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21. Le roi Sancho le Gros et
la Médecine judéo-arabe.
(Les relations entre chrétiens et musulmans étaient cordiales en Espagne
au Xme siècle : Abd al-Rahman III aide les rois chrétiens.)
Je ne voudrais pas prendre
congé du lecteur sans revenir, pour la dernière fois, sur
la médecine judéo-arabe. Au Xme siècle, la Reine de
Navarre Doña Toda était affligée par l'injustice qu'on
avait commise envers son petit-fils, le roi de León, Don Sancho
El Gordo (Sancho le Gros). En effet, les notables du royaume avaient intrigué
avec son frère pour le renverser du trône, sous le prétexte
qu'il était monstrueusement gros et ne pouvait, en cet état
déficient de santé, s'occuper des affaires de son royaume.
Sancho Crassus, comme l'appelèrent les chroniqueurs d'alors dans
leur latin, souffrait d'une obésité si monstrueuse, que personne
dans son royaume n'était capable de le guérir de ce mal qui
le rendait impotent.
Dans ces circonstances, la fière
Doña Toda, mettant l'amour de son petit-fils au-dessus de sa haine
contre 1'"Infidèle", envoie une ambassade auprès d'Abd al-Rahman
III pour plaider sa cause. Elle sollicita sa bienveillance afin
que ses fameux médecins Juifs(1) guérissent Don Sancho le
Gros, et une fois la guérison accomplie, que le puissant Khalife
de Cordoba rende Justice en réinstallant son petit-fils sur le trône
de ses ancêtres usurpé par ses rivaux.
Le superbe Abd al-Rahman ne voulut
pas laisser échapper une telle occasion de montrer son caractère
chevaleresque en redressant une injustice, tout en étalant les splendeurs
de sa Cour devant des roitelets chrétiens sous-développés
(comme ils l'étaient alors par rapport aux Arabes) ainsi que le
haut niveau de ses hommes de science. Il promit de faire guérir
Sancho le Gros de son obésité, ainsi que de le ré-introniser
roi de León en prêtant son concours militaire. Il n'y mit
qu'une seule condition : que la fière Doña Toda, la Reine
de Navarre, aille en personne à Cordoba présenter sa requête.
On vit ce spectacle grandiose de la
Reine de Navarre se rendant à travers les rues de Cordoba à
l'Alcazar d'Al Zahrâ d'Abd al-Rahman flanquée de deux rois
chrétiens : Don Garcia Sanchez I et Don Sancho El Gordo, ainsi que
des prélats et Grands de son royaume. Ils étaient tous fascinés
des splendeurs de Cordoba. Le Palais d'Al Zahrâ "était
soutenu par quatre mille colonnes de marbre précieux aux formes
les plus élégantes". En effet, que serait aujourd'hui
l'Espagne pour les touristes sans les vestiges qu'y laissèrent les
Arabes? Cordoba, Sevilla, La Ronda, Granada, Toledo et ailleurs. Sans ce
que laissèrent les Arabes, et sans ce que représentent les
Gitanos comme capital de sympathie.
Enfin, soyons brefs, le gros roi de
León Sancho, impotent par obésité, fut parfaitement
guéri de son mal, et sans que des "pilules amaigrissantes" (comme
les nôtres aujourd'hui) détruisent son organisme. Le captivant
historien de los Rios écrit :
"La guérison de Don Sancho le Gros avait
été due à la science de l'Hébreu Abou Joseph
Aben Hasdaï, et attribuée aux herbes arabes. Don Sancho était
en effet revenu de Cordoba rendu à sa maigreur précédente."(2)
Comme nous dirions aujourd'hui : "il avait
retrouvé sa ligne", mais guéri avec des herbes et une diète.
Avis aux gobeurs de "pilules amaigrissantes" soumis à la pub mensongère.
Les médecins Arabes et Juifs
ne s'étaient pas arrêtés à la simple mise en
pratique de l'Art d'Hippocrate, mais l'avaient élevé à
un niveau supérieur :
"En médecine, les médecins Arabes
étaient des observateurs attentifs, et leurs procès verbaux
cliniques ajoutèrent beaucoup à ce q'ils apprirent des Grecs."(3)
De plus, il propagèrent la Médecine
en Afrique, partout où ils y avaient porté leur civilisation.
D'après l'africaniste Anglais Basil Davidson,
"En 1415, un nommé Anselme d'Isalguier
rentra (d'Afrique) chez-lui à Marseille et Toulouse amenant(...)
un docteur, qui avait irrité énormément la profession
médicale française, en traitant pas moins que le Dauphin
Charles, héritier du trône de France."(4)
Il n'avait demandé en récompense aucun missionnaire
à dévorer...
BASILE Y.
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1/. Je n'ai pas relevé ce conte des Mille Et Une
Nuits chez un historien Arabe ou Juif, mais chez le christianissime historien
Espagnol José Amador de Los Rios, dans son ouvrage, HISTORIA SOCIAL,
POLÍTICA Y RELIGIOSA DE LOS JUDIOS DE ESPAÑA Y PORTUGAL,
Aguilar 1960, Madrid, pages 87 à 91. Retour ^
2/. Chronicon de Sampiro, traduit du latin et cité
par Amador de Los Rios dans son ouvrage déjà cité,
page 90. Retour ^
3/. De Lacy O'Leary, HOW GREEK SCIENCE PASSED TO THE
ARABS, Londres 1964, page 4. Retour ^
4/. B.Davïdson, AFRICAN KINGDOMS, New York 1971,
page 85. Retour ^
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