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INDIENS ET BARBARES
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I. 5/. L'ÉGLISE, BOUCLIER DES INDIENS :
f) Las Casas d'abord conquistador.
Las Casas aimait tant son Espagne que, sincère
chrétien, il tremblait que Dieu ne la punisse un jour. Plus tard, les incursions
criminelles aux colonies espagnoles des pirates de Sa Gracieuse Majesté
Britannique, Hawkins et Drake, assassins de femmes et d'enfants, tortionnaires
pour arracher des aveux sur les caches de trésors, incendiaires
d'Eglises et pillards d'objets du Culte en or et en argent(1) firent penser
à beaucoup d'Espagnols que c'était la punition du Ciel annoncée par
Las Casas pour les crimes des conquistadores. Un chroniqueur de l'époque,
un brave moine, écrivait à ce propos :
"Il n'y a plus à philosopher sur ce qui arrive ou est
en train d'arriver comme punition du Ciel aux Espagnols, comme l'annoncait
le saint évêque de Chiappas (Las Casas) dans son testament."(2)
Il aimait son Espagne, mais pas en homme de la Nation par
"la Voix du Sang". Qu'entre Espagnols et Indiens il n'ait pas hésité
à prendre parti contre les Espagnols, est tout en son honneur, car
rester sans parti pris en de telles circonstances c'est être complice.
Nous avons bien fait des Lois qui condamnent la "NON ASSISTANCE
A PERSONNES EN DANGER". Il avait porté, après tout, assistance
à des Indiens mis "en danger" par ses compatriotes.
L'homme Las Casas est né à Séville
en 1474. Après des études à l'Université de
Salamanque, il fut licencié en droit canon et civil en 1498. A l'âge
de 28 ans, il part au Nouveau Monde en compagnie de Nicolas de Ovando (qui
nous laissa un triste souvenir : voir "Christophe Colomb : crimes et châtiment").
Il s'installe dans l'île La Española (Haïti/Saint-Domingue)
où, en 1510, il est ordonné prêtre. En 1511 il participe
à la conquista de Cuba en qualité de conquistador-aumônier.
Il en est récompensé par une Cure, un Repartimiento d'Indiens
conquis. Remarqué par le gouverneur de l'île, Diego Velazquez,
pour la confiance qu'il inspirait déjà aux Indiens, il est
nommé conseiller auprès du gouvernement de l'île.
L'initiateur de la lutte pour la défense des Indiens
fut en fait le cardinal Cajetano (voir "attitude initiale des
Dominicains et des Franciscains"). Cette lutte était cependant la continuation d'une tradition
de l'Église d'Espagne qui remontait au début du XVme siècle,
lors de la Conquista des îles Canaries.
L'année qui suivit l'ordination de Las Casas, l'année même
de la Conquista de Cuba (en 1511), l'événement sensationnel
se produisit à La Española. Le père dominicain Anton
de Montesinos, par son retentissant sermon en un jour d'Avent, à
la Cathédrale de Santo Domingo, mettait en cause L'ENSEMBLE DU FONCTIONNEMENT
COLONIAL! Le droit des Espagnols à dépouiller les Indiens
de leurs terres, de leurs biens, et pire, de les mettre en esclavage. Il
cingle leur superbe d'hommes "civilisés" avec des mots qui les ahurissent.
Il leur crie : "Je suis une voix qui clame au milieu de la sauvagerie"(3).
Et pour le Père dominicain, les SAUVAGES n'étaient pas les
Indiens. Il menace des foudres divines toutes les notabilités de
l'île, réunies autour du gouverneur de La Española,
Don Diego Colón, fils de Colomb. A la suite de ce sermon, des murmures
menaçants s'élèvent dans l'Eglise parmi l'assistance
esclavagiste. Après la Messe, les colons, avec le gouverneur à
leur tête, allèrent au Couvent dominicain demander des comptes
au prédicateur. Ce fut le supérieur Pedro de Cordoba qui
les reçut pour leur dire qu'il était absolument d'accord
avec son moine. Ils n'osèrent pas dégainer comme on le fit
avec Mgr Zumarraga au Mexique (voir "Conquistadores : Combats
fratricides"), mais ce fut tout juste. Et nos "chrétiens" s'en allèrent
avec la menace dans la bouche. Quant aux autres religieux de l'île,
ils se solidarisèrent tous avec le courageux prédicateur.
Cet incident n'eut pas pour conséquence immédiate la "radicalisation",
comme on dirait aujourd'hui, de Las Casas, mais cela l'avait fortement
impressionné, à lire la relation qu'il en fait(4).
Las Casas a probablement médité à
la suite du Sermon du Père dominicain Anton de Montesinos. Sa vie
d'encomendero et les faveurs de Velazquez furent une idylle qui ne dura
pas longtemps, sutout lorsqu'en 1512 il eut des difficultés à
obtenir son absolution en confession (son confesseur, encore un Apôtre
des Indiens, lui reprochait son état d'encomendero). Le prêtre-encomendero
Las Casas commença à méditer sur son péché.
En 1514 : crise de conscience, le conquistador Las Casas est conquis par
les Indiens. Il trouvait cela trop injuste, trop contraire à son
sacerdoce, qu'il prenait au sérieux. Il passe de l'autre côté,
du côté du Christ opprimé. Le gouverneur Velazquez
espérait que le prêtre Las Casas serait à son service.
Il dut déchanter. Las Casas préféra le Christ aux
encomenderos esclavagistes. Il aurait pu, comme les autres encomenderos,
vivre à Cuba comme un roitelet. Mais il aurait fallu pour cela fermer
les yeux sur tout ce qui se passait autour de lui. Il fut indigné
par la cruauté des CRISTIANOS qui avaient brûlé vif
le cacique indien Hatuey de La Española réfugié à Cuba
(voir le paragraphe "Les atrocités") . C'était
pour Las Casas un acte contraire non seulement à sa conscience de prêtre, mais
aussi aux théories sur le Droit qu'on lui avait enseignées
à l'université de Salamanque. Il s'indigna également
devant les hécatombes dans les mines et les autres travaux durs
qu'on imposait aux Indiens sans leur donner à manger. Comme il n'avait
pas une âme de Ponce Pilate, il ne voulut pas rester sans s'engager.
Il commença d'abord à s'opposer par la parole et par
le prestige qu'il croyait que lui conférait son habit sacerdotal,
pour rendre ses compatriotes moins inhumains, mais il se rendit compte
qu'il prêchait dans le désert. Il eut l'impression qu'en cette
Colonie on avait "davantage besoin de religieux pour reformer notre
Foi que la donner aux Indiens"(5). Que les Espagnols "faisaient,
dans leurs prières et leurs voeux, Dieu et la Vierge complices de
leurs vols, homicides, mises en esclavage, sang versé et rapines"(6).
BASILE Y.
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1/. Ce que firent également les pirates (pardon, les "corsaires"...)
de François 1er tels Jean Florin, et du "roi soleil" tels L'Olonois.
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2/. Fray Augustin Dévila Padilla, HISTORIA DE LA FUNDACIÓN
DE LA PROVINCIA DE SANTIAGO DE MÉXICO DE LA ORDEN DE LOS PREDICATORES,
editorial Academia Literaria, Mexico 1955, page 341.
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3/. Cité par Agustin Yañez, dans son introduction à
"DOCTRINA de Las Casas", éditons UNAM, Mexico 1951, page XXXII.
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4/. Las Casas, HISTORIA DE LAS INDIAS, Fondo de Cultura Económica, Mexico 1951,
tome II, pages 441 à 451.
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5/. Idem, page 83.
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6/. Idem, page 413.
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