas que les hommes de religion St Augustin et
Raban Maur qui revendiquent pour les chrétiens seuls le nom de Juifs.
Même le "mécréant" Voltaire écrit tout au début
du chapitre CIII de son Oeuvre ESSAI SUR LES MŒURS : "nous sommes au
fond des Juifs avec un prépuce". L'évangile de Saint
Matthieu ne commence-t-il pas par ces mots ? "Généalogie
de Jésus-Christ, Fils de David, Fils d'Abraham". Et ne continue-t-il
pas en passant par le sage Salomon pour finir à "Jacob engendra
Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus
qui est appelé le Christ". Et l'original de cet Évangile
ne fut pas écrit en grec ou en latin, mais en hébreu.
Des hommes persécutés sauvagement, de
l'Oural à Gibraltar, par leurs compatriotes européens, rejetés
de leurs patries ancestrales comme une "race maudite", se sont ainsi trouvés
amenés à faire de leurs ancêtres par le "sang de l'âme"
des ancêtres par le "sang et sol", et procéder à un
"retour de l'Exil à la terre des ancêtres", repoussant
ainsi les Palestiniens qui y vivaient depuis des siècles. Les crimes
antisémites de leurs frères de race biologique Germains, Slaves,
Francs, Wisigoths d'Espagne et autres européens ont donc eu aussi un rôle dans la
création de l'État d'Israël. Hitler avait même
envisagé un retour en Palestine comme "solution finale". Mais n'oublions
tout de même pas ce que représentent les retrouvailles entre membres
d'une même communauté ni les expériences sociales qui furent
menées en Israël.
BASILE Y.
Sommaire
1/. S.D. Goitein, A MEDITERRANEAN SOCIETY, Univ. of California Press,
Los Angeles 1967, Vol. II, page 167.
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2/. Jean-Paul Roux, LA TURQUIE, Payot 1953, page 82.
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3/. Constantinople, dernier lambeau de l'empire byzantin anéanti
en 1204 par les Croisés.
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4/. Ashkenaz était, selon la Bible Hébraïque, fils
de Noé (du déluge). Il est le père des peuples de
1'Europe.
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