18. Les Barbares Asiates et le
"descendant de Périclès".
(Les orientaux ont une tradition de l'asile liée au Coran. Les occidentaux, par
contre, firent parfois passer la machiavélique "raison d'État" avant leurs devoirs
envers les réfugiés politiques.)
LES ASIATES : I
Il n'était pas seulement Yildirim(éclair
en turc), il était surtout chevaleresque le Sultan Bayazid Yildirim.
En 1402, Tamerlan, au sommet de sa puissance, le somme de lui livrer de
ses ennemis qui avaient trouvé asile chez-lui. Bayazid connaissait
la supériorité militaire de Tamerlan, mais l'Éthique
l'emportait chez Yildirim sur la Raison d'État. Il était
musulman, et pour les mahométans, un hôte c'est toujours Allah
qui l'envoie. Il avait lu dans le Coran : "Honore ton hôte, même
s'il est un infidèle". Ne voulant pas offenser Allah qui lui
avait envoyé ces hôtes et transgresser les lois coraniques,
il releva le défit de Timur Lenk, comme s'appelle Tamerlan en turc.
La guerre ne dura pas longtemps, et
cette fois-ci, ce fut Tamerlan qui se fit "éclair" pour atteindre
les rives occidentales de l'Asie Mineure ottomane, et s'en fut provisoirement
fini de l'Empire Ottoman.
Bayazid mourut en captivité.
Comment il est mort entre les mains de son conquérant Mongol, les
historiens ne sont pas d'accord sur ce point. Selon les uns, bien traité,
il mourut naturellement de chagrin, d'autres prétendent qu'il est
mort sous la torture. En tous les cas, il finit sa carrière prestigieuse
(bâtisseur d'Empire avec son père Mourad I) comme prisonnier
de guerre pour l'honneur de ne pas trahir les lois de l'hospitalité,
écrivant ainsi une page d'or pour l'Histoire de son peuple.
LES ASIATES : II
C'est encore l'Éthique coranique
qui l'avait emporté chez le Sultan Ahmet III, lorsqu'en 1709 le
roi de Suède Charles XII, battu à Poltava par les Russes,
s'était réfugié à Constantinople. Le tout puissant
et agressif Pierre Le Grand avait exigé alors des Ottomans son extradition.
Mais le Sublime Porte d'Ahmet III rejeta l'ultimatum en se référant
encore une fois au Coran. Là, Pierre Le Grand n'avait pas précipité
les choses, car, grand organisateur, il avait voulut synchroniser sa vengeance
avec ses plans de conquête de terres ottomanes. Hélas! cela
finira mal pour lui en 1711 à Azov. Serait-ce qu'Allah ait aidé
Ahmet III pour le récompenser d'avoir protégé l'hôte
qu'il lui avait envoyé?...
LES ASIATES : III
En 1848, les réfugiés
politiques d'Europe occidentale et centrale, après l'échec
de leurs révolutions libérales contre les Autocrates de leur
temps, cherchèrent asile en Turquie. Encore une fois les Ottomans
ne cédèrent pas aux demandes d'extradition des Empereurs
de la Sainte Russie et de la "très chrétienne" Autriche.
Cette fois, ce qui est encore plus en leur honneur, est le fait qu'en 1848,
l'Empire Ottoman était en pleine décadence.
LES ASIATES : IV
Plus près de nous, alors qu'Hitler
faisait trembler l'Europe des Daladier-Chamberlain, la Turquie de Kemal
Atatürk (héritière laïque de l'Empire théocratique
ottoman, et héritière avec cela de la noble tradition de
Bayazid) refuse d'obtempérer à l'exigence du Führer
que lui soient livrés les Allemands, Juifs et non-Juifs, réfugiés
chez-elle.
Voilà pour l'Éthique des Asiates. Voyons
maintenant la "nôtre", ou plutôt son Absence.
LES EUROPÉENS : I
Quand le poète national de la
Grèce Moderne Righas Feraios, auteur de l'hymne national de son
pays, consacré héros national de la Grèce pour sa
lutte contre l'Empire Ottoman durant la Guerre d'Indépendance nationale,
s'était réfugié à Vienne pour échapper
à ses ennemis, le "très chrétien" Empereur d'Autriche
le livra au peloton d'exécution des Ottomans sur leur demande d'extradition.
LES EUROPÉENS : II
Une autre fois, un responsable Grec moderne, "descendant
de Périclès", s'était trouvé, lui aussi, dans une situation
identique à celle des Asiates quant à la livraison de réfugiés
à leurs ennemis. Il eut à choisir entre l'Éthique
et son Absence; il choisit la Raison d'État, et "l'État"
c'est toujours l'ombre de Machiavel qui plane sur les politiciens du "monde
civilisé". L'Histoire se répète, dit-on, sous des
aspects extérieurs différents, mais elle se répète.
L'Allemagne ayant échoué à dominer l'Europe militairement, elle le faisait
plus pacifiquement par sa diplomatie. Ainsi, quand un responsable Allemand
exigea la livraison d'un anarchiste réfugié en Grèce,
le responsable Grec s'est trouvé confronté avec le dilemme d'avoir à
choisir entre l'Éthique des Asiates et celle (absente) de l'Empereur d'Autriche
qui avait livré Righas Ferraios. Homme d'État, "converti
à la modernité", le responsable Grec troqua l'anarchiste pour améliorer
les relations de la Grèce avec l'Allemagne.
En fait, le responsable Grec a trahi
l'Éthique de ses ancêtres, comme "descendant
de Périclès" : il a trahi les traditions
tant paléo- que néo-helléniques d'hospitalité.
En Islam c'est Allah qui vous envoie un hôte, chez Homère
c'était Zeus.
BASILE Y.
Précédent | Sommaire
| Suivant