|
INDIENS ET BARBARES
oooooooooooo
I. 1/. LES AMÉRINDIENS PRÉCOLOMBIENS : b) Urbanisme.
Là où l'admiration de Cortés atteignit
l'enthousiasme en voyant les magnificences de la capitale des Aztèques,
ce fut lorsqu'il vit quelque chose de réellement inconnu alors en
Europe : UN JARDIN BOTANIQUE! Le premier jardin botanique ne fut inauguré
en effet en Europe qu'en 1545 à Padoue, soit un quart de siècle
après.
Le plus célèbre chroniqueur de la Conquista
fut le conquistador Bernal Díaz del Castillo, un subordonné
de Cortés. Il fixa ses impressions et celles de ses frères
d'armes avec autant de lyrisme que de pittoresque. Il relate leur passage
par Iztapalapa, en route vers la grande Tenotchtitlán, le Mexico
d'aujourd'hui. En voyant les merveilles qui se déroulaient de chaque
côté de cette fameuse chaussée qui s'appelle encore
aujourd'hui Iztapalapa, "si droite et de niveau", Bernal Díaz laisse
libre cours à. son talentueux lyrisme et (trente ans après
la Conquista) écrit :
"... nous restâmes émerveillés et nous
disions que tout cela semblait comme un enchantement, comme les contes
du livre d'Amadis, de voir ces tours, ces sommets de pyramides, ces édifices
surgissant de l'eau et le tout en maçonnerie. Il y avait des soldats
qui se demandaient si tout cela n'était pas un rêve."(1)
Nostalgique, il se lamente que "Maintenant tout cela gît
sur le sol, perdu, et rien ne reste sur pied. Passons plus loin..."(2).
Oui, passons plus loin, sans y ajouter que "rien ne reste sur pied"
depuis l'arrivée de nos BARBARES Européens.
Il continue sa relation des merveilles de la grande Tenotchtitlán par :
"En arrivant sur la grande place qu'ils appelaient Tlatelulco,
comme nous n'avions jamais vu telle chose, nous restâmes en admiration
sur la multitude de gens et de marchandises qu'il y avait, ainsi que sur
l'ordre qui y régnait. Chaque sorte de marchandise avait sa place
désignée et signalée de partout. Nous commençâmes
par visiter les marchands d'or, d'argent, de pierres précieuses,
d'orfèvreries, de plumes et de vêtements. Toutes sortes de
vaisselle façonnée de mille manières..."(3)
Il continue pour exprimer l'admiration de ses frères
d'armes, en écrivant :
"Il y avait parmi nous des soldats qui avaient été
en plusieurs parties du Monde, à Constantinople, en Italie, à
Rome, et ils disaient qu'une place faite aussi symétriquement et
avec tant de monde, et où il y régnait tant d'ordre, ils
ne l'avaient jamais vu nulle part."(4)
L'historien espagnol Oviedo, contemporain de le Conquista
et témoin oculaire, confirme les conquistadores en écrivant :
"J'ai vu des pierres précieuses ouvragées en
têtes d'oiseaux, d'animaux et autres figures, que
je doute il puisse exister quelqu'un en Espagne ou en Italie capable de
les faire avec tant de précision."(5)
C'est là l'opinion d'un historien qui ne se distingue
pas dans son oeuvre par sa sympathie envers les Indiens, au contraire!
De même, l'évêque de Yucatan Don Diego
de Landa ne se distingua pas par sa sympathie envers les Indiens. On lira
plus bas sur les oeuvres d'art qu'il détruisit comme "oeuvres de Satan",
et le grand nombre d'Indiens qu'ils fit périr sur des fagots ardents.
Cependant, sur ses vieux jours (avait-il commencé à croire
en Dieu?), il prit sa plume pour nous laisser une oeuvre magistrale sur
les Indiens de son diocèse. Les quelques lignes ci-dessous, venant
de sa part, sont un témoignage péremptoire contre les calomniateurs
des "sauvages Indiens" :
"Il y a au Yucatan, écrit-il, beaucoup d'édifices
de grande beauté, et c'est la chose la plus remarquable qu'on ait
découvert ici. Tous ces édifices sont en pierre de taille...
