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EUROPE ET MONDE ARABE.
1/. NAISSANCE DE L'ISLAM :
a) Jusqu'aux premiers Khalifes.
"Ne faites point de violence aux hommes à cause de
leur foi. La voie du salut est assez distincte du chemin de l'erreur."
(Le Coran - II, 257) Traduction de Savary. |
Trois mille ans avant que Vasco da Gama ne découvre
une route des Indes contournant le Continent Africain, les Arabes du Sud
de la Péninsule naviguaient déjà jusqu'en Inde et
en Chine, jouant ainsi les intermédiaires commerciaux entre l'Asie
et l'Égypte. C'était un temps où l'Europe vivait
encore dans ses forêts. Ce très lucratif commerce des Arabes
n'a pas manqué d'attirer plus tard l'attention de
Ptolémée III (1).
Pour le faire dévier au bénéfice de son royaume,
il fit remettre en état le canal que les Pharaons avaient fait creuser
1.500 ans auparavant entre le Delta du Nil et la Mer Rouge. Le canal étant
rénové, le commerce que faisaient jusqu'alors les Arabes
passa dorénavant pour l'essentiel aux mains des Grecs d'Égypte
d'abord et des Gréco-Romains ensuite. Ce fut alors la ruine du royaume
de Saba, la décadence des Sabéens, et le commencement de
ce que les Arabes musulmans appelèrent Jahiliya (ignorance), état
dans lequel ils se trouvaient à la naissance de Mahomet. Du temps
de la Jahiliya on vivait sous la Loi du Talion, en Tribus se faisant la
guerre les unes aux autres et à l'intérieur des Tribus des
Clans au sein desquels des familles se disputaient à coup de poignard
la prédominance.
Cependant, l'occupation la plus noble des Arabes restait
le commerce, quoique sur une échelle réduite. La Mecque était
un grand centre de commerce réunissant le Sud au Nord de la Péninsule,
exportant des dattes, des épices, des aromates (les parfums d'Arabie),
de la soie et tous autres raffinements en provenance du lointain Orient.
Ceci rendait naturellement les pistes des caravanes idéales pour
que les pillards du désert en fassent leurs cibles. La Mecque, ville
sainte de 1'Islam où Muhammad vit le jour, était déjà
en ces temps un centre religieux polythéiste riche de plus de 300
idoles, de la Kaaba, et de Hobal, la plus célèbre de ces
idoles.
Parmi les Clans de la tribu Quraych qui dominait alors
La Mecque, il y avait celui de Hachem (2) arrière-grand-père
de Muhammad et chef du Clan, et celui d'Umayya (3), auquel le Prophète
s'allia en épousant les filles de ses alliés Omar et Abou
Bakr.
Muhammad Ibn Abdallah, c'est à dire Muhammad fils
d'Abdallah, n'avait pas connu son père (d'humble condition) mort
avant la naissance du futur Prophète, dans les années 70
du VIe siècle. A la mort d'Abdallah, sa veuve Amina confia
son fils en nourrice aux soins de la femme d'un berger, et Mahomet vécut
ainsi dans le désert jusqu'à l'âge de six ans quand
sa mère le reprit. Pauvre Amina ! Elle n'eut pas le bonheur d'élever
son fils et jouir de sa Destinée, car tout de suite après
l'avoir repris de sa nourrice elle mourut. Ainsi, à l'âge
de six ans le fils d'Abdallah et d'Amina se trouva orphelin de père
et de mère en bas âge. Le premier qui recueillit alors Muhammad
fut son grand-père paternel Abd al-Muttalib. Mais son grand-père
décéda à son tour à l'âge de 80 ans,
deux ans après son adoption, et ce fut son oncle Abou Talib qui
se chargea d'élever le futur fondateur de l'Islam.
Mahomet, tout jeune encore, travaillait au service de
son oncle, notable commerçant de la tribu Quraych, dont les chameaux
portaient vers la Syrie ses marchandises accompagnées par son neveu.
Pour Mahomet, ces voyages furent son école spirituelle. Les Arabes
"païens", comme tous les peuples idolâtres qui avaient atteint
un niveau de pensée métaphysique, en dehors de leurs idoles,
pensaient aussi à l'existence d'un "Dieu Inconnu" : le Dieu des
religions monothéistes, le Dieu de Moïse. Même chez les
polythéistes Gréco-Romains on adorait un "Dieu Inconnu" auquel
on érigeait des statues.
Le mot ALLAH, existait déjà chez les Arabes
avant la religion musulmane. Ce MOT Allah n'était pas nouveau chez
les "païens" de sa Tribu et de Mahomet lui-même, avant sa Vision
de l'Archange Gabriel. De tous temps, pour les Quraychites, le mot Allah
avait désigné un Dieu "au-dessus de tous les autres Dieux".
Ce Dieu tenait alors une place très grande dans les pensées
de Mahomet. Les innombrables idoles de La Mecque ne lui disaient rien de
sérieux. Il était donc prêt et "réceptif" à
l'influence qu'exerçaient sur lui les "Gens du Livre", c'est à
dire les Juifs et les Chrétiens qu'il rencontrait sur son chemin
de chamelier pour son oncle Abou Talib.
