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14. Partis "Libérer le
Tombeau du Seigneur", ils finirent par embrasser la Foi des "infidèles".
(La motivation de la 1ère Croisade fut loin d'être religieuse.
Le véritable espoir de l'armée des "guenilleux" comme celle des chevaliers
était de trouver la richesse au Moyen Orient.)
On approchait la fin du XIme
siècle. Des périodes de Vaches Maigres fustigeaient l'Occident
d'une Famine devenue un mal endémique. Des "guenilleux" erraient
affamés partout, et les belliqueux chevaliers ne finissaient de
rompre la "Trêve de Dieu", prêchée en vain par l'église
pour les empêcher de se battre entre eux en vue d'agrandir leurs
fiefs.
On vivait alors en Europe, depuis
Grégoire VII, le héros de Canossa, une ère de "césaropapisme",
avec des Souverains Pontifes confondants les attributions de César
avec celles du bon Dieu. Urbain Il remplissait alors les fonctions de
Saint Père de la chrétienté occidentale en homme d'État
à la hauteur de sa tâche. Franc, il se préoccupait
tout particulièrement du sort de ses compatriotes. Il partit les
sermonner chez eux à Clermont avec son célèbre Sermon
du 27 novembre 1095. Pour sortir ses fils en Jésus Christ de leurs
misères il eut une idée de génie : détourner
l'orage en l'envoyant s'abattre sous d'autres cieux. Il résolvait
ainsi deux problèmes terrestres : 1/. se débarrasser des affamés
devant l'impossibilité de mettre fin à la Famine. 2/. se
débarrasser en même temps de ses belliqueux et turbulents
chevaliers sans peur et "sans reproche"(?) en les envoyant exercer leurs
talents martiaux chez les Infidèles, ces ennemis de Dieu. Dans son
Sermon historique de Clermont il alla franchement au but, sans détours,
sans faux-fuyants :
"Vous pouvez dans ce pays à peine nourrir
ses habitants, s'écrit-il. C'est pour cela que vous épuisez
ses biens et provoquez des guerres sans fin entre vous-mêmes."
En d'autres mots : prenez la Croix, inscrivez
sur votre bannière "En route vers la Libération du Tombeau
du Seigneur", et le Seigneur vous aidera à résoudre
vos problèmes aux frais d'autres peuples. Ce fut cela les "grands
élans idéalistes" comme les appela Louis Bréhier
(et bien d'autres...) dans un esprit de famille.
Riche matière à méditation
que ces mots du Souverain Pontife. Ils exprimèrent toute l'Éthique
de l'Occident des Croisades à nos jours, en passant par les conquistadores
et les Pacificateurs des "peuples primitifs".
On nomma Godefroi de Bouillon grand
chef de la Croisade, et Pierre l'Hermite se mit à la tête
des "guenilleux", avec lesquels ne pouvaient se mélanger les chevaliers
Francs. Au grand chef des "guenilleux" se joignirent des chevaliers Teutons,
des "truands-sans-terres" tels que Emich von Leisingen, Walter Habenichtse,
Gottschalk et Volkmar, dont l'apport en masses humaines dépassait
en nombre de loin, de très loin même, celui apporté
par Pierre L'Hermite, le Grand Chef des Damnés de la Terre d’alors,
parce que grand démagogue.
L'"Armée" de Chtio Pierre,
comme on appelait Pierre l'Hermite, se mit en route avant le départ
des Vedettes de l'Expédition, les chevaliers Francs. Chemin faisant
(et en l'absence de Pierrot parti en avance) sous la conduite des chevaliers
Teutons, ils massacrèrent les Juifs de la Rhénanie pour les
piller. Pour s'orienter vers l'Orient,
"sans guides, sans connaissance des routes, s'attendant
à être conduits par des miracles; il y en avait qui suivaient
une oie et une chèvre qu'ils croyaient remplis de l'esprit divin."
