|
16. Un peuple européen
naquit dans des tombes.
(Le poète allemand Lessing nie l'origine romaine des Italiens. Doivent-ils s'en
fâcher ou s'en réjouir ?)
"Un essaim de jeunes guêpes s'envola d'une
charogne. Oh! s'écrièrent-elles, de quelle grandiose et divine
origine sommes-nous issues!
Cette singulière fanfaronnade fut entendue par
le fabuliste attentif qui pensa aux Italiens de nos jours, qui se prennent
pas moins que pour des descendants des vieux, des immortels Romains, parce
qu'ils sont nés dans leurs tombes."(1)
Ce n'est pas de moi, vous l'avez deviné;
les muses ne m'ont pas favorisé. Il y a là du talent de poète
mais aussi de la méchanceté à l'égard des "Südländer"
(gens du Sud) incapables de "vertus" militaires. Lessing (Gotthold Ephraim)
était un Silésien, plus prussien que le roi Frédéric
II. lui-même, qui avait conquis la Prusse sur l'Autriche an 1748.
Le dada de Lessing était de faire revivre le génie national
allemand contre la néfaste influence française dominante
alors en Allemagne. S'il avait vécu l'ère napoléonienne
il aurait adoré les Français.
Je plains ceux des Italiens qui considèrent
un honneur le fait d'être des descendants des "immortels" Romains.
Je préfère aux Romains les Italiens d'aujourd'hui pour la
même raison que le poète Lessing les méprisait si profondément.
Avanti popolo, la mandolina, n'est-ce pas plus sympathique que les glaives
et les lances avec lesquels les Romains éventraient leurs voisins
avant de procéder au pillage? Ah! ces grands hommes de l'Occident
qui ne rêvent que d'Achille et de César!
Goethe, le grand Goethe, était
un géant comme poète, avec un coeur en or : il pardonna et
envoya au ciel celle qui tua son propre enfant...dans ses poésies(Faust).
Un véritable non-violent en tant que poète mais pas comme
ministre de S.A. le Duc de Weimar : contre les voix des autres membres du
cabinet ministériel, il envoya à l'échafaud une femme
qui avait tué son propre enfant, en chair et en os(2). Ce n'était
plus le même dans la réalité. D'après Romain
Rolland, notre grand Goethe, admirateur des "immortels Hellènes",
se promenait toujours avec Homère dans sa poche. Homère lui
enseigna la vengeance : Némésis! Pauvre Goethe, il n'était
pas né aux pays "où fleurissent les citronniers",
comme il aimait le chanter. Voilà ce qui arrive quand un grand poète
s'abaisse à jouer les ministres.
Revenons à nos moutons, les
"Romains". Je me demande quelle aurait été l'opinion de Lessing
sur Benito Mussolini. Le "Duce" imitait tout ce qu'avaient fait les Romains
et c'est sans doute pour cela qu'il plut à Hitler. Une majorité d'Italiens
l'accepta bien tant qu'il ne faisait que des discours, des saluts
à la Romaine et d'autres martiaux mouvements. Quand il voulut faire d'eux des
"Romains" guerriers, alors peu nombreux furent ceux qui le suivirent encore.
BASILE Y.
Précédent | Sommaire
| Suivant
1/. G.E. Lessing, DIE WESPEN, Fable No. 16. Retour ^
2/. Lion Feuchtwanger, CENTUM OPUSCULA, Greifenverlag
1956, page 492. Retour ^
|