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5. La "Médecine" des
Croisés et les médecins arabes.
(La sauvagerie des Croisés dans leur médecine ignorante et pseudo religieuse,
comparée à la médecine des arabes.)
L'orientaliste allemande Sigrid
Hunke, dans une importante étude sur l'apport de la civilisation
arabe pour aider l'Occident à sortir de ses ténèbres, fait, entre
autres, un parallèle entre la médecine des Avicenne, Averroès
et Rashes, et la "maldita ignorencia". C'est ainsi que le Père Augustin Antonio
de La Calancha appelait la médecine de son temps, la comparant à
la médecine des Indiens du Pérou, alors hautement appréciée
par les religieux espagnols.
Se référant donc à
des chroniqueurs arabes du XIIme siècle, Hunke nous en rapporte "une
bien bonne". Les Croisés ne faisaient pas confiance à leurs
"médecins", et avaient volontiers recours à l'Art médical
des Arabes, alors fidèles disciples d'Hippocrate. Un jour l'émir
Oussama ibn Mandikh (1095-1188) "prêta" un de ses médecins
nommé Thabit à son voisin le Croisé Franc, chef du
Bourg de Mounaitira, pour soigner les malades de sa garnison. Cependant, Thabit
retourna vite chez son émir, expliquant comme suit la raison de
son retour précipité de chez les Francs :
"On m'amena un cavalier sur
la jambe duquel s'était formé un abcès, et une femme
attaquée par une fièvre hectique. Sur l'abcès du cavalier
j'avais posé un emplâtre vésicatoire; l'abcès
s'ouvrit et prit un cours favorable. A la femme je prescris une diète
et avec une alimentation végétale son état s'était
amélioré. Vint alors un médecin Franc et dit "Celui-là
ne saura pas vous guérir, il n'y comprend rien". Se tournant alors
vers le cavalier il lui posa la question suivante : "Que préfères-tu?
Vivre avec une jambe ou mourir avec deux jambes? Le cavalier lui répond :
"Vivre avec une jambe". Alors le médecin Franc dit : "Cherchez-moi
un cavalier bien fort, avec une hache bien aiguisée". Le cavalier
avec la hache arrive, j'étais encore présent. Le médecin
pose alors la jambe du patient sur un billot et ordonne au cavalier : "Tranche-lui
la jambe d'un seul coup de hache". Le cavalier lui assène un
coup pendant que je le voyais faire. Malgré cela, la jambe n'était
pas encore sectionnée. Il asséna un deuxième coup, alors
la moelle de la jambe se mit à couler, et l'infortuné mourut
sur l'instant. Ensuite, le médecin examina la femme et
dit : "Cette femelle a un diable dans le corps qui s'est amouraché
d'elle. Coupez-lui les cheveux". On les lui coupe, et elle se mit à
manger de nouveau des aliments de ses compatriotes. Alors sa fièvre
monta, et le médecin dit : "Le Diable monte maintenant à
sa tête". Avec ces mots il s'empara du rasoir, lui fit une entaille
au cuir chevelu en forme de croix jusqu'à ce que l'os du crâne
se dénuda, et le frotta alors avec du sel. La femme mourut au bout
d'une heure. Sur ce, je m'en allai, après avoir appris de leur Art
de guérir ce qui jusqu'alors m'était inconnu".(1)
S’il s'était contenté d'exorcismes
pour chasser le Diable amoureux du corps de la "femelle", comme il l'avait
appelée, la pauvre femme n'en serait pas morte. Un exorcisme ne
guérit pas, mais ne fait pas de mal non plus s'il est synchronisé
avec une thérapeutique rationnelle. Un exorcisme peut même
augmenter la résistance physique d'un malade - si ce malade est
un croyant - par son action sur le psychisme, qu'on néglige trop
souvent. Si donc notre médecin Franc s'était contenté
de répandre du sel sur la malade en faisant des signes cabalistiques
même pour l'impressionner davantage, elle n'en serait pas morte. Cela
aurait fait l'effet d'un exorcisme. Mais il avait voulu pénétrer
à l'intérieur du crâne pour dénicher le Diable.
C’était cela la "maldita ignorancia" des médecins occidentaux
d'alors, telle que la caractérisa le Père Augustin Antonio
de la Calancha dans son ouvrage CORONICA MORALIZADA DEL ORDEN DE SAN AGUSTIN
EN EL PERÚ
"Parmi les indigènes du Pérou il
y avait des médecins sublimes, et le Deuxième Concile de
Lima avait dû constater qu'ils étaient extraordinairement
capables, et devaient être autorisés à soigner... et
disposa à son chapitre 111 que personne n’avait le droit de les
empêcher d'exercer".
Mais cette "maldita ignorancia" n'était
pas alors le monopole des médecins occidentaux. A Byzance, l'aire
de la chrétienté où les Lumières n'étaient
pas encore complètement éteintes au IVme siècle, il n'en
était pas autrement, comme
on lira à l'historiette suivante tirée de l'Histoire.
BASILE Y.
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1/. Sigrid HUNKE, ouvrage déjà cité,
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