"Ils commirent de grands excès, et massacrèrent
partout les Juifs sur leur passage, sous prétexte que leurs ancêtres
avaient mis à mort Jésus Christ; ils étaient plus
de deux cent mille Français et Allemands."(1)
En route vers Constantinople, première
étape, ils vécurent de maraude. Ayant dépassé
les bornes de l'hospitalité en Hongrie, ils se sont fait chasser
du pays, et dispersés, ils n'arrivèrent plus qu'à
60.000 dans la capitale byzantine.
L'Empereur Comnène, effrayé
de voir arriver d'abord cette cohorte de maraudeurs alors qu'il s'attendait
à voir arriver
"ces chevaliers d'Occident dont il appréciait
l'esprit belliqueux et le courage,"(2)
les envoie à bord de ses navires s'installer à
la forteresse de Civetot, aux environs de Nicée occupée par
les Turcs (avec lesquels il était en armistice), en attendant qu'arrivent
les grands chefs de la Croisade. Il les pourvut richement de vivres (Byzance
était très riche) et leur recommanda sérieusement
de s'abstenir d'aller marauder chez les Turcs. L'"Armée" de Pierre
l'Hermite était malheureusement "composée en partie de
pillards et de gens sans aveux"(3) et sans chefs pour les surveiller,
puisque l'Hermite faisait de l'"hermitage" sur l'aristocratique Corne d'Or
de Constantinople. Malgré la mise en garde des hommes de l'Empereur,
les Français partirent faire une razzia en territoire turc aux environ
de Nicée, et rentrèrent avec un grand troupeau de bétail.
Pris d'émulation, les Allemands
voulurent faire mieux. Ils partirent attaquer un château au-delà
de Nicée, le prirent d'assaut et en tirèrent un butin très
riche. Cependant, les Turcs les assiégèrent avant qu'ils
pussent s'en aller, et après huit jours de siège, les Allemands
se rendirent à leurs assaillants. Ceux qui acceptèrent d'embrasser
l'Islam furent épargnés; le peu qui voulut rester fidèle
à sa Foi passa au fil de l'épée...
Après ce désastre des
Allemands, les Français sortirent pour les venger. Ces pauvres bougres
n'étaient pas vraiment des guerriers : ils tombèrent dans
une embuscade. Ils tentèrent alors de fuir pour retourner à
la forteresse de Civetot, mais les Turcs étaient à leurs
talons. Ces derniers les rattrapèrent au galop avec leur fameuse
cavalerie, et les massacrèrent par milliers. De tout le contingent
de l'"Armée" de Pierre l'Hermite il ne restait plus que trois mille
éclopés qui furent transportés par la marine byzantine
à Constantinople pour rejoindre le Sieur Pierre l'Hermite.
Deux mots maintenant sur la qualité
des "Croisés" que Pierre l'Hermite avait débauchés
et finalement menés pour partie à la boucherie et pour partie
à se convertir à l'Islam. Qui étaient ces pauvres
hères? ces malheureux en guenilles? C'était des pauvres
affamés auxquels on avait prêché Jérusalem,
"la Ville où coule le lait et le miel". Des pauvres faméliques,
des "ventres-creux" errant en Occident d'un Bourg à l'autre. Deux
ans avant le Sermon du Saint Père pour la "Libération du
Tombeau du Seigneur", il y avait eu la Peste et des inondations. L'année
suivante, c'est à dire un an avant l'appel d'Urbain II, il y avait
eu la sécheresse et une grande famine. Ce fut la Faim qui fut le
Chef d'État Major de l'"Armée" de Pierre l'Hermite. Triste
historiette, où la plupart des "Croisés" de l'aventurier
Pierre l'Hermite, pour ne pas se laisser couper la tête subirent
plutôt une opération que des mesures d'Hygiène des
sémites élevèrent au rang d'un Culte.
BASILE Y.
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1/.Henri Martin, HISTOIRE DE FRANCE, éd. Jouvet & Cie, Paris, tome I, page 166.
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2/.Louis Bréhier, VIE ET MORT DE BYZANCE, Albin Michel 1969, page 254.
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3/.Idem, page 255. Retour ^
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