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11. Comment de Teodomiro on devient
Tadmir ben Godos.
(Au VIIIme siècle, Wisigoths et Arabes d’Espagne ne connaissent
pas le racisme. Seul les rivalités et les alliances pour le pouvoir
les animent.)
Avant que les Wisigoths (en
espagnol "Godos") envahissent l'Espagne au VIme siècle,
les habitants de la Péninsule Ibérique étaient des
chrétiens catholiques. Envahis et envahisseurs se distinguaient
les uns des autres par leurs qualités ethniques respectives de Romanos
pour les premiers (ils ne s’appelèrent "Espagnols" qu'à partir
du XIIIme siècle(1)...) et Godos pour les seconds. Cependant, il
n'y avait pas que leurs ethnies pour les distinguer : la nuance romano du
christianisme était en concurrence religieuse avec la nuance godo.
Cette dernière, au lieu de se soumettre à l'Eglise Catholique
Apostolique et Romaine se réclamait de l'Hérésiarque
Arius. Ce n'étaient donc pas des catholiques mais des Ariens. Cependant,
gens pratiques, les Godos n'ayant pas réussi à persuader
les Romanos qu'avec Arius on s'approchait mieux du bon Dieu, ils finirent
par devenir aussi catholiques. C’était très astucieux, car
le pays conquis vivait ainsi sous "Un seul Roi, une seule Foi"...
En 711, moins de deux siècles après
l'arrivée des Godos en Espagne, y arrivèrent également
les Arabes musulmans. Ils amenèrent, eux, sur la Péninsule
le pluralisme religieux qui reconnaissait à chacun le droit d'adorer
Dieu à sa façon. Sous leur domination, il n'était
plus obligatoire de pratiquer la religion de son roi. Cependant, ce furent
les moeurs des Godos importées en Espagne qui furent à l'origine
de la victoire foudroyante des Arabes. Le royaume instauré en Espagne
par les Godos fut un vrai "Panier de Crabes". Le dernier des rois wisigoths
fut Rodrigo. Il périt dans les eaux du Guadalete en se battent héroïquement
(comme un vrai Godo) contre les Arabes. Ces Arabes avaient été
appelés en Espagne par le comte wisigoth Julián et l'évêque
également wisigoth, Opas. Ces derniers étaient parents du
roi Witiza que Rodrigo avait renversé en lui crevant les yeux. Il
imitait en cela sa victime qui était montée sur le trône
en crevant les yeux du roi wisigoth Teodofredo(2), père de Rodrigo.
Une vraie histoire de Wisigoths..."bons chrétiens".
Tout cela parce qu'ils ne connaissaient
pas encore la monarchie héréditaire. Il y régnait
la traditionnelle démocratie militaire germanique : quand le roi
mourait, on élisait pour lui succéder le meilleur
chef militaire. Ainsi celui qui avait hâte de ceindre la couronne
avant la mort naturelle du roi, n'avait qu'à faire comme Rodrigo
ci haut.
Ce fut dans ces circonstances que
l'Armée du Caïd arabe Abd-el-Aziz ben Mouza, venant victorieuse
de Séville et se dirigeant vers Murcie, s'arrêta à Orihuela
où s'était retranché le chef des armées wisigoths
d’Andalousie Teodomiro. Abd-el-Aziz se mit alors à l'assiéger.
Mais laissons à un historien espagnol le soin de nous conter cette
historiette des Mille Et Une Nuits :
"Grande fut sa surprise (de Abd-el-Aziz) voyant
les murailles de la ville couronnées d'une masse de guerriers. Il
se préparait, nonobstant, à donner l'assaut, quand il vit
sortir de la cité un jeune gaillard qui, se dirigeant vers lui,
sollicitait un entretien de la part du chef godo. L'Arabe le fit entrer
sous sa tente, écoutant avec la plus grande courtoisie les propositions
de paix du chevalier chrétien. À la suite de cette célèbre
entrevue fut rédigé un document des plus curieux de cette
époque, dont voici le texte :
"Écrit d'Abd-el-Aziz, fils
de Mouza, pour Tadmir ben Godos (Teodomiro, fils des Wisigoths) : que la
paix lui soit accordée, qu'elle soit pour lui une stipulation
et un pacte de la part de Dieu et de son Prophète. À savoir :
qu'il ne se fera guerre ni à lui ni aux siens; qu'il ne sera dépossédé
ni aliéné de son royaume; que les fidèles (c.-à-d.
les Arabes) ne tueront ni mèneront en captivité, ni sépareront
les chrétiens de leurs femmes et enfants; ni leur feront violence
pour ce qui concerne leur religion; que leurs temples ne seront pas incendiés(...)
sans autres obligations de sa part que celles stipulées ci-dessous...""(3)
Ces obligations étaient celles
du vasselage, comme était la coutume en ces temps en Europe même
entre chrétiens. Après avoir conclu ce traité, poursuit
l'historien Lafuente se référant à des chroniques
de l'époque, Abd-el-Aziz demanda à connaître personnellement
Teodomiro. Le chevalier chrétien se découvrit au jeune Arabe
être lui-même "Tedmir ben Godos". Surpris, les Arabes voulurent
célébrer l'astuce de leur adversaire par un banquet. À
la suite des agapes, ils demandèrent à voir ces nombreux
guerriers qui couvraient la veille les murailles de la ville. Alors Teodomiro
leur fit une deuxième surprise, leur disant qu'il s'agissait là
d'un stratagème, que ces "guerriers" étaient des femmes déguisées
et munies de casques et de lances! "Les Arabes rirent aux éclats
de l'astuce de Teodomiro et cela établit une confraternité
entre le chevalier chrétien et le musulman Abd-el-Aziz", conclut
Lafuente.(3)
BASILE Y.
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1/. Americo Castro, REALIDAD HISTORICA DE ESPAÑA,
Mexico 1971, page 29. Retour ^
2/. Modesto Lafuente, HISTORIA GENERAL DE ESPAÑA,
Barcelone 1887, tome II, page 67. Retour ^
3/. Modesto Lafuente, ouvrage cité, tome II,
pages 91 et 132. Retour ^
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