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2. Un roi juif qui n'était
pas un Juif.
(L'illusion d’un lien de sang et d’une origine commune unissant les membres d’une même
religion.)
En ces temps glorieux de fraternité
judéo-arabe, l'Empire le plus puissant, le seul cultivé de
l'occident, était le Khalifat al-Andalous de l'Omeyyade Abd al-Rahman
III. En écrivant "le seul cultivé", je n'exagère
pas. Le Pape Sylvestre II (999 à 1003) se plaignait alors qu'
"à Rome personne ne possède une
instruction suffisante pour faire un huissier".
Comme une exception à la règle
de l'Europe d'alors, ce Pape était un homme de haute culture. Ce
qui lui valut de passer pour un "sorcier, un suppôt de Satan", car
"son étonnant Savoir était suspect
au point qu'on le prenait pour un maître Sorcier qui avait vendu son âme
au Diable... un modèle historique pour Doktor Faust",
écrit l'historien allemand Johannes HALLER
(1).
Revenons au Khalifat d'Abd al-Rahman III, dont l'homme
le plus puissant était son Grand Vizir le Juif Aben Hasdaï, un savant
médecin et docte rabbi qui tenait fermement dans ses mains les rênes de l'Empire.
Sa capitale, Córdoba, était la ville d’Europe aux multiples
bibliothèques et hautes écoles qui contrastait avec
le reste de l'Occident illettré d'alors. Abou Joseph Aben Hasdaï
était un des meilleurs artisans de cet Empire, pépinière
de savants, d'artistes et de poètes attirés de tous les coins
du Monde d'alors. Hasdaï avait un pouvoir à ce point indiscutée
qu'il pouvait se permettre, en dehors de l'accomplissement de sa tâche
de "Richelieu" du Khalifat des Omeyyades, de se consacrer aussi à
la "race" de ses "ancêtres". C'est ainsi que commença le Conte
des Mille et Une Nuits de l'Empire juif d'Asie Centrale "descendant direct
de la tribu de Juda".
Les Juifs, toujours sous l'empire de
leur romantisme biblique, ayant entendu parler de l'existence d'un royaume
israélite en Asie centrale, n'hésitèrent pas à
se l'imaginer comme une survivance d'une des tribus d'Israël. Ce romantisme
biblique toucha même Abou Joseph. Une occasion unique se présenta
à lui pour prendre contact avec la "Tribu de Juda", à l'occasion de l'arrivée
à la Medina d'al-Andalous d'une ambassade de Constantin VII, Empereur
de Byzance, fasciné par l'éclat, la puissance et le prestige
de la Cour d'Abd al-Rahman III. Les envoyés de l'empereur byzantin
confirmèrent, pour la joie d'Aben Hasdaï, l'existence d'un
royaume juif en Asie Centrale, ajoutant même, que leur empereur entretenait
d'excellentes relations avec ce royaume.
On imagine la joie d'Abou Joseph, d'autant
que les ambassadeurs byzantins citèrent même
le nom du roi juif Joseph Aben Arhon. Mettant à profit son pouvoir,
le Grand Vizir d'Abd al-Rahman III ne laissa pas passer l'occasion qui s'offrait
à lui. Lors de l'envoi d'une ambassade du Khalifat de Córdoba
à Constantinople en réponse à la politesse de Constantin
VII, il adjoint à cette ambassade de l'Espagne musulmane un Juif
de ses intimes, Ishahac Aben Nathan. La mission de celui-ci éait de profiter
de la protection de l'empereur byzantin pour continuer son voyage jusque
chez le roi juif d'Asie Centrale, Joseph Aben Arhon.
Aben Nathan fut muni d'une lettre de
son mandant, écrite en hébreu par le célèbre
poète juif d'alors, Nehahem Aben Saruq, son protégé,
dans laquelle il sollicitait l'indulgence du roi juif d'Asie Centrale en
ces termes :
"Si cela était possible, je renoncerais
aux honneurs et aux dignités, j'abandonnerais tout, et sautant par-dessus
monts et vaux, je traverserais terre et mer, pour avoir la gloire
de m'agenouiller devant le roi de la maison d'Israël, pour jouir de
sa grandeur et admirer son pouvoir".