Parmi ces rencontres, un moine chrétien arabe nommé
BAHIRA, eut un rôle important. D'après la tradition des croyants,
il découvrit la "marque du Prophète" sur son épaule.
Les connaissances qu'il tira des conversations avec ce moine sur les Religions
du Dieu Unique correspondaient à sa foi monothéiste. Il ne
savait ni lire ni écrire (c'est pour cette raison qu'il sera trahi
par son secrétaire Abdallah ibn Said) mais il savait retenir et
faire son profit de ce qu'il entendait dire par les "Gens du Livre" (le
Livre, Ancien et Nouveau Testament). Une grande intelligence et une forte
mémoire étaient des attributs qui ne faisaient pas défaut
à Mahomet. Ils se reflètent dans le Coran par ses critiques
sur les Chrétiens et les Juifs auxquels il reprochait de ne pas
se conformer aux Enseignements de leurs propres Écritures Saintes.
Les Juifs, après la Chute du Temple, se dispersèrent
à travers tout l'Empire romain qui, avant de faire du christianisme
la religion au service de son État, les favorisa contre les Chrétiens
ses ennemis ce qui fit de l'élite juive des collaborateurs de Rome.
Quant aux Chrétiens, Mahomet avait devant ses yeux le lamentable
spectacle d'hommes opprimant et persécutant leurs propres coreligionnaires
sous prétexte d'"hérésie". C'était là
justement ce qu'il ne voulait pas, lui qui rêvait de sceller dans
une communauté religieuse, basée sur la même croyance,
les Tribus des Arabes qui s'épuisaient en de luttes intestines ;
lui qui attendait d'Allah qu'il l'aide à unir son peuple en une
nation respectée par les Deux Grands d'alors, Byzance et la Perse.
Les leçons que tira Mahomet à travers ses
conversations avec le moine Bahira et d'autres "Gens du Livre" se
reflètent dans le Coran même, par le grand respect et la vénération
qu'il témoigne envers les Prophètes d'Israël, le Prophète
Jésus (4), sa Mère Marie - de la Virginité de laquelle
il chante la Gloire (Le Coran, XXI, 91) - ainsi que de l'Ange Gabriel l'Annonciateur
de la Conception du Christ, et de Saint Jean Baptiste.
Il y a beaucoup de légendes tissées autour
de Mahomet. Autant de légendes de glorification par les croyants
que de calomnies par ses ennemis. Des chrétiens se sont parfois
moqués de ses Visions (5). Pourquoi seraient-elles moins authentiques
que celles de Saint Paul, de Jeanne d'Arc et de Sainte Thérèse
d'Avila ? Qu'il y ait eu des imposteurs dans l'histoire de l'Islam qui
eurent des "visions" sur mesure comme dans la chrétienté
chez Constantin Le Grand et Pierre L'Hermite ce n'est pas impossible. Mais
Muhammad n'était pas un imposteur.
Comme le Nouveau Testament et le Talmud, Le Coran, indépendamment
de l'usage qu'on a fait de ces trois livres, est un message d'Amour de
son prochain, de tolérance et de miséricorde. Mais comment
inspirer de tels principes à son peuple qui en était tant
éloigné et qui répondit à leur proclamation
par des actes de violence et de vengeance. Dans sa biographie de Mahomet,
Maxime Rodinson rappelle deux fois le cas de Hind, cette tigresse de femme
d'un des persécuteurs de Muhammad, Abou Sofyan, devenu après
la victoire du Prophète un allié et le chef suprême
de ses armées victorieuses. Mahomet fut répudié et
persécuté par presque toute sa Tribu qui le chassa de La
Mecque et n'aspirait plus qu'à sa mort. Entre Mahomet émigré
à Médine et sa tribu Quraysh ce fut la guerre sans merci.
Pendant une de ces batailles où il fut vaincu par une armée
Quraychite commandée par Abou Sofyan et grièvement blessé,
Hind, dans sa rage contre le Prophète, avait ouvert la poitrine
d'un oncle de Mahomet nommé Hamza (tombé en combattant pour
la cause de son neveu) et en arracha le foie.
C'était ces moeurs que voulut réformer Muhammad,
et il y réussit. Son oeuvre ne fut cependant pas une Réforme
mais une véritable Révolution. De la persévérance,
et de la foi en Allah, il n'en a pas manqué. Il finit par soumettre
tous les potentats de sa Tribu Quraysh et en faire ses alliés, parce
que ce n'était pas la vengeance qui l'inspirait. Sa réconciliation
systématique servit d'exemple ensuite pour l'Islam envers les peuples
qu'il soumit à sa Loi. Tant Hachémites qu'Umayyades de sa
Tribu, il fit de tous ses amis et alliés. Mahomet n'aspirait qu'à
prêcher pacifiquement la religion d'Allah. A ses prêches les
Quraychites opposèrent la force armée et la violence auxquelles
il répondit par la violence. Il n'avait pas affaire à un
peuple comme celui de Mahatma Gandhi... Sorti à la fin victorieux
de cette guerre fratricide à laquelle on l'avait acculé,
il retourna à La Mecque, pour "abattre les idoles", comme
dans les passages qu'on lui avait lus dans l'Ancien Testament (Deut. XII, 3) :
"Il fit abattre les idoles amassées dans le Temple.