"(6)
"En la ville, ils ont une bâtisse pour leur conseil municipal
et une justice sérieuse règne parmi eux."(7)
Une justice qui cessa naturellement de régner dès
l'arrivée des Diego de Landa.
Laissons encore parler un ami des conquistadores, le moine
franciscain Toribio de Benavente, dit Motolinia, sur ce qu'étaient
les villes des Indiens avant leur destruction par nos barbares Européens. Il écrit
au sujet de la capitale des Aztèques :
"Je crois qu'en toute l'Europe il y a peu de villes avec tant
de maisons et de population, et tant de villages autour d'elles."(8)
"Des rues si bien balayées, et le sol plat et lisse, que même
si la plante des pieds était aussi délicate que la paume
de la main, on n'aurait souffert en aucune façon d'aller nu-pieds."(9)
Cela en des temps quand peu nombreuses étaient les
rues propres et pavées dans les capitales de l'Europe. Même
un siècle après l'invasion de l'Amérique par nos barbares Européens,
en France, sous le règne du roi Louis XIlI, "les rues de Paris,
étroites et mal pavées, et couvertes d'immondices dégoûtantes,
étaient remplies de voleurs" comme écrivait Voltaire
dans son SIECLE DE LOUIS XIV.(Ch.II)
Assez parlé des Aztèques, des Mayas et des
Tlaxcaltèques. Voyons aussi chez un des plus sérieux chroniqueurs
du Pérou, le conquistador Pedro Cieza de León, combien magnifiques
étaient les cités des Incas avant leur destruction. Au sujet
de leur capitale Cuzco, Pedro Cieza écrit :
"Il y avait des grandes rues... , les maisons étaient
faites de pure pierre; avec de si jolies jointures qu'elles démontrent
combien ces constructions étaient anciennes."(10)
Dans les palais de Cuzco venaient "de toutes les provinces"
"les fils des seigneurs provinciaux pour un séjour à
la Cour, suivis de leurs serviteurs et de leur suite. Il y avait grand
nombre d'argentiers, de doreurs qui savaient oeuvrer tout ce que les Incas
leur commandaient."(11)
Les fils des seigneurs des provinces n'allaient pas à
la Cour pour y festoyer. Ils y allaient pour s'instruire auprès
des amautas, l'élite intellectuelle de l'empire inca. La
vie culturelle ne se limitait pas à la capitale. Dans sa description
du fameux Palais de Toupaïnga Youpangue, en province, Pedro Cioza
admira
"la grande place où il y avait des bancs à dossier
comme au théâtre, pour s'asseoir et assister aux danses et
fêtes. Le Temple du Soleil avait deux grands portails pour y accéder,
avec deux escaliers de pierre de trente marches chacun."(12)
BASILE Y.
Page précédente | Sommaire
| Page suivante
1/. Bernal Díaz del Castillo, HISTORIA VERDADERA DE LA CONQUISTA
DE LA NUEVA ESPAÑA, Mexico 1955, page183.
Retour ^
2/. Idem, page184.
Retour ^
3/. Idem, pages197-198.
Retour ^
4/. Idem, page 199.
Retour ^
5/. Gonzalo Fernandez de Oviedo, cité par W.H.Prescott, dans
THE COMPLETE WORKS, Londres 1896, volume III, page 461.
Retour ^
6/. Fray Diego de Landa, RELACIÓN DE LAS COSAS DE YUCATÁN,
Editions Porua, Mexico 1959, page 11.
Retour ^
7/. Idem, page 232.
Retour ^
8/. Motolinia, HISTORIA DE LOS INDIOS, éd. Gili, Barcelone 1914,
page 184.
Retour ^
9/. Motolinia, MEMORIALES, éd. Unam, Mexico 1971, page 207.
Retour ^
10/. Pedro Cieza de León, LA CRONICA DEL PEROU, Buenos Aires
1945, p.279, Ch. CXIV.
Retour ^
11/. Idem, page 243, chapitre XCII.
Retour ^
12/. Idem, page 237.
Retour ^
|