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INDIENS ET BARBARES
oooooooooooo
I. 5/. L'ÉGLISE, BOUCLIER DES INDIENS :
g) Las Casas à la tête de la défense des Indiens.
En 1523 Las Casas prend l'habit de moine chez les pères
dominicains, et commence à soutenir ses thèse devenues historiques :
1/. Que toutes les guerres de conquête sont le fait de
tyrans, et sont par conséquent injustes.
2/. Que les pays conquis en Amérique sont de l'usurpation.
3/. Que les Repartimientos et
Encomiendas sont iniques et tyranniques.
4/, Que tant ceux qui les octroient (1) que ceux qui les reçoivent
commettent un péché mortel.
5/. Que le roi d'Espagne ne peut justifier ni les repartimientos ni
les guerres et pillages commis envers les Indiens.
6/. Que les richesses venues d'Amérique sont du vol.
7/. Que les voleurs ne peuvent être absous.
8/. Que les Indiens ont le droit de faire la guerre aux Espagnols et
les extirper de la face du Monde jusqu'au jour du Jugement Dernier.
Avec un tel religieux on est tenté vraiment de croire
en Dieu...(je suis athée). C'était là le mémoire
soumis par Las Casas au Conseil des Indes de Séville. On s'imagine
les ennemis qu'il lui valut, surtout aux colonies. Ses ennemis de la Colonie
étaient les encomendores, les
conquistadores et des fonctionnaires
corrompus de la Couronne qui les soutenaient. En Espagne son ennemi numéro
Un était le célèbre humaniste Juan Ginés de
Sepúlveda. Celui-ci avait si bien poussé ses humanités,
qu'il en vint à diviser les hommes en deux catégories aristotéliennes :
ceux que Dieu aurait dotés de raison - comme lui par exemple - et
ceux qu'il créa pour les servir. Pour ce parangon de son temps :
"Non seulement il est juste, mais il est aussi utile qu'ils
(les Indiens) servent ceux que la nature fit seigneurs. Nous voyons que
cela est sanctionné par la Loi divine."(2)
Un vrai parfum des Temps Nouveaux(?) de la Renaissance! Pour
lui, pourvu de raison, les Indiens étaient des êtres "dépourvus
de raison", "Seres iracionales" comme il les appelait, que la Loi divine
avait aussi "dépourvu de vertus". Sa loi divine avait tant
pourvu de vertus Sepúlveda, Cortés et Pizarro, qu'il n'en
était plus resté pour les Indiens. Sepúlveda était
le parfait modèle de cette Ere Nouvelle, pour laquelle, à
force d'enseigner les humanités certains n'entendaient plus par
"homme" que l'homme blanc, chargé par la Providence de chasser comme
gibier tous les autres hommes de la terre!
Las Casas part dès 1516 en Espagne présenter
ses thèses, énumérés plus haut, au Régent
du royaume, le moine franciscain Cardinal Cisneros, qui le reçoit
avec bienveillance et le nomme protecteur général des Indiens,
afin de lui faciliter sa tâche. C'était là un geste
dont les Espagnols devraient être fiers; une "anomalie" qui ne s'est
jamais reproduite au-delà des Pyrénées, chez les autres
nations colonialistes, un religieux soutenu par un Chef d'Etat dans sa
lutte contre les colons. Quand au 19ème siècle
un prêtre français défendait aux Antilles les Noirs
contre leurs esclavagistes, les colons le chassaient de leurs repaires,
et l'Eglise Fille Aînée, impuissante, se taisait. Las Casas
ne fut pas seul dans sa lutte. L'opinion publique espagnole était
venue également à l'aide du Bouclier des Indiens. Il serait
erroné de croire qu'il n'existait pas alors d'opinion publique en
Espagne concernant les affaires des "Indes". Les colons ne jouissaient
pas de la sympathie de toutes les couches de la population, au contraire.
A cause de l'arrogance avec laquelle ils étalaient les richesses
de leurs pillages, ils s'étaient rendus antipathiques. On les appelait
"loss Indios", parodiant ainsi leur propre mépris des Indiens. Un
sujet supplémentaire d'animosité envers "los Indios" était
celui de l'inflation des prix qu'avait provoquée la Conquista en
Espagne, du fait de l'or et l'argent qui affluaient par tonnes en Métropole.
Cette animosité faisait bien l'affaire de la Couronne, comme on
lira plus loin.