L'historien espagnol, chez lequel j’emprunte
cet émouvant morceau de romantisme biblique, ajoute :
"Celui qui s'exprimait de la sorte tenait alors
dans ses mains les rênes de l'Empire d'Occident le plus craint, le
plus cultivé et le plus glorieux de son temps".(2)
Cependant, Constantin VII, pas très enchanté
de voir s'établir de si étroits liens entre la Cour sous influence juive
d'Abd al-Rahman III et son voisin juif de l'Est, fit échouer par des
subterfuges le voyage vers l'Asie Centrale d'Ishahac Aben Nathan. Celui-ci rentra
bredouille.
Une autre ambassade venue de l'Est
de l'Europe cette fois-ci, et de laquelle faisaient partie deux Juifs,
fut la deuxième occasion pour Abou Joseph. Ces deux enfants d'Israël
qui connaissaient bien l'existence du roi juif Joseph Aben Arhon, se chargèrent
à leur tour de la lettre revenue inutilement de Constantinople,
et la firent parvenir cette fois-ci à son destinataire. Le Grand
Vizir d'Abd al-Rahman III fut comblé de joie en recevant une réponse
personnelle du potentat du royaume juif d'Asie Centrale, Joseph Aben Arhon.
Hélas ! Cette joie devint une amère et horrible
déception, qui anéantit tout son romantisme biblique
sur les "descendants" d'une des Tribus d'Israël. En effet, le roi
juif de l'Asie Centrale lui exposait dans cette lettre son arbre généalogique
qui n'avait pas poussé chez les Hébreux mais chez
les Turkmènes, plus précisément les Khazars. Ses
ancêtres avaient été convertis au Judaïsme par
de dévoués Rabbins qui, à la seconde moitié
du VIIIme siècle de notre ère étaient partis de la Mer
Noire pour missionner l'Asie Centrale.
Ce royaume juif n'existe plus depuis
le XIIIme siècle. Il fut atomisé en tant que royaume par
la Sainte Russie des petits pères les Tzars, et ses habitants intégrés
en tant que Juifs dans la Moscovie, formèrent le noyau des millions
de Juifs qui peuplèrent la Russie, l'Ukraine, la Pologne et la Roumanie
avant Auschwitz. A ce noyau se joignirent, en effet, les Juifs
allemands (ashkénazim) attirés par les Tzars pour réveiller
la Russie de son sommeil médiéval. Ces Juifs, très
supérieurs en nombre,
imposèrent leur langue yiddish (un dialecte de leur origine
allemande) à toutes les communautés Juives de l'Empire, grossies par de nombreuses
conversions de blonds aux yeux bleus (comme les yeux de Ben Gourion fondateur de l'Israël moderne).
Ce qu'il y avait alors de
commun entre les Juifs ashkénazim (allemands) et les Juifs Khazars
(turkmènes) fut l'immuable principe linguistique de
tous les peuples qui embrassent une religion étrangère. Les
Juifs ashkénazim gardèrent leur langue maternelle, leur dialecte
allemand, pour la vie courante, et se servirent de l’hébreu pour
leurs services religieux (comme leurs compatriotes chrétiens de
leur pays d'origine faisaient du latin). De même les Juifs Khazars
se servaient de leur langue turque, et l'hébreu leur
servait de langue sacrée pour la liturgie et autres services religieux.
Après plusieurs siècles, ils se considérèrent tous comme
des "descendants de la treizième
Tribu d'Israël". Ils "retournèrent de l'Exil à la Terre
des Ancêtres" pour bâtir en Palestine l'Etat moderne d'Israël,
abandonnant leur yiddish pour apprendre l'hébreu à l'école
du soir. Peut-être pour mieux se convaincre qu'ils sont
des "descendants d'Abraham par la voix du Sang".
Mais quelle différence entre
Mythes, Légendes, romantisme d'une part et Histoire de l'autre !
BASILE Y.
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1/. DAS PAPSTTUM, IDEE UND WIRKLICHKEIT, éd. RoRoRo,
tome II, page 163. Retour ^
2/. José Amador de Los Rios, HISTORIA SOCIAL, POLÍTICA
Y RELIGIOSA DE LOS JUDIOS DE ESPAÑA Y PORTUGAI, Aguilar 1960,
Madrid, p.p.884 à 889. Retour ^
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