Puis il se fit donner la clef de la Ka'ba et y entra. A l'intérieur,
il y avait un trésor qu'il respecta, quoique composé de dons
offerts par les païens à leurs dieux. Il y avait aussi des
fresques qu'il fit effacer sauf, dit-on, les images d'Abraham, de Jésus
et de la Vierge."(6)
Ceci explique pourquoi ses successeurs, à l'occasion
de toutes leurs victoires, respectèrent toujours les lieux des Cultes
juif et chrétien. Quand Omar I entra victorieux à Jérusalem,
il fut respectueux du St. Sépulcre dont cinq siècles après,
les Croisés pillèrent le trésor et furent sur le point
de se battre pour se partager le butin (voir plus loin, "Les Croisades").
Après la mort de Mahomet en 632, commença
l'ère des successions. Son ami de toujours Abou Bakr fut le premier
et un des plus compétents et plus honnêtes de ses successeurs.
Parmi les faits et gestes qui honorent la mémoire de ce grand Musulman,
on trouve le texte du manifeste qu'il adressa aux troupes de Yazid, le
fils du fameux Abou Sofyan, partant à la conquête de la Syrie,
dont voici quelques extraits :
"Quand vous serez en présence de vos ennemis comportez-vous
en vrais musulmans, et montrez-vous de dignes descendants d'Ismaël...
ne tournez jamais le dos à l'ennemi, rappelez-vous que vous combattez
pour la cause d'Allah... Si Allah vous donne la victoire n'en abusez pas.
Ne teignez pas votre épée dans le sang des prisonniers, d'enfants,
de femmes, de vieux et des infirmes... Ne troublez jamais le repos des
moines et des solitaires, et ne détruisez pas leurs demeures..."(7)
Le Prophète avait bien choisi son successeur. Dire
que son appel ait été entendu de tous et en toute circonstance
ce serait croire au Père Noël. Le fait est que ce sont des
hommes comme Abou Bakr qui furent les fondateurs de l'Islam. À Abou
Bakr succéda Omar Ibn al-Khattab, le grand Khalife (8) Omar I,
celui qui prit Jérusalem en 636 en donnant une leçon de modestie
aux vaniteux officiers supérieurs byzantins qui l'attendaient tout
chamarrés des pieds à la tête pour lui remettre les
clefs de la ville. Quelle surprise de voir arriver Omar sur une mule en
burnous déchiqueté. C'est que le deuxième Khalife
de l'Islam, qui se nourrissait en accompagnant en général
son pain de dattes, voulait être un modèle de modestie et
de tempérance pour ses coreligionnaires. On était encore
loin des temps somptueux des Khalifes de Bagdad... Les premiers fondateurs
de l'Islam étaient comme les premiers chrétiens, comme les
premiers... républicains aussi, ils croyaient. Ils n'étaient
pas de présomptueux conquérants ; une fois une terre conquise
par le glaive, ils le mettaient dans son fourreau pour commencer les conversions.
A l'exemple de son homonyme, Omar II, auprès duquel ses administrateurs
des finances se plaignaient un jour que par l'affluence des convertis
les caisses du Trésor ne se remplissaient pas (9), leur répondit
rondement : "Allah m'a chargé de convertir les infidèles,
pas de me transformer en collecteur d'impôts". Tels étaient
les premiers Khalifes.
BASILE Y.
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1/. Milieu du IIIe siècle avant Jésus Christ.
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2/. Ancêtre des Hachémites.
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3/. Ancêtre de la célèbre Dynastie des Umayyades,
dont la branche installée en Espagne par Abd al-Rahman I, a éclairé
l'Europe durant la nuit du Moyen Âge.
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4/. Pour Muhammad, le Christ était un Prophète et pas Dieu Incarné :
il refusait le principe de la Trinité, contraire selon lui au Monothéisme.
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5/. La Renaissance fit sauter l'Europe d'un extrême à
l'autre. Des exorcismes et sorcelleries à la négation de
tout ce qu'on ne peut voir ou toucher, même si l'invisible crève
les yeux.
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6/. Maxime Rodinson, MAHOMET, Le Seuil, 1961, page 296.
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7/. Reproduit par Modesto Lafuente dans HISTORIA GENERAL DE ESPAÑA,
Barcelone 1887, tome II, page 125.
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8/. Khalife signifie quelque chose comme représentant, sous-entendu
"représentant du Prophète".
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9/. La conversion exemptait les "Mawali" (non-arabes convertis à
l'Islam) de l'impôt de capitation (l'impôt de capitation a
existé aussi en France et fut aboli à la Révolution
de 1789).
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