Revenons aux dominicains. Ils entrèrent dans l'histoire
d'Espagne comme des "pourvoyeurs de Bûchers". Le fanatisme est une
vilaine chose. En religion, comme ailleurs. Derrière les fanatismes
se cachaient des raisons politiciennes sordides. Mais ce n'était
pas le cas des pères dominicains. Ils ont cru malheureusement sincèrement
à l'utilité des Bûchers, car en adoptant une vision
intolérante de la Nation religieuse (voir : "L'esprit de nation
religieuse"), un hérétique devenait un ennemi de l'ensemble des
chrétiens. Un jour, avec Fray Reinaldo de Montesinos, frère d'Antonio du
célèbre sermon, ils réunirent à l'Université de Salamanque
des théologiens de divers ordres religieux et y résolurent
que tout homme considérant les Indiens comme des hommes inférieurs
devrait être déclaré hérétique. brrr...
On a tellement parlé de l'Inquisition en Espagne (en oubliant de
balayer devant sa propre porte), qu'il n'est plus resté aux hommes
des Lumières assez de temps pour faire connaître la lutte
de ses ordres religieux, au XVIme siècle, pour la défense
des Indiens. Si Las Casas avait prêché dans le désert
auprès des colons il ne l'a pas fait pour rien auprès des
hommes de l'Eglise espagnole. C'étaient des moines, des prêtres
des hauts prélats qui étaient ses informateurs dans la Colonie
sur les crimes de nos barbares Européens. Ce fut en écho à sa campagne
de Bouclier des Indiens que le premier évêques de Tlaxcala
Julian Garcés écrivit au Pape Paul III pour le supplier d'élever
sa voix pontificale en faveur des Indiens. Celui-ci, Alexandre Farnèse,
le fit de façon très catégorique, tant auprès
de Charles Quint que de l'archevêque de Tolède, Primat d'Espagne.
Dans sa Bulle expédiée de Rome le 2 Juin 1537, Paul III,
contrairement à l'inhumain humaniste Sepúlveda, déclarait
sans ambages que les Indiens "sont des hommes véritables", et "quoiqu'ils
soient en dehors de la Foi du Christ, on n'a pas le droit de les priver
de leur liberté en les réduisant en l'esclavage". Pour punir
"la néfaste audace de ces impies" esclavagistes, le Souverain Pontife
demandait qu'ils soient passibles d'excommunions.
Après l'initiative de l'évêque de
Tlaxcala, Las Casas, mécontent de la lenteur de la Couronne à
agir dans le sens espéré par lui, s'adressa en 1565 au nouveau
Pape Pie IV pour demander son intervention. Malheureusement quand son messager
arriva à Rome Pie IV était mort. Son successeur Pie V était,
écrit l'historien nord-américain Lewis Ranke,
"Un dominicain; ainsi que réformateur résolu
à exercer une influence importante dans les affaires ecclésiastiques
de l'Amérique."(3)
Las Casas envoie alors un nouveau message :
"en des termes les plus énergiques, lui demandant l'excommunion
de quiconque déclarerait la guerre aux infidèles, soit sous
prétexte d'idolâtrie, soit comme moyen pour prêcher
la Foi (...)."
Pie V fut probablement influencé par ce plaidoyer en
faveur des Indiens, car il commença à rédiger des
Bulles et autres documents pour remédier à leur sort. Il
conseilla même en ce sens au dur Philippe II (qui n'appréciait
pas l'immixtion papale) que "le joug du Christ devrait être adouci
pour les Indiens."(4)
Cela n'empêcha pas le Dragon Wisigoth de dévorer
des Indiens. Mais il y eut malgré tout un FREIN. Ce frein fut en
grande partie l'Oeuvre du "paranoïaque", de l 'énergumène
Las Casas. De son temps on ne pouvait faire plus et agir mieux. Son action
fut un FREIN qui n'a malheureusement pas protégé les Peaux-Rouges,
car le Dragon Angle des WASPs ne fut pas gêné par un personnage
équivalent à Las Casas.
BASILE Y.
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1/. A commencer par le Pape Borgia, Alexandre VI.
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2/. J.G. de Sepúlveda, DE LAS JUSTAS CAUSAS DE LA GUERRA CONTRA
LOS INDIOS, édiciones del Instituto Fr. de Vitoria, Madrid,1951,
page 22.
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3/. Lewis Hanke, ARISTOTLE AND THE AMERICAN INDIANS, Indiana University
Press, Ontario1971, pages 84-85.
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4/. Idem.
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