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EUROPE ET MONDE ARABE.
4/. MÉDECINE ARABE ET MÉDECINE EUROPÉENNE :
d) Les Arabes ont découvert la vaccination ?
Dans sa onzième Lettre Philosophique Voltaire témoigne
d'un autre fait qui nous montre où est le "fanatisme" : celui de ne pas
reconnaître ce que nous devons aux autres. Il écrit que les Circassiennes,
réputées alors pour être les plus jolies filles du monde,
étaient couvées dès le berceau pour être vendues comme
Favorites aux Sultans Ottomans ou aux Shahs persans : elles
rendaient leurs familles riches. Leurs parents étaient par conséquent
désolés quand leur jolie fille attrapait la variole.
Et Voltaire poursuit :
"Les Circassiens s'aperçurent que, sur mille personnes,
il s'en trouvait à peine une seule qui fût attaquée
deux fois d'une petite vérole bien complète…; qu'en un mot
jamais on n'a véritablement cette maladie deux fois en sa vie. Ils
remarquèrent encore que, quand les petites véroles sont très
bénignes et que leur éruption ne trouve à percer qu'une
peau délicate et fine, elles ne laissent aucune impression sur le
visage. De ces observations naturelles ils conclurent que si un enfant
de six mois ou d'un an avait une petite vérole bénigne, il
n'en mourrait pas, il n'en serait pas marqué, et serait quitte de
cette maladie pour le reste de ses jours.
Il restait donc, pour conserver la vie et la beauté de leurs
enfants, de leur donner la petite vérole de bonne heure ; c'est
ce que l'on fit, en insérant dans le corps d'un enfant un bouton
que l'on prit de la petite vérole la plus complète et en
même temps la plus favorable qu'on pût trouver. L'expérience
ne pouvait pas manquer de réussir. Les Turcs, qui sont gens sensés,
adoptèrent bientôt après cette coutume, et aujourd'hui
il n'y a point de Pacha, dans Constantinople, qui ne donne la petite vérole
à son fils et à sa fille en les faisant sevrer...
"Mme Wortley-Montaigu, une des femmes d'Angleterre qui a le plus d'esprit
et le plus de force dans l'esprit, étant avec son mari en ambassade
à Constantinople, s'avisa de donner sans scrupule la petite vérole
à un enfant dont elle était accouchée en ce pays.
Son chapelain eut beau lui dire que cette expérience n'était
pas chrétienne, et ne pouvait réussir que chez des
infidèles(1),
le fils de Madame Wortley s'en trouva à merveille."
Cette noble dame anglaise, de retour dans son pays, y
fit adopter le principe de cette vaccination empirique pour le plus grand
bien de ses compatriotes. Voltaire ajoute :
"Sur cent personnes dans le monde, soixante au moins ont la
petite vérole ; de ces soixante, vingt en meurent dans les années
les plus favorables et vingt en conservent pour toujours de fâcheux
restes…
"…vingt mille personnes, mortes à Paris de la petite vérole
en 1723, vivraient encore... En vérité, nous sommes d'étranges
gens ! Peut-être dans dix ans prendra-t-on cette méthode anglaise,
si les curés et les médecins le permettent."
L'Européen Voltaire, qui n'aimait pas les peuples "remplis d'enflure
asiatique" (Dix-Huitième Lettre Philosophique) eut vite fait de
naturaliser anglaise une découverte circassienne, et probablement
même arabe, puisqu'il écrit : "il y a
quelques gens qui prétendent que les Circassiens prirent autrefois
cette coutume aux Arabes". Ce qui est très vraisemblable d'ailleurs,
et très conforme à. l'Histoire de la Médecine.
BASILE Y.
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1/. Souligné par nous